Dans les pays anglo-saxons, la retraite par capitalisation, qui n’est pas non plus généralisée, est loin d’être la panacée : s’agissant des retraites « maison », qu’en pensent les anciens salariés de Maxwell, d’Enron ou de Lehman Brothers, impitoyablement privés de toute ressource ? Et que dire des fonds de pension qui avaient tenu le titre BP pour un placement « de père de famille » ?
Ensuite, la retraite par capitalisation désigne des réalités différentes sans que l’on se soucie toujours de préciser ce dont on parle.
Des réalités différentes
Il peut s’agir d’une retraite par capitalisation individuelle. Un salarié verse volontairement chaque mois, soit à un fonds d’entreprise, soit à un fonds grand public, une cotisation, se substituant en tout ou en partie à la cotisation versée aujourd’hui la caisse de retraite. Au lieu que cet argent soit reversé aux retraités d’aujourd’hui, il est placé et restitué au cotisant au moment de la retraite.
Quelle différence avec la bonne vieille épargne ? Une seule : les tenants de ce système attendent que les versements soient déductibles de l’impôt sur le revenu. Le bon vieux Keynes nous ayant appris que la capacité d’épargne est proportionnelle au revenu, bonjour la justice !
Instauré à l’échelon national, ce système a une contrepartie implicite : la diminution des retraites versées au titre de la répartition. Aucun gouvernement ne l’envisage sérieusement à ce jour et on comprend bien pourquoi.
Cette idée n’est pas pour autant restée lettre morte. Elle a connu un commencement d’application, d’abord ouvert aux seuls fonctionnaires sous l’égide de Préfon Retraite, puis élargi au reste de la population sous la forme du Plan d’épargne retraite populaire (PERP). Les actifs qui le souhaitent (surtout les mieux payés) peuvent déduire de leur revenu imposable les cotisations versées en vue d’améliorer leur retraite. On mesure l’absurdité d’un tel système dans un pays qui bat tous les records d’épargne alors que ses finances publiques, notamment à cause de ce genre de niches fiscales, sont déficitaires.
Mais la retraite par capitalisation a une autre signification : non point individuelle et facultative mais obligatoire et mutualisée. Les caisses de retraite (ou tout autre organisme en lien avec elles) peuvent aussi, au lieu de reverser mois après mois les cotisations des actifs aux retraités comme cela se fait aujourd’hui, les mettre de côté pour constituer un portefeuille de placements dont le revenu servira, le jour venu, à verser les pensions des cotisants d’aujourd’hui.
Système séduisant en soi mais dont on oublie généralement de dire ce qu’il implique : ou bien on arrête pendant vingt ans (le temps qu’un fonds d’un montant suffisant puisse être constitué) de verser les retraites, ou bien on double les cotisations ! Doubler les cotisations au moment où elles n’ont jamais paru aussi lourdes et où elles constituent, tout le monde en convient, un frein à l’emploi ! Dire que l’on aurait pu promouvoir un tel système en 1945 est une chose, envisager sérieusement de le faire aujourd’hui, c’est nager en pleine utopie.
L’objection démographique
Le système de retraite par capitalisation se heurte à deux autres objections.
L’une est démographique. Toutes les études montrent que la capacité d’épargne décroît avec le nombre d’enfants. Or ce sont ces enfants qui, par leur travail, soutiendront demain les retraités. Combien injuste serait un système qui donnerait les retraites maximum à ceux qui auront fait le moins de sacrifices pour préparer la relève des générations ! La retraite par capitalisation est antifamiliale par essence.
L’autre est économique : si le versement d’une retraite se traduit par un pouvoir d’achat réel, c’est que, au moment de ce versement, les magasins sont achalandés. Et par qui le sont-ils, sinon par le travail des actifs contemporains ? Certes, parmi les facteurs de production, figure aussi, à côté du travail, le capital et donc l’épargne des vingt ou trente dernières années. C’est la seule légitimité qu’aurait en définitive l’introduction d’une part de capitalisation dans nos systèmes mutualisés.
Mais il faut choisir le bon moment pour cela. Dans les années soixante ou soixante-dix, quand les retraites étaient encore faibles et la croissance forte, c’eut été plus facile qu’aujourd’hui. Las ! La génération des baby-boomers, peu généreuse pour ses anciens (au moins jusqu’en 1975), a préféré « jouir sans entraves ». Aujourd’hui, c’est un peu tard.
À moins que la Bourse ne connaisse un très grave effondrement, plus grave encore que celui de 2009. Dans ce cas, il faudrait en profiter pour constituer un fonds de retraite à bas prix. Si, entretemps, la possibilité en a été restaurée, comme cela sera un jour inévitable, un emprunt massif de l’État ou des caisses de retraite à la Banque centrale pourrait financer cet investissement de départ.
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Commentaires (9)
Oui, nous avons besoin en toute urgence de développer un système libéral des retraites en France avec une part importante de fonds de capitalisation. Nous crevons d'un état obèse qui nous étouffe sous le poids des charges sociales dont l'efficacité est voisine du néant.
Heureusement, je travaille actuellement en Suisse et je peux pour le moment disposer d'une assurance de santé privée qui me coûte ce que je veux bien mettre sur ma santé et un système de retraite en partie de répartition (premier pilier) et en partie de capitalisation (2e et 3e piliers dont le capital reste disponible sous certaines conditions)
M. Hureaux est le représentant parfait de cette haute administration française qui nous conduit dans le mur.
Pour moi, le capital n'a rien de honteux : Jésus-Christ lui-même nous demande de le développer et si nous avons peur du risque de le mettre dans une banque…
Que faut-il combattre aujourd’hui : un état omniprésent, omniscient qui veut s'insinuer dans les moindres interstices de notre vie sociale, privée, professionnelle et même cultuelle ... Oui, il faut combattre Léviathan et certainement pas l'esprit de responsabilité qui préside à la constitution d'un capital par l'épargne et un esprit d'entreprise qui place cette épargne pour créer des richesses.
Si un smicard mettait ses 20% de salaire net que sont les cotisations-retraite actuelles dans un fonds (individuel et privé comme au Chili, et pas d'entreprise ou syndical), avec une rémunération moyenne de 3% hors inflation pendant 40 ans, il aurait à la fin un capital de 350.000 €, et des intérêts mensuels de 875 €, ce qui représente 88% de son ancien salaire.
Quod erat demonstradum : la capitalisation (individuelle et à gestion privée libre) profite d'abord au plus modestes.
Votre exemple a besoin de 40 ans pour être vérifié ; 40 années pendant lesquelles tous les autres paramètres n'évoluent pas, et surtout pas en négatif.
Aujourd'hui où tout change si vite, c'est malheureusement impossible. J'en suis autant désolé que vous.
Vous n'avez rien prouvé. On en reparle dans 40 ans ?
Effectivement, nous ne pouvons rien prévoir sur un horizon de 40 ans.
Mais nous pouvons dire avec certitude qu'il est préférable d'épargner un capital et de le placer modestement à 3% que de croire que la retraite par répartition sera encore viable dans 40 ans. Car une chose est certaine : dans 40 ans, il n'y aura plus de retraite par répartition en France.
C'est une des raisons (bien pragmatique, celle-là, mais il en est bien d'autres plus philosophiques voire théologiques) qui m'ont fait choisir la vie qui est mienne aujourd'hui : simplicité radicale, sobriété heureuse et évangélique, "ora et labora".
Il n'y a pas à opposer répartition et capitalisation qui semble relativement complémentaire. Il faudrait plutôt considérer la part du capital dans la production et la valeur ajoutée et se poser la question de comment intégrer cette part dans les revenus des français. Je ne sais pas quelle est cette part mais je suppose qu'elle a tendance à augmenter. Les pompes à essence sont automatiques, le téléphone, l'électricité, Internet, les distributeurs de billet, le métro, etc... Une fois cette part déterminée, on peut se poser la question de comment l'intégrer
On peut taxer les revenus du capital pour alimenter les retraites, comme voudraient faire certains, ou inciter à une forme d'épargne, collective ou individuelle...
De mon point de vue, un autre sujet n'a pas été abordé dans le débat sur les retraites, de manière regrettable. Il s'agit tout simplement de diminuer, ne serait ce que de manière symbolique, les retraites, au moins pour les retraites les plus élevés pour éviter que la solidarité nationale, dont on nous parle sans cesse, ne soit une nouvelle fois ébranlée et aussi introduire un peu de justice dans tout cela. Pourquoi dire que ceux qui bossent, parfois difficilement doivent bosser plus et ne pas dire que ceux qui sont retraités doivent gagner un peu moins, quitte à réajuster les gains et pertes en fonction de l'état des finances des retraites ? On jouerait sur ce qui fait la vraie valeur d'un système par répartition, la garantie d'un revenu, variable sans doute mais même lorsque la situation est mauvaise.
Quant à dire que la démographie est un pb, c'est sûr. Encore faut-il être en mesure d'éduquer la jeunesse !
Et pour ce qui est de dire qu'il y aura tjs des travailleurs, c'est vrai aussi. Mais seront-ils nécessairement français ?
En conclusion, cet article n'est pas de grande qualité. C'est l'été même sur liberté politique!
A qui appartient la rémunération reçue à titre professionnel?
Quelle est la liberté de jouissance et d'utilisation de cette ressource,
quelle part de responsabilité est allouée au quidam pour gérer cette ressource au mieux de ses besoins ?
Ne pas oublier que l'on travaille (dans le cadre strictement temporel) pour deux finalités:
-subvenir aux besoins correspondant à son état
- s'enrichir et constituer un aptrimoine à son bénéfice et à celui de ses proches.
Liberté, responsabilité, propriété: les troix valeurs dignes de l'individu.
la répartition?
-spoliation (prélèvement par contrainte) au profit de tiers pour lesquels aucune créance n'existe de par soi.
- absence de contrat entre les parties: les organismes modifent les règles du jeu (qui n'existent pas!) pour tenter de faire face à la problématique de la durée, inmaitrisable en répartition.
irresponabilité sur le transfert inter-générationnel
pourquoi avoir des enfants dans le système en répartition? autant profiter de ceux des autres: autant s'enrichir de façon égoïste. !
rappel la spoliation de réversion de la CNAv à 60 ans correspond pour un salaire au PASS à une perte de 9000€ par an soit un patrimoine de 215 000€ à consacrer sur ce poste.
Sympa pour la famille?



