Décryptage
Présidentielle : les dernières incertitudes…
29 octobre 2008 |

Où en est la campagne américaine ? Notre correspondant aux Etats-Unis fait le point à quelques jours du dénouement.
COURAGE ! plus que dix jours. Plus que dix jours à suivre de front deux campagnes électorales, la campagne américaine d’un côté et la campagne américaine en France de l’autre. A croiser ainsi en permanence le réel et le virtuel deux semaines de plus, mon psychisme n’aurait, je pense, pas résisté. J’aurais dû lire plus attentivement la notice sur les risques d’épilepsie avant de me lancer dans ce petit jeu.
Dernier exemple en date, la Une du Figaro de ce jeudi 23 octobre. En apercevant la taille du titre et la demi-page avec la photo de Barak Obama, j’ai un instant cru que j’avais manqué l’élection. Le temps de télécharger l’image et je comprenais mon erreur : il ne s’agissait que d’un sondage prédisant un « raz-de-marée » démocrate, 52 contre 38 %, soit 14 points d’écart !
Un peu énorme par rapport aux 6 points de la semaine passée. J’ai donc quitté le monde virtuel et magique du Figaro pour retourner dans la réalité, en l’occurrence sur le site de Real Clear Politics (www.realclearpolitics.com), organisme indépendant qui rassemble les résultats des sondages nationaux et par Etat. Bien évidemment, je n’ai pas retrouvé le 38 % de McCain. Mais surtout, en faisant la moyenne des 16 sondages nationaux publiés ces trois derniers jours, j’ai obtenu un résultat sensiblement différent : 50 contre 42,5 % soit 7,5 % d’écart, c’est-à -dire moitié moins que dans le Figaro. Ce résultat confirmant simplement que, depuis une semaine, Barak Obama a conforté, sans accélération, la progression qu’il connaît depuis la mi-septembre.
Rien de nouveau
Mais avant de revenir sur la question des sondages, un petit point informatif. Quoi de neuf depuis une semaine? En gros, à peu près rien. Sur le même fond de crise économique, John McCain ne se lasse pas de raconter l’histoire de Joe le plombier[1], Barak Obama continue d’expliquer qu’il va diminuer les impôts de 90 % de la population en ponctionnant les 5 % très, très riches[2], Sarah Palin excite encore les foules républicaines autant que les féministes du New York Times – mais pas dans le même sens, évidemment –, quant à Joe Biden, il poursuit son numéro de vieux-beau-bonimenteur-gaffeur. En bref, le candidat républicain n’a toujours pas de vision politique, et son opposant n’a rien renié de promesses qu’il n’aura pas les moyens de tenir.
Voilà pour le fond. Sur la forme, la différence notable tient dans le passage à plein régime de la campagne démocrate, forte d’un budget inouï qui devrait dépasser les 650 millions de dollars. La superproduction messianique mérite bien ça. Pour donner un ordre d’idées, il y a quatre ans les candidats n’atteignaient pas cette somme à eux deux. John McCain quant à lui a déjà quasiment tout dépensé d’un montant moitié moindre. Le résultat est une véritable saturation des ondes par les publicités de la campagne démocrate.
On ne s’étonnera donc pas que les causes décrites ici-même depuis deux chroniques produisent les mêmes effets : le soldat McCain, héros sans projet, attend désespérément l’événement qui va lui permettre de décoller ; le doux et provident Obama, consolateur de l’anxiété économique, se laisse porter avec une adresse remarquable sur la vague de l’espoir. C’est ce que montre le basculement tout récent de la catégorie des plus de 65 ans chez lesquels le républicain a cédé dix points en deux semaines par rapport à son adversaire. Durant cette période en effet, les enfants du baby-boom ont vu leurs retraites, principalement dépendantes de la bourse, fondre dramatiquement.
Il faut ici saluer la maîtrise de l’évolution de sa campagne par Barak Obama car si sa progression régulière est principalement due à la conjoncture économique, il a su accompagner la diffusion de l’angoisse en se rendant de plus en plus accessible à cet électorat-clé que sont les indépendants, masse croissante de citoyens centristes qui ne se retrouvent pas dans le système clos des partis politiques américains et qui attendent généralement le dernier moment pour se décider. Le ralliement durant la semaine passée de deux républicains, Colin Powell et Paul Volcker, en est le signe. L’ouverture au centre a eu pour effet de rendre inopérant l’argumentaire républicain qui consistait à rappeler le passé radical d’Obama, à insister sur le fait que personne ne sait exactement ce qu’il pense et ce qu’il compte faire une fois entré à la Maison Blanche. Cela reste pourtant vrai, mais n’a plus aucune portée dans la campagne. Le résultat est là : mi-septembre, John McCain menait dans la catégorie centriste par 13 points, il en cède désormais 12 sur son concurrent.
Un électorat résigné
Alors, l’élection est-elle déjà jouée? Oui… et non. Oui dans la mesure où le candidat démocrate jouit d’une dynamique positive qui l’avantage et dont on ne voit pas ce qui pourrait la stopper. La comparaison avec Sarah Palin est de ce point de vue intéressante. John McCain avait fait un pari risqué en la choisissant, mais le risque était calculé : les démocrates ne pourraient pas exploiter les faiblesses de sa vice-présidente, l’inexpérience et des valeurs typées, sans par ricochet atteindre leur propre candidat à la présidence, tout aussi inexpérimenté et dont les liens très douteux avec un ancien terroriste non repenti ou un pasteur protestant dangereux effrayaient les centristes indépendants. Or la crise économique a exactement inversé ce calcul en alimentant la dynamique positive en faveur de Barak Obama : les électeurs ont de plus en plus neutralisé leurs doutes à l’égard du démocrate alors que, dans le même temps, les mêmes doutes subsistaient à l’endroit de Sarah Palin. Comme le montrent les derniers sondages, l’inexpérience de cette dernière est devenue un problème pour les centristes alors que l’inexpérience du premier est devenue secondaire dans cette même catégorie d’électeurs.
L’évolution actuelle des sondages repose donc sur la dynamique de confiance dont jouit le démocrate et qui le rend de plus en plus présidentiable. Depuis un mois et demi, Barak Obama n’a pas conquis un nouvel électorat, mais un nouvel électorat s’est résigné à le voir président plutôt que John McCain. Une bulle électorale, en somme, qui distingue cette élection des précédentes durant lesquelles les dernières semaines de campagne voyaient les candidats se rapprocher dans les sondages. Pour cette raison, le résultat des urnes dans dix jours reste très incertain.
C’est ici qu’il nous faut revenir aux sondages. Lorsque le Figaro annonce un duel à 52/38, il oublie de préciser qu’un autre sondage national sérieux, celui de l’université Georges Washington, donne du 49/46. On passe ainsi de 14 à 3 points d’écart. Et ce n’est qu’un exemple. La question est donc : comment se fait-il que l’on trouve des divergences de plus de 10 % entre des sondages dont leurs sources continuent d’affirmer qu’ils ont une marge d’erreur située entre 2 et 3 %? La réponse technique est que chaque institut possède ses propres méthodes de correction des données : parce que les sondages sont faits en appelant des téléphones fixes, parce que de moins en moins de personnes acceptent de répondre, parce que le nombre de nouveaux électeurs qui se rendront aux urnes est totalement inconnu, parce que les démocrates acceptent beaucoup plus facilement de donner leur avis que les autres, et pour bien d’autres raisons encore, les instituts de sondages corrigent, chacun avec sa propre formule magique, les données brutes en estimations publiques. Ces estimations donnent toutes l’avantage à Barak Obama, mais avec des degrés de divergence qui reflètent parfaitement l’incertitude générale quant à l’issue réelle de l’élection. Là est la véritable nouvelle de la semaine : personne ne sait précisément où en est la campagne présidentielle américaine. Autrement dit, on sait que le démocrate est en tête, mais on ne sait ni de combien, ni surtout si cet avantage repose sur des bases assez fermes pour se retrouver dans les urnes.
[1] Pour rappel, Joe le Plombier (qui s’appelle bien Joe, contrairement à ce qu’une campagne de dénigrement démocrate a voulu faire accroire, campagne reprise d’ailleurs sans précaution comme à l’habitude dans certains journaux français) a connu son heure de gloire après une discussion avec Barak Obama. Le premier se demandait s’il avait intérêt à faire croître son entreprise compte tenu de l’augmentation des taxes promise par le second. A quoi le candidat répondit que Joe contribuerait ainsi à « répandre la richesse » autour de lui.
[2] Précisons qu’actuellement seuls 40 % des Américains payent des impôts, les autres étant exonérés en raison de leurs faibles revenus. D’où l’accusation formulée par les républicains d’un socialisme rampant, camouflant une politique massive de redistribution des richesses derrière l’argument porteur des « tax cuts ».
Commentaires (14)
Ceci dit, il est en effet à craindre que le résultat final soit à l'inverse de ce qu'on considère un peu vite comme acquis d'avance, soit que les sondages soient très imparfaits pour une série de raisons abordées par l'auteur, soit qu'un événement se produise d'ici peu qui inverse la tendance officielle, comme je l'ai suggéré par ailleurs (voir : Comment la crise a gagné la présidentielle, 10 oct.).
Car il faut malheureusement bien avouer que la démocratie n'est trop souvent qu'une façade qui sert de paravent à la confiscation du pouvoir. Voyons par exemple la Commission européenne, oligarchie à peine camouflée, en pleine contradiction avec les volontés populaires lorsqu'elles ont le droit de s'exprimer (3 referendums populaires négatifs sur 3 organisées = 100% d'écart entre la Commission et la démocratie). Voir aussi la façon dont fut décidée aux USA la guerre contre l'Irak, au mépris de toute la communauté internationale et au nom de la défense de la démocratie, un comble tout de même.
Donc, il faut savoir qu'il existe aux USA (et pas seulement là ) quelques establishments et autres lobbies qui détiennent le pouvoir réel et ont les moyens d'influencer la politique officielle. Ainsi, l'establishment WASP dont la longue tradition veut que le président US soit choisi parmi eux. Savez-vous par exemple que GW Bush est le 5e président à faire partie du cercle très fermé des descendants du "Mayflower" , ces ultra-calvinistes qui ont inventé le capitalisme, ont érigé le dogme de la prédestination en système concret et pratique (on reconnaît les élus de Dieu à leur fortune sur la Terre et inversément) et appliqué leur "sionisme chrétien" à la politique proche orientale (voir Thierry Meyssan : L'effroyable Imposture 2, pp. 171 à 177 (La Théopolitique ) + pp.293-296 (Epilogue) + 330-333 (Déclaration de Jérusalem sur le sionisme chrétien).
Ceci pour vous dire, Bernard, que je n'ai aucune sympathie pour ce clan dont fait partie Mc Cain (Fils de Cain qui tua son frère Abel ?) mais pour tâcher de vous faire comprendre que, si ce clan a décidé qu'il passe, Mc Cain passera. Bien à vous. C.N.
Ce sionisme chrétien vise à faciliter le retour prochain du Christ (comme s'Il avait besoin de cela !) en préparant les conditions terrestres de sa venue telles que décrites dans certains textes bibiques (retour des Juifs en Terre Promise, au sens large de Gen. 15,18, reconstruction du temple , etc...). Le tout avec la certitude d'être le "nouveau peuple élu" ou le "nouvel Israël", avec tous les droits divins et régaliens que cela suppose dans leur vision élitiste de la Bible. La déclaration oecuménique dénonce cet élitisme contraire à l'esprit fondamental des évangiles, basé sur la justice et la fraternité.
Les démocrates ne semblent pas développer de telles vues mais je crains qu'ils ne participent, consciemment ou non, à une vaste manipulation politique jouant sur la dialectique gauche/droite qui me fait trop penser à Hegel (idem pour Europe/Amérique etc..). Plutôt que de jouer le jeu de la thèse/antithèse, je préfère me demander à qui profite la synthèse.
Pour la parodie de l'empereur Claude, bravo à Michel archange. C'est bien vu et bien joué : il faut le reconnaître sportivement. Au plaisir de vous lire tous.
Pour en venir à votre réponse, Claude, je ne peux pas "gober" cette histoire de "sionisme chrétien" responsable si je vous ai compris de la "manipulation" de l'affaire du discours de Ratisbonne, je vous renvoie aux articles parus à l'époque sur ce site(en particulier le point 5 du décryptage de G.de Lacoste Lareymondie le18 sept.) On peut certainement discuter du bien fondé de cette prétention d'origine "calviniste radicale"(!?) mais il semble que pour répondre "à qui profite la synthèse" il faille considérer des thèses qui ne sont pas mentionnées dans votre billet, elles concernent le conflit du Moyen-Orient et rien moins que l'expansion de l'Islam en Europe(par le biais d'une immigration de masse qui n'est pas nécessairement comme on nous le rabâche "une chance pour la France", et bien plus grave sans doute par le développement de la pensée "dhimmie"-la même qui pousse les chrétiens orientaux à pactiser avec leurs persécuteurs par crainte de représailles et à épouser leur "antisionisme"-) Je recommande sur la question une visite du site surlering.com, l'interview de Bat Ye' Or par Radu Stoenescu, le13/10/08 rubrique "outremonde"(pour son dernier livre "Eurabia") et encore l'article d'Armand Laferrere "Est-il permis de soutenir Israël?" paru dans le N°104 de la revue Commentaire, les sites primo-europe.org et désinfos.com sont également à consulter sur ces sujets- un peu éloignés du sujet de départ!-Enfin, permettez moi de remarquer des expressions contestables pour revenir encore à votre billet: "offensive manquée d'Israël contre le Liban", c'est exactement le point de vue du Hezbollah que vous reprenez avec cette simple formulation qui parait "neutre", pardon de vous renvoyer encore sur le net, vous trouverez plein de références argumentées dans un article de Miguel Garroté "Hezbollah, l'ONU reconnait son inefficacité" sur le site rebelles.infos. Pour terminer je suis obligé de relever l'amalgame contenu dans l'expression "les Afrikaanders avec leur apartheid" ce qui évidemment ne peut que clouer le bec d'un contradicteur éventuel soucieux d'éviter le lynchage, et emporter l'adhésion indignée du consommateur moyen de "prêt-à -penser".Puis-je vous suggérer de lire ou de relire l'oeuvre deJM Coetzee, en particulier "Disgrâce", l'Afrique du Sud comme toute affaire humaine ne s'écrit pas qu'en blanc ou noir...Pardon d'avoir été un peu long.
J'ajoute enfin être assez d'accord avec Pierre.
PS:C'est la 1ère fois que j'écris sur un blog, pour un peu on y prendrait goût si ce n'était le temps que ça prend quand on n'est pas un virtuose du clavier!
Les catholiques sont vraiments des gens dangereux et surtout INCULTES ET INTOLERANTS. Je devienens anti clérical et très géné par nos frère chrétiens.
Quoi que vous didiez c'est le bon Dieu qui jugera.
Vous ironisez sur mon expression la folle de PALIN qui n'est pas de moi. Je me permets de vous signaler tout de m^me que cette personne semble tenir des propos incohérents. Si Monsieur MAC CAIN est élu et qu'il lui arrine malheur - ce monsieur n'est pas tout jeune, c'est Madame PALIN qui prend la suite. Vu les difficultés des Etats Unis et surtout le fait qu'un pays comme le notre est du fait lié avec les USA, la crise que nous vivons le prouve. Voilà la raison pour laquelle j'emploie cette expression.
Cependant je suis reconnaissant à Madame PALIn d'une chose, c'est de ne pas avoir fait avorter sa fille, ce que, peut-être certaines familles française de droite n'auraient pas fait.
Je voudrais signaler à votre attention l'article de Gil Mihaély sur le site causeur(d'Elisabeth Lévy) "Mark Twain, l'enfance perdue de l'Amérique" excellent (qui ne se souvient du passage, entre mille intéressant, de la confession de l'esclave en fuite Jim, faite à Huck, sur la gifle énorme qu'il donna à sa fille qu'il croyait désobéissante alors qu'elle était sourde mais ne le savait pas...)et deux films sans manichéisme à (re)voir, "Américan Beauty" de Sam Mendès, et un de David Lynch dont le titre m'échappe-c'est le road movie sur tondeuse à gazon d'un homme vieillissant qui part pour rendre visite à son frére malade et se réconcilier avec lui...
Notre monde change, avec ou sans Obama , transition pour évoquer le dernier livre de Pierre-André Taguieff que j'avoue n'avoir pas encore lu (près de 700p. dont 200 de notes! disait "le monde des livres" du 28/08:08) "La judéophobie des modernes" -métamorphoses de la haine-
Je voudrais dire à Bernard que je suis en effet guêté (au moins) par la possibilité que les qualificatifs dont il me charge soient ou deviennent "vrais", mais je me soigne! Qui ne pourrait comprendre et faire sien le rejet de l'hypochrisie de l'égoïsme etc, mais outre qu'il est plus facile de discerner l'esprit faux chez le voisin que dans son propre jardin, il reste encore la difficulté de résister à l'envie d'éradiquer l'ivraie... A ceux qui auront eu la patience de lire jusqu'au bout, Bien à vous!(sans ironie!)
Je voudrais toutefois clore ce débat, en ce qui me concerne, par une réflexion générale sur le choix des chrétiens en politique. C'est le thème d'un ouvrage célèbre de notre cher Thierry Boutet. Nos quelques échanges ou accrochages dans ce modeste forum prouvent assez combien ce choix, voire cet engagement, sont difficiles. Dans l'exemple américain qui nous occupe, il s'agit grosso modo , d'un point de vue chrétien, de choisir entre d'une part un républicain pro-vie mais partisan d'une politique sociale très dure, voire cruelle, difficilement compatible avec les exigences de justice de notre idéal (cfr Michel Schooyans : "L'Evangile face au désordre mondial" ) et, d'autre part, un candidat démocrate partisan d'une politique sociale plus généreuse mais libertaire en matière de bioéthique, en contradiction flagrante avec les valeurs que nous défendons ici dans la ligne des enseignements pontificaux.
Pour le dire crûment mais clairement, qu'on choisisse l'un ou l'autre, on est, chrétiennement parlant, tout simplement cocu. Le seul choix qui reste consiste à choisir avec qui on veut l'être. Désolé pour Monsieur Boutet mais je n'ai pas trouvé dans son livre de solution à ce lancinant problème. A moins que je l'aie mal lu. Qu'il veuille bien me le pardonner alors et me donner la réponse qui me rassure.
C'est devant ce type de constat que je suis devenu méfiant face à cette dialectique et que je ne puis m'empêcher de me demander à qui elle profite, à force de me dire que ce n'est pas normal. Si vous avez de bons arguments pour me rassurer, n'hésitez pas non plus...



