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Décryptage

De l’immaturité sexuelle et ses tendances modernes

30 Juin 2010 | Sabine Faivre*

Le libertinage est à la mode. Différentes émissions ont récemment présenté des reportages sur la banalisation de nouveaux comportement affectifs et sexuels aux États-Unis et en Europe : l’échangisme, c’est chic, et le « polyamour », le ménage à plusieurs, c’est tendance.

En un mois, les émissions se sont succédées sur les trois principaux médias, radio, télévision et Internet. Citons les émissions de Brigitte Lahaie sur RMC, Le triolisme, le gang bang, la partouze, les reportages diffusés sur Direct 8 le 25 juin à 22 h, Numéro spécial : Business libertin, sur Canal + le 26 juin à 12h45, L’amour à prise multiple, présenté par Daphné Roulier, tandis que le Monde des Livres diffuse, sous la plume de Cécile Guilbert, un éloge appuyé du vagabondage sexuel dans un article intitulé La sagesse du libertinage, le 3 juin.

Ces reportages – présentés pour certains à des heures de grande écoute, donc pouvant être regardés par des mineurs ou des adolescents – sont muets sur les enjeux d’ordre moral et psychologique inhérents à de telles pratiques. Ils sont le reflet d’une société inapte à transmettre l’image d’une sexualité adulte et structurante, pour soi-même et pour autrui.

Sur le plan psychologique, ces pratiques risquent d’induire des troubles en matière d’identité sexuelle et d’équilibre émotionnel, aussi bien pour l’homme que pour la femme.

Cliniquement, ces phénomènes sont bien connus : ils manifestent une forme de régression à un état pulsionnel propre à une sexualité infantile où l’autre est utilisé comme objet de satisfaction pour soi. Ce qui évidemment est un leurre et une impasse. Cette étape précède la nécessaire maturation de la sexualité vers la reconnaissance de l’individualité sexuée, la reconnaissance du sexe opposé et l’intégration des interdits fondateurs : le crime et l’inceste.

De simples « modèles alternatifs » ?

La pratique dite du libertinage présentée comme récréative est en fait une négation de la sexualité elle-même dans ce qu’elle comporte de plus pur et de plus noble. Elle est une négation de l’homme lui-même et de sa capacité à rechercher ce qui l’élève et non ce qui l’abaisse, à construire un amour unique et fidèle, à sublimer son instinct dans le don de soi et la gratuité.

L’échangisme ou le plus moderne « polyamour » conforte et enracine des tendances qui sont pourtant à la source de troubles cliniquement diagnostiqués dans le DSM IV (manuel statistique et diagnostique des troubles mentaux). Parmi les troubles sexuels et troubles de l’identité sexuelle, on y trouve notamment inscrit le voyeurisme (dans les clubs qui organisent les pratiques de groupe), le fétichisme (par l’utilisation d’objets inanimés), l’exhibitionnisme et le sadisme sexuel (salle à visée sado-masochiste, la femme étant par exemple enchaînée de différents manières et utilisée comme objet de satisfaction sexuelle pour un ou plusieurs hommes), pour ne citer qu’eux.

Chose troublante, la pédophilie fait elle aussi partie de la liste des troubles citée plus haut car elle présente une tendance pervertie de la sexualité. Cette dernière est, à juste titre, unanimement condamnée dans notre société. Pourquoi alors ces autres pratiques bénéficient-elles d’un jugement plus clément et sont même aujourd’hui exhibées ou vantées dans certains médias, pratiquement comme des modèles alternatifs, quand bien même ils ne concernent que des adultes supposés consentants ?

On voit surgir des phénomènes transgressifs analogues dans certaines pratiques de la science, à travers, par exemple, le fantasme de la toute puissance dans la maîtrise de la procréation. Fantasme d’immortalité, fantasme d’être Dieu, fantasme d’une sexualité débridée uniquement conduite par elle-même et ordonnée à elle-même.

L’être ou le paraître

Ces phénomènes nous alertent car ils correspondent à des schémas de régression, qui sont tout sauf des pratiques d’affranchissement ou de progrès.

Ils sont la manifestation alarmante (et il faut pouvoir l’affirmer avec lucidité), d’un retour à des schémas archaïques dont la finalité est de nier le rôle des interdits fondateurs de l’humanité, donc de nier notre humanité même. C’est pourquoi il est nécessaire de dénoncer ces pratiques comme l’avènement de nouveaux esclavages. Cette spirale de paradis artificiel, qui sont d’abord et avant tout des lieux de mensonge et des fabriques de désespoir, réserve des lendemains bien tristes, en particulier parce que la personne qui s’est laissée piéger a confondu la quête du plaisir et celle du bonheur.

Le bonheur, lui, n’instrumentalise pas l’autre, il fuit le business car il se développe essentiellement dans la gratuité, il préfère l’être au paraître, il n’a pas de meilleur terrain d’épanouissement que dans l’union et la fidélité d’un homme et d’une femme, enfin il ne se limite pas à la satisfaction des pulsions sexuelles car il les intègre pour les amener plus haut : dans ce que l’on appelle la communion.


 

 

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Commentaires (9)

PMalo (30/06/2010): Parfait, rien à redire.
Quand ferez-vous le même article sur notre modèle économique, le "matérialisme mercantile" (dixit JPII), la consommation de masse ?
Ne voyez-vous pas qu'il procède de la même fausse anthropologie, qu'il agit sur les mêmes ressorts ?
Quand verrez-vous que le libéralisme est une pensée globale, qu'on ne peut séparer libéralisme politique ou des mœurs ("libertarianisme") et libéralisme économique sans frôler la schizophrénie, que l'un et l'autre s'entre-nourrissent ?

Il ne suffirait que de changer quelques mots à cet article ; des paragraphes entiers n'auraient pas besoin d'être retouchés...
JLC (03/07/2010): A mes yeux, c'est un signe de plus que l'Occident s'enfonce de plus en plus dans la décadence. Cela a commencé il y a un siècle avec les deux guerres mondiales qui ont sacrifié tant de vies sur l'autel des idéologies. Maintenant ce sont nos valeurs qu'on sacrifie. Les conséquences en seront surtout subies par les générations futures.
CC (03/07/2010): Cher Didier Menduni,
Comment, d'abord, ne pas se réjouir de voir un lectorat aussi divers s'intéresser aux articles de Liberté Politique. Les critiques négatives sont le témoin le plus certain d'une large audience. On ne saurait d'ailleurs disqualifier la critique au motif qu'elle ne flatte pas l'ego du rédacteur. Vous m'accorderez, en revanche, qu'on mesure la justesse d'une critique a sa subtilité, autant que l'intelligence de son auteur a la finesse de son jugement. Et voyez-vous, c'est la que le bat blesse.
Vous auriez pu avancer que l'engagement monogame était un engagement difficile, auquel on ne saurait contraindre tout un chacun. Vous auriez pu tout autant vanter les vertus de la liberté sexuelle durement acquise par les luttes féministes des dernières décennies. Avec quelque brio, vous en auriez convaincu certains! Vous auriez pu enfin rappeler qu'a la différence de la pédophilie, ces "dérives sexuelles" -pardonnez l'expression- n'engagent que des adultes consentants et qu'on ne saurait poser quelque frein aux désidératas individuels.
Que nenni! D'argument, point! Votre modeste commentaire s'enlise dans les idées préfabriquées de notre époque. Un avis contraire ? Bruler l'intolérant! La monogamie ? Un dogme insupportable! Oser critiquer le vagabondage sexuel ? Vous voila homophobe! Certes, mais voyez-vous, a l'ère des Lumières, du débat intelligent, fondé en raison, les anathèmes -laïcs ou non- et les condamnations rapides ne sont plus a la mode. Malheureux! Vous n'êtes plus a la page! Mettez-vous donc a l'argument raisonné! Croyez-moi, vous en savourerez bientôt les mérites!
Laissez-moi vous mettre sur la piste. Considérez par exemple le racisme ou l'antisémitisme, ces maux de notre temps qu’il ne vous viendrait pas a l'esprit de défendre  au nom de la tolérance! Vous voila enfin réconcilié avec l'universel! A force de rejeter toute forme de norme sociale et morale, vous en étiez venu à en oublier les mérites! Reste bien sur à discerner les fondements légitimes de la norme social. Le sujet est vaste, convenons-en.  Gardons a l'esprit cependant que faire appel au simple consentement mutuel est une justification assez pauvre. Le consentement prolifère malheureusement dans le vice autant que dans la vertu...Accepter l’idée de norme sociale est un défi certes. Des lors que les individus sont également capables de discerner la norme légitime, et qu’ils divergent dans une telle appréciation, comment imposer une vision particulière a l’ensemble de la société ? Vous voila bien dans l’embarras ! Vous qui ne jurez que par la liberté individuelle en matière de mœurs ! Vous êtes premier juge, premier a jeter l’anathème sur les racistes de tout poil, ou les antisémites, que dis-je ! Loin de moi, rassurez vous d’y trouver quoi que ce soit à redire. Mais notez tout de même la contradiction.
Sortir de cette contradiction fondamentale exige de croire en la raison et en la capacité des individus a surmonter leurs particularismes pour discerner collectivement les normes sociales légitimes. Constatez toute la modernité de mon propos. Pour cela, affirmons le respect total des individus, mais menons tout aussi vivement, un débat d’idées libre, franc et sans condescendance excessive. C’est la meilleure garantie de réussite. 
La tolérance, seul universalisme auquel vous faites appel (en êtes-vous seulement conscient ?)  est une fausse vertu, le cache misère de notre – de votre ?- inaptitude a assumer la nécessité de la norme sociale, de son fondement légitime, et a mener des débat sans condescendance. Désapprouver certaines pratiques sexuelles, certaines options individuelles, ou  tout simplement affirmer clairement certaines idées, c’est le véritable humanisme pour peu que cette attitude s’accompagne d’un vrai respect de la personne humaine.
J'ose espérer que la lecture de mon commentaire ne heurtera pas vos sentiments. Considérez, pour les ménager, la longueur de mon commentaire et l'intérêt qu'il traduit pour votre modeste contribution a l'élévation intellectuelle des lecteurs de ce forum.
Françoise (03/07/2010): Monsieur Menduni ne répond pas au fond de l'article, à savoir que ces comportements sont la conséquence d'une immaturité.
A force de valoriser la jeunesse, nous avons créé une société d'adolescents qui ne veulent pas devenir adultes.
Didier Menduni auteur de France Coquine (03/07/2010): chère Sabine Faivre,
d'une certaine manière, je rejoins votre opinion dès qu'il s'agit de parler des moutons qui se déplacent en troupeau au gré des modes mais concernant les personnes dont le libertinage est leur philosophie, en voulant imposer les préceptes de la monogamie sexuelle prônée par la société bien pensante et certaines philosophies religieuses, votre avis se trouve dénué de toutes formes de tolérance et me rappelle les mêmes réactions à l'encontre des homosexuels(elles).

D'ailleurs si dans votre texte on remplace les mots "libertin et libertinage" par "homosexuel et homosexualité", j'ai l'impression de relire un des articles décriant l'homosexualité.

Sachez qu'être libertin ou homosexuel, c'est en soi et ça ne se décrète pas.

C'est pourquoi je vous redis que d'une certaine manière, vis à vis de ceux qui viennent se perdre dans le monde libertin sans en être, je partage votre avis mais de grâce, faites une place à la tolérance afin d'accepter celles et ceux qui ne partage pas votre philosophie judéo-chrétienne...

Très cordialement
Didier Menduni
auteur du guide France Coquine




etienne sexologue (05/07/2010): Autant il est intéressant d'écouter des critiques sur un sujet que les auteurs ne connaissent pas et qui se basent sur des croyances,autant il est difficile d'établir un débat et d'ailleurs le monde libertin ne cherche pas à faire du prosélytisme,c'est tout simplement une idée qui fait son chemin.Deux idées me paraissent déjà fausses dès le départ.La fidélité:...il n'y a pas 2 personnes plus fidèles qu'un couple libertin qui se permet ce fantasme pour non pas détruire leur couple mais au contraire pour le construire plus fort et plus complice.Et pour celà ne faut-il pas au contraire une très grande maturité sexuelle bien plus grande que les couples qui se disent fidèles et qui trompent leur conjoint.Le problème c'est que la maturité sexuelle ne se décrète pas,elle s'acquière tout au long d'expériences de vie.On voit des enfants d'une maturité exceptionnelle(Anne Franck) et des adultes agés avec une maturité d'enfant.Le libertinage n'est pas un manque de maturité,mais au contraire le résultat d'une très grande réflexion à deux qui créé dans un couple ce qu'on appelle la complicité.C'est cette complicité qui fait briller les yeux des adeptes qui le pratique et qui fait dire à ceux qui les rencontrent:"Mais comment font-ils pour s'aimer autant?".Celà,je pense qu'on ne peut pas le comprendre sans l'avoir vécu.
Guilain (05/07/2010): Bonjour,

Si je résume, vous considérez que le libertinage et/ou le polyamour entrainent diverses catastrophes "d'ordre moral et psychologique". Vous vous alarmez, et vous essayez de convaincre vos lecteurs du danger pour la société (les catastrophes morales) et pour l'individu (les catastrophes psychologiques).

si vous pensez que le polyamour et/ou le libertinage entrainent des catastrophes psychologiques, je ne vais pas tenter de vous convaincre du contraire ici (le fait que vous mettiez toutes les pratiques dans le même sac ne m'encourage pas à commencer le débat). Et je comprends que, face à cette menace perçue, vous essayiez d'avertir vos lecteurs (paradis artificiels, troubles, déstructuration, immaturité, etc.).

Ce qui me paraît absurde et contre-productif, ce sont vos références incessantes à la morale. De quelle genre de morale parlez-vous ? Pourquoi faire passer au niveau de la morale vos propres convictions sur comment vivre une vie épanouissante ? Je trouve cette "moralisation exacerbée" dangereuse, car cela réduit la liberté des gens sur des bases floues et mal établies. Dans le libertinage et le polyamour, les gens sont consentants, donc pourquoi utiliser le terme "esclavage" ? Pourquoi parler de "négation de l'homme" et de "nier l'humanité" ? Et que vient faire la pédophilie là-dedans ???
M.Masson (07/07/2010): Que ne donne-t-on des cours de philo tout au long du lycée !
Cela permettrait au plus grand nombre de réfléchir sur les bases de notre humanité.
A commencer par la notion de liberté.
Suis-je libre quand j'écoute mon corps ? mon coeur ? mon esprit ?
Est-ce que ce sont mes pulsions qui doivent me commander ?? Mais alors, qu'est-ce qui me différencie de l'animal ?
Ne dois-je regarder l'autre qu'avec le désir de le posséder ? d'en tirer du plaisir ?
Un fleuve qui est canalisé, sur lequel l'homme a établi des barrages - il produit alors de l'énergie, permet la navigation, limite les inondations...), ce fleuve est-il moins lui-même qu'avant ?
Ce même fleuve, en coulant où il veut (ou plutôt où il peut ! car en suivant la pente ....) gagne-t-il en liberté s'il devient un marécage ??

La morale (ou les règles de vie en société) comme un code de la route, permet un "bien vivre ensemble" dans le respect des uns et des autres.
ces règles de base ne sont pas discutables au risque de faire sauter toute la digue. Contrairement à ce que l'on peut croire, elles sont au service de notre liberté.
Imaginez-vous que l'on puisse décider chacun du code de la route... la circulation deviendrait vite impossible, voire dangereuse !
ce serait l'anarchie la plus complète et nous serions soumis à la loi du plus fort, du plus audacieux, ou du plus inconscient : du totalitarisme quoi !
J'aimerais laisser à mes enfants une société de liberté où ils puissent vivre heureux ! pas vous ?
Françoise2 (13/07/2010): S'insurger contre la marchandisation de l'amour et/ou du sexe est salutaire, carl'amour, justement devrait rester un espace de liberté et de gratuité entre des individus consentants. Ce que font les libertins ou les polyamoureux lorsqu'ils vivent leurs relations amoureuses en dehors de cadres payants et marchands. En revanche, où je ne vous suis pas, c'est sur les dangers que vous voyez dans ces choix. Aimer, quel qu'en soit le mode, est un risque, mais nulle part vous ne parlez des dangers de la monogamie, qui tant de fois ( une fois sur deux à Paris, une fois sur trois dans le reste de la France) s'achève sur une rupture et fait supporter aux enfants les aléas sentimentaux de leurs parents. Les couples monogames, surtout jaloux, font aussi les beaux jours des crimes passionnels et des violences conjugales, les incestes se passent majoritairement dans des familles régies par la monogamie et non les amours plurielles. Alors certes, les libertins ou polyamoureux peuvent rencontrer des difficultés comme tous les amoureux du monde, mais les monogames aussi, sinon plus, et cela ne vous indigne pas, pourquoi? Qu'est-ce qui est le plus immature? Se croire l'Unique à vie de quelqu'un ou admettre avec humilité qu'on est qqn de très bien, mais pas universel et qu'il est illusoire, orgueilleux, de refuser que son ou sa partenaire puisse aimer qqn d'autre? Qu'est-ce qui est le plus mâture? Tromper son ou sa partenaire avec honte en en cachette, quitter son conjoint parce qu'on est tombé amoureux ailleurs, ou considérer qu'il n'est pas nécessaire de rompre un projet de vie parce qu'on aime ailleurs, et poursuivre ensemble une route pas toujours facile, certes, mais ô combien enrichissante et respectueuse.

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