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Décryptage

Un rapport parlementaire en faveur des clones et chimères embryonnaires

14 Juillet 2010 | Pierre-Olivier Arduin*

L’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) vient de rendre public son rapport avant la révision de la loi de bioéthique prévue cet automne. Rédigé par les députés Alain Claeys (PS) et Jean-Sébastien Vialatte (UMP), il préconise la légalisation sans aucune restrictions de la recherche sur l’embryon ainsi que la création de clones et chimères homme-animal.

Le rapport de l’Opecst remis le 7 juillet à l’Assemblée nationale témoigne d’un abandon gravissime du principe du respect de la vie théoriquement protégé par l’article 16 du Code civil qui dispose que la loi « garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie ». En effet, si l’embryon n’a pas de personnalité juridique dans le droit français, il est néanmoins un être humain auquel le respect est dû. Le législateur a ainsi posé en 2004 divers interdits destinés à le protéger : le clonage d’embryons humains, que la finalité soit thérapeutique ou de recherche, est passible de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende de même que la conception d’embryons humains à des fins de recherche est strictement interdite.

Tout embryon humain doit être conçu à des fins procréatives et l’article L. 2151-5 du code de la santé publique rappelle solennellement que « la recherche sur l’embryon est interdite ». Sur quoi se fonde cet interdit si ce n’est sur la reconnaissance de la dignité de l’être humain conçu in vitro ?

Malheureusement, le législateur a cru bon déroger en 2004 à la prohibition de l’expérimentation sur l’embryon à la condition que cette recherche soit susceptible de permettre des progrès thérapeutiques majeurs et ne puisse être poursuivie par une méthode d’efficacité comparable en l’état des connaissances scientifiques. Toujours est-il que le cadre fixé rend encore indirectement hommage au devoir de protection de la vie humaine, la recherche sur l’embryon étant limitée à une période de cinq ans à compter de la parution du décret du 6 février 2006 et bien sûr seulement et seulement si elle satisfait les deux dérogations présentées par ailleurs comme « très strictes » par les promoteurs de la loi de 2004.

L’arbitraire des experts

Alain Claeys et Jean-Sébastien Vialatte, respectivement élus de l’opposition et de la majorité, veulent une bonne fois pour toutes faire voler en éclat ce dispositif qu’ils jugent attentatoire à la liberté de la science. Selon Alain Claeys, si la loi « avait été appliquée à la lettre, certaines recherche auraient été impossibles » (information rapportée par l’agence Gènéthique le 7 juillet 2010).

C’est bien ce que nous n’avons cessé de dénoncer à moult reprises ici même. Et pour cause – a reconnu Jean-Sébastien Vialatte au cours de la conférence de presse présentant le rapport – non seulement il n’y a eu aucun essai thérapeutique dans le monde utilisant des cellules souches dérivées d’embryons, mais encore la recherche sur les cellules souches adultes et les cellules reprogrammées iPS constitue désormais la voie royale de la recherche en matière de médecine régénératrice [1].

Les parlementaires de l’Opecst n’en ont cure et ne tirent à aucun moment les conclusions qui s’imposent au simple bon sens. Bien au contraire, ils préconisent de faire sauter le cadre dérogatoire et de le remplacer par un régime clair d’autorisation de recherche sur l’embryon sans encadrement et sans conditions, allant plus loin dans la surenchère que les rapports du Conseil d’État et de Jean Leonetti [2].

La soustraction radicale au principe de dignité

Il s’agit donc de faire disparaître de l’ancien corpus la notion de recherche alternative ainsi que l’idée de perspective thérapeutique. La loi n’ayant plus vocation à faire respecter le droit bioéthique, ils demandent dans la foulée que l’Agence de la biomédecine soit désormais la seule instance à réglementer la recherche sur l’embryon, et ce dès le 5 février 2011, date à laquelle prendra fin le moratoire. En lui conférant un véritable pouvoir de décision, Alain Claeys et Jean-Sébastien Vialatte souhaitent que l’Agence s’affranchisse du législateur. Son directeur et son conseil d’orientation auraient les mains libres pour conduire comme ils l’entendent la stratégie de la recherche française sur l’embryon. Le pouvoir banalisé des experts n’est-il pas l’une des conditions de l’avènement d’une biocratie où la loi n’aurait plus aucune consistance ?

En faisant de la liberté de la recherche un droit de connaître et d’expérimenter sans aucunes restrictions, les auteurs du rapport soustraient radicalement l’embryon humain au champ de protection du principe de dignité, fût-il déjà écorné en 2004. C’est un changement de paradigme radical que promeut l’Opecst en signifiant que plus aucune exigence n’est applicable à l’embryon humain devenu simple matériau entièrement disponible au bon vouloir des firmes pharmaceutiques et autres consortium de recherche.

Apologistes d’une pensée matérialiste radicale, il est parfaitement logique que les mêmes fassent figurer dans la liste de leurs propositions la légalisation du clonage embryonnaire et de la création des cybrides (chimères embryonnaires homme-animal). Ces deux pratiques relèvent de ce qu’on appelle pudiquement les transferts nucléaires. Le clonage consiste en l’insertion du noyau, donc de l’ADN génomique, d’une cellule adulte dans un ovocyte énucléé, c’est-à-dire vidé de son matériel génétique. L’embryon obtenu est donc le clone de la personne qui a donné la cellule somatique. Si le transfert nucléaire est réalisé entre espèces, par exemple en utilisant un ovule de vache ou de lapine comme cela se fait de l’autre côté de la Manche depuis 2008, le produit obtenu est un embryon chimérique appelé cybride ou hybride cytoplasmique.

Les deux procédés portent doublement atteinte au principe de dignité de l’être humain. D’abord ils violent l’interdiction absolue de créer in vitro des embryons humains aux seules fins de recherche suivie de leur destruction programmée. D’autre part, ils bafouent l’intégrité du génome humain en ne respectant pas sa singularité dans le cas du clonage ou en opérant un mélange des caractères génétiques humains et animaux dans le cas de l’hybridation, susceptible de nuire à l’identité spécifique de l’homme [3].

Supprimer la distinction enter recherche et soin

L’offense à la dignité humaine est telle qu’il n’existe qu’un seul pays au monde à avoir autorisé ces deux pratiques : la Grande-Bretagne. C’est d’ailleurs sur cet État bien connu pour n’avoir la plus petite exigence en matière de protection de l’être humain au début de sa vie – les Anglais ont forgé pour cela le concept de préembryon – que souhaitent s’aligner les auteurs du rapport en copiant jusqu’au détail de la réglementation britannique l’autorisation de constitution de cybrides.

Pour être envisageable, le clonage embryonnaire doit bénéficier d’ovocytes humains en quantité importante. Conscients qu’une femme a peu de chance de se présenter à la porte d’un laboratoire pour y subir une stimulation ovarienne dangereuse pour sa santé dans le seul but de donner ses précieuses cellules, les députés Claeys et Vialatte proposent d’autoriser sans plus attendre la vitrification des ovules dans le champ de l’assistance médicale à la procréation. Si l’intention n’a pas été exprimée, elle est cependant facile à décrypter. Une fois qu’une femme aura réalisé son projet parental, il lui sera plus aisé d’offrir à la science son stock d’ovocytes déjà là. Il s’agit donc de créer progressivement un effet d’aubaine qui bénéficiera aux chercheurs.

Au-delà de la vitrification ovocytaire, les rédacteurs proposent d’ailleurs de considérer toute technique ayant pour objectif d’améliorer les possibilités de développement d’un embryon ainsi que celles améliorant l’AMP en général comme un « soin ». Le message là aussi est clair : il s’agit de faire passer à la trappe la distinction très précise entre recherche et soin de manière à contourner l’interdit de la création d’embryons à des fins de recherche.

Le rapport de l’Opesct est une charge virulente contre toute limitation éthique au progrès biotechnologique. Déqualifiant irrémédiablement l’être humain, les auteurs imposent la maîtrise du vivant comme l’un des nouveaux facteurs d’organisation de la société. Tout ce qui est techniquement possible est moralement désirable et doit donc être expérimenté sans tarder. Même si les recommandations de ce rapport n’étaient pas toutes retenues lors du prochain réexamen de la loi, elles révèlent une vision fondamentaliste et prométhéenne de la science qui s’impose de plus en plus dans les esprits. La prochaine loi de bioéthique a-t-elle encore les moyens d’être autre chose qu’un rempart dérisoire face à cette nouvelle figure de la barbarie ?




[1] Pierre-Olivier Arduin, « Réconcilier la science et l’éthique : la révolution des iPS », Permanences n. 468-469, « La crise de conscience bioéthique », janvier-février 2010, p. 25-27.
[2] Pour une étude comparée de ces deux rapports quant à la recherche sur l’embryon, on lira avec profit l’article d’Aude Dugast, « Recherche embryonnaire et eugénisme : espoirs et craintes », Liberté politique n. 48, mars 2010, p. 113-125.
[3] Cf. Dignitas personae n. 33.



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Commentaires (6)

Dal (14/07/2010): Merci, Monsieur, pour ces informations horrifiantes.
Dieu bénisse la France, qui s'enfonce dans la démence, en ce 14 juillet.
LL (16/07/2010): Ils ne sont que 2 fous à lier à l'OPECST ? Qui sont les autres ? Ne crient-ils pas haut et fort leur désapprobation ? Il me semble impensable qu'ils soient tous d'accord avec de telles horreurs, scientifiquement insensées de surcroît !!
J.Schranz (19/07/2010): Nous sommes, des problèmes d’éthiques biomédicales, comme de l’interdit de travailler le dimanche, dans le flou le plus complet quant à la compréhension réelle et profonde du sujet que l’on aborde.
Dans le premier cas la question était : pourquoi Dieu a-t-il posé un interdit de travailler le 7è jour ?
Dans notre cas ci : quelle est la définition exacte approfondie et détailler, et en quoi consiste véritablement ‘la nature humaine’ ?
Ne pas répondre à cette question et ne pas en avoir une vision claire ne permet pas d’agir contre la destruction programmée que nous propose le monde actuel athée, tout simplement parce que nos concepts de pensée sont les mêmes, peu ou prou, que le monde athée, étant forgés aux mêmes écoles…celle ‘du monde’.
Et le monde catholique poursuivra sa décente molle aux enfers entrainé par ‘le monde’.
Actuellement l’accent est principalement mis, y compris dans le monde catholique, sur la ‘personne’.
Le mot personne, dont le sens a profondément évolué, pour n’être pratiquement plus que le synonyme de individu. Mais si l’individu, l'homme, est porteur de la nature humaine, la nature humaine dépasse l’homme et sa ''personne'’.
Alors qu’est-elle ? le binome homme-femme ??
Le concept de nature humaine est parfaitement décrit, d’une façon extrêmement précise et détailler dans la Révélation (à qui sait lire).
Nous devrions cesser de considérer ces Ecrits comme des enfantillages, ce qui est proprement blasphématoire, ou d’être qu’un enseignement purement moral, ce qui n’est qu’une approche très partielle de ces Ecrits qu’on nous dit inspirés. Il nous faudrait un jour accepter d’aborder l’aspect anthropologique de ces textes et ceci d’une façon éclairer, approfondie et juste, plutôt que de hurler à la gnose chaque fois que quelqu’un approche ce sujet d’où qu’il soit.
Nous verrions combien, nous même, sommes loin de la compréhension de ce qu’est la nature humaine, et donc de ce qu’est l’homme. Nous ne pourrions plus confondre en aucun cas homme et animal, ce qui n’est pas évident, même pour notre monde catholique, en dehors de mots creux et de phrases toutes faites. Cela permettrait d’opposer des arguments fermes à ce mélange des genres dont d’écoule toutes les transgressions.
Actuellement nous avons une conscience confuse d’une transgression grave en bioéthique médicale et dans bien d’autres domaines touchant l’homme et sa vie individuelle et sociale. Après nous en aurions une connaissance intelligente.
Nous n’aurions plus d’excuse, nous les catholiques !!!

etienne (19/07/2010): la barbarie est à nos portes. Une fois de plus l'Eglise et le pape ont été les premiers à souligner les dangers de cs manipulations du vivant.
L'article de M Ardouin est malheureusement trés clair.
C'est le retour des vieux demons de l'homme de se passer de Dieu et de se faire dieu.
On a vu au siecle dernier les abominations que cela a engendré.
Quel sera le regard des futurs générations sur notre époque si policéeet qui progressivement glisse vers la dictature eugeniste?
Hentarbleiz (30/07/2010): J'ai la nausée, et pourtant ne sait pas pourquoi. Quelle est cette vacuité sartrienne qui me l'inspire, d'où vient ce profond manque de vie dans cette idée creuse ? Est-ce une nouvelle partie de moi que je ne connaissais pas et qu'on présente a ma conscience, ou a-t-on tente d'enlever la vie d'une partie de mon être ? J'ai la nausée, mais ne sait pas pourquoi. Qu'on mette des petits cailloux chimiques dans une enveloppe de chimiques n'est pas choquant. a prêt tout on fait bien des clathrates et des cages de fullerene sans qu'aucun sentiment ne vienne me détruire l'esprit. Quelle est la différence ici ?

J'etais donc quelques part ou je ne puis plus etre, mais pourquoi, et ou etait-ce ? Je n'y suis plus, donc ne sais plus, et ne voit plus qu'a travers la mue vide de mon âme... si je ne puis concevoir l'idée que comme une nausée, un manque, un vide, c'est donc que je suis mort d'une partie intégrante de moi même. C'est donc que cet acte atteint mon identité même et touche a mon intégrité, a ma dignité...

Il n'y a pas a chercher plus loin. Qu'un acte me tue, tout ou en partie, alors c'est un meurtre. Une solutions : plainte pour meurtre, non de l'embryon car lui ne peut rien dire, mais de moi même, car c'est a travers l'homme fait que Dieu devient intelligible ( n'oublions pas que la republique ne trouve sa justification que dans la loi du coeur a travers le trio liberté égalité fraternité et que c'est cette loi du coeur que la justice cherche a mettre au jour).

La loie du Talion ne marche pas ici, car ce dont on m'a tue, c'est de mon sentiment de vie, de ma vie même, de mon amour, non de la vérité rationnelle et conceptuel de mon corps ( qui est culturelle et de paradigme). Or la loi chrétienne interdit le meurtre de l'amour. "Tu ne tuera point dans le royaume des cieux."

Je cris donc et pleure encore, pour le meurtre de mon Dieu, qui était déjà mort.




Stéphan (27/08/2010): Voilà un article intéressant, mais un Chrétien ne doit pas s'en épouvanter, au contraire. Les manipulations si "horrifiques" que les athées cherchent à autoriser sont un mal nécessaire. Saint Augustin ne dit-il pas, quelque part au livre XI ou XII de la Cité de Dieu, que Dieu ne permet le mal que parce qu'il le fait servir à des fins meilleures? et que Dieu a raison de permettre le mal pour rehausser l'éclat du bien, ainsi, dit-il, que "les ombres d'une peinture soulignent sa clarté". Si Dieu permet à l'homme de pénétrer toujours plus avant les secrets de la vie, c'est qu'il a sûrement pour intention de faire servir cette curiosité coupable au dessein grandiose qu'il prépare. Ne nous opposons donc pas à la folie des eugénistes modernes, par crainte de ternir la beauté des principes divins.

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