Vous êtes ici » Accueil

L’argument écologique

Pour les écolos néo-malthusiens, contrôler la démographie serait le meilleur moyen de lutter contre le changement climatique : « moins d'émetteurs, moins d’émissions, moins de coût », comme le résume éloquemment un rapport de l’Optimum Population Trust. D'où l'argument : plus de préservatifs, moins de CO2...

Quant à la dernière publication du Fonds des Nations-unies pour la population (UNFPA), il martèle à nouveau l’idée que freiner la natalité des pays en développement serait le meilleur moyen de lutter contre le réchauffement climatique. Pour Yves Bergevin, coordonnateur pour la santé maternelle à l’UNFPA, « il ne s'agit pas de réglementer le nombre de naissances, mais d'offrir un libre choix ; dans tous les pays où l'on développe l'égalité des sexes, l'éducation des filles et le planning familial, la natalité baisse durablement de six ou sept enfants par femme à seulement deux ou trois, sans coercition et sans exception. »

Pour les défenseurs de ces théories, l’émancipation des femmes et la planification familiale, comme moyens de lutte contre les changements climatiques, sont donc éligibles à recevoir des financements internationaux : c’est pourquoi ils doivent être mis à l’ordre du jour du sommet de Copenhague. Sachons distinguer les moyens de la fin visée : si l’éducation – au sens large - des jeunes femmes est un objectif louable en soi, il devient en revanche dangereux s’il est subordonné à une politique antinataliste.

L’argument politique

Dans une tribune publiée dans Le Point (29 octobre) et intitulé « la menace démographique [1] », Claude Allègre apporte de l’eau au moulin des néo-malthusiens : pour lui la question se place dans le champ politique : « [Les] pays musulmans et africains à croissance rapide vont être aussi les pays où l'âge moyen sera le moins élevé (30-35 ans), alors que les pays développés auront des âges moyens de 60-65 ans. On aura donc demain, face à face, un monde vieux et riche et un monde jeune plongé dans la misère, et donc facilement mobilisable par les mouvements extrémistes, qu'ils soient politiques ou religieux (ou les deux). La pression de migration va donc être considérable. »

Outre l’éradication du sous-développement (qui prendrait trop de temps…), il identifie donc deux leviers qui permettraient d’endiguer rapidement cette « menace démographique » : renforcer l’éducation des jeunes femmes et augmenter le taux d'activité professionnelle des femmes adultes.

Sa conclusion est sans équivoque : « Pour ceux qui veulent sauver la planète, chefs d'État, écologistes de tout poil, scientifiques éclairés, économistes, philosophes, pourquoi ne pas organiser un Copenhague de la promotion des femmes dans le tiers-monde ? Pourquoi ne pas y consacrer autant d'argent que pour le réchauffement climatique ? Pourquoi ne pas demander aux chefs d'Etat de mettre ce sujet à l'ordre du jour du G20 ? Nous lutterions contres les inégalités, les discriminations sexuelles et du même coup nous protégerions la planète. Quel meilleur projet ? »

L’argument alimentaire

Troisième occasion d’évoquer le contrôle démographique : autour du récent sommet contre la faim dans le monde, des voix se sont élevées pour affirmer que la malnutrition était aggravée par la forte natalité des populations africaines. L’argument a de quoi séduire tous ceux qui se préoccupent du milliard d’être humains qui meurent de faim.

Que ce soit pour lutter contre le réchauffement climatique, pour éviter des conflits politiques, ou pour combattre la faim dans le monde, l’utilisation de l’arme démographique est présentée comme la solution la plus simple et la plus rapide. Mais derrière les arguments bien-pensants de ceux qui disent vouloir permettre aux pays pauvres de sortir ainsi de la misère, se cache une vision mensongère et finalement désespérante de l’homme et de sa relation à la nature : le mythe des « ressources limitées » de la Terre ne marque en réalité que la limite de notre bonne volonté (cf. Libertepolitique.com, 20 novembre, Un milliard d'affamés).

« Il y a de la place pour tous »

Un certain nombre de géographes [1] s’accordent à dire qu’il est possible de nourrir toute l’humanité tout en préservant la planète (qui est faite pour l’homme, et non l’inverse !), à condition de ne pas céder à la résignation face au sous-développement, ce que font insidieusement ces théories néo-malthusiennes. Benoît XVI l’affirme dans son encyclique Caritas in Veritate :

« Il y a de la place pour tous sur la Terre: la famille humaine tout entière doit y trouver les ressources nécessaires pour vivre correctement grâce à la nature elle-même, don de Dieu à ses enfants, et par l’effort de son travail et de sa créativité. Nous devons cependant avoir conscience du grave devoir que nous avons de laisser la Terre aux nouvelles générations dans un état tel qu’elles puissent elles aussi l’habiter décemment et continuer à la cultiver (n. 50). »

Enfin, l’idée d’un contrôle de la démographie mondiale porte l’empreinte d’une menace beaucoup plus grave pour l’humanité, qui est le non-respect de la vie, comme nous le rappelle encore Benoît XVI :

« Un des aspects les plus évidents du développement contemporain est l’importance du thème du respect de la vie, qui ne peut en aucun cas être disjoint des questions relatives au développement des peuples. [...]
Non seulement la pauvreté provoque encore dans de nombreuses régions un taux élevé de mortalité infantile, mais en plusieurs endroits du monde subsistent des pratiques de contrôle démographique par les instances gouvernementales, qui souvent diffusent la contraception et vont jusqu’à imposer l’avortement. Dans les pays économiquement plus développés, les législations contraires à la vie sont très répandues et ont désormais conditionné les coutumes et les usages, contribuant à diffuser une mentalité antinataliste que l’on cherche souvent à transmettre à d’autres États comme si c’était là un progrès culturel. [...]
L’ouverture à la vie est au centre du vrai développement. Quand une société s’oriente vers le refus et la suppression de la vie, elle finit par ne plus trouver les motivations et les énergies nécessaires pour œuvrer au service du vrai bien de l’homme (n. 28). »

 

 

 

 


[1] Par exemple Sylvie Brunel dans son livre Nourrir le monde, vaincre la faim (Larousse, 2009).

 

 

***

Commentaires (8)

Rémy BERT (05/12/2009): Remarquable démonstration. C'est ce genre de dossier qui nous est indispensable pour mener une action au quotidien sans se contenter de pétitions de principe, mais avec des arguments et des textes de l'adversaire à combattre sans oublier les références si belles et si fortes du Magistère.
Merci !
PMalo (05/12/2009): Tous les écolos ne sont pas malthusiens !

Il est possible de lutter contre le réchauffement ET contre le malthusianisme ET contre la malnutrition. Plutôt, pour être positif, d'être pour le respect de la Création ET pour le respect de la vie ET pour un vrai développement intégral. Bref, d'évangéliser l'écologie, comme le fait sans arrêt le pape (dans tous ses discours, comme par exemple celui aux artistes publié ici même il y a quelques jours !) et devraient le faire les catholiques, qui sont hélas trop nombreux à jeter le bébé-écologie avec l'eau du bain malthusien, sous prétexte qu'un Cochet ou qu'un Allègre (depuis quand est-il écolo, lui ?) disent des choses peu catholiques.

La Terre a de quoi nourrir 12 milliards de personnes (chiffres de 2008 : il a réellement été produit de quoi nourrir 12 milliards de personnes... quel gâchis !), mais pas 12 milliards d'occidentaux/américains au train de vie indécent. Les démographes prévoient une population max de 9 milliard, puis une baisse. Il est donc possible de nourrir tout le monde. Comme le dit le pape, nous devons changer les structures et nos mentalités, causes de cette injustice, de ce crime contre l'humanité, et non par les repeindre en vert ou leur coller un petit logo "éthique". Contre la "culture de mort" et les "structures de péché", JPII appelait déjà à une "conversion écologique" !

Pour reprendre une phrase choc (donc un peu simpliste, je vous l'accorde), "Il n'y a pas trop de monde sur Terre, il y a trop d'automobilistes". Voilà ce que disent les écolos. Alors, écoutons le pape qui appelle à une "révision hardie de nos modes de vie" ! Les écolos radicaux sont dans les faits et sur ce plan parfois "plus catholiques" que certains "bons cathos" (pardon pour ces expressions)...

http://www.medias-evangile.org/mobilisation-catho-ecolo-le.html

PS : Quant au "mythe" ??? des ressources limitées... ne serait-ce pas une simple réalité ?
Le pape en parle lui-même, et il appelle à un partage juste des ressources ; on ne partage pas ce qui est illimité !
Geneste (06/12/2009): Le problème avec les malthusiens, c'est leur puissance et leur grand manque de clairvoyance. Compte tenu des développements respectifs de la Chine et de l'Inde depuis quelques décennies, on peut penser que le mode de vie occidental va se propager, à terme, à l'ensemble de l'humanité, Afrique comprise même si ce sera avec un certain retard. La conséquence inéluctable de cela sera une asymptote de population atteinte probablement vers 2050-2070 avant un potentiel effondrement rapide après 2100. Et encore cela ne peut-il se produire qu'à conditions constantes. Une guerre, par exemple, pourrait largement changer la donne, etc...
La thèse malthusienne risque donc de précipiter le déclin de l'humanité, déclin qui, de mon point de vue, représentera le problème essentiel du 22ème siècle. Le problème, c'est la résonance de cette thèse dans une population à la fois en perte de références et qui, semble-t-il, a perdu tout repère scientifique sérieux en avalant la fable du réchauffement climatique. A propos de ce dernier, on aura vu, ces derniers temps, avec un certain bonheur, Vincent Courtillot, directeur de l'institut de physique du globe remettre en cause cette ineptie et les mathématiciens du colloque maths à venir qui s'est tenu à la mutualité les 1er et 2 décembre dernier ont mis en garde sur les affirmations non fondées du GIEC!
demographie-responsable.org (07/12/2009): @Geneste, il se trouve que Vincent Courtillot pense et affirme même ici http://ce-soir-ou-jamais.franc...brique=869 que la démographie exagérée de l'espèce humaine est un des gros problèmes qui est malheureusement occulté par les débats actuels sur le réchauffement climatique. Un autre climato-sceptique en la personne de Claude Allègre ne dit pas autre chose http://www.lepoint.fr/actualit...9/0/390422 . Quant aux problèmes du XXII° siècle, si nous voulons pouvoir les affronter, concentrons nous d'abord sur ceux du XXI°, comme nous incite à le faire http://www.demographie-responsable.org/
Blaise (07/12/2009):

... sauf que les malthusiens ne sont pas des écologistes! donc ne pratiquons pas d'amalgame.

Au fond, pourquoi pas? les scientifiques nous trompent : l'attraction terrestre est une ineptie; la circulation du sang est contredite par l'expérience; quant à l'évolution des espèces et la théorie des kantas, ce ne sont que des fantaisies bonnes seulement pour les romanciers.
Blaise (07/12/2009): Les "écolos néo-malthusiens", l'expression est absurde à souhait!


L'alternative est pourtant claire : soit nous sommes écolos (catholiques) et nous nous battons pour la promotion d'un nouveau mode de vie, qui ouvre à l'humanité un futur digne de ce nom. Soit nous sommes malthusiens (libéraux-libertaires), et nous nous battons pour maintenir le modèle consumériste, aux dépens de nos enfants.


Cette lutte entre les écologistes et les ultra-libéraux de tous poils (laissez-fairistes et néo-malthusiens) est décisive : accepterons-nous enfin de partager les ressources de la planète, ou, au contraire, allons-nous achever de les épuiser, aux dépens de la majorité de la population mondiale (à commencer par les plus pauvres) et des futures générations?

Plutôt que d'écouter notre égoïsme, vivons plutôt en chrétiens, et tournons-nous vers le pape Jean-Paul II, qui nous appelait à suivre "l'Evangile de la vie".

La Charité est la première des vertus théologales. Sans elle, comme dit saint Paul, "je ne suis rien." Ce serait une chose curieuse de se prétendre chrétien, et de se conduire égoïstement, juste pour conserver sa façon de vivre consumériste. Au contraire, prenons modèle sur François d'Assise, le saint Patron des écologistes. Lui a vécu selon la charité et l'action de grâces.
Sam (11/12/2009): @Blaise
la théorie des kantas est peut être une fantaisie, mais la théorie des quantas est tout ce qu'il y a de plus construit sur le plan théorique et vérifié par l'expérience et pas par des romanciers. Et ce soir quand je me coucherai , je bénirai le ciel pour l'attraction terrestre: sans elle je n'aurais pas de possibilité de m'allonger dans un bon lit.
Patrick (12/08/2010): Il est clair qu'il est plus qu'impératif de baisser la natalité .....dans le cas contraire il est évident que la progression des naissances est pratiquement infinie....nous sommes aujourd'hui quelques 8 ou 9 milliars ....dans un siècle, trés certainement 4 ou 5 fois plus etc etc ....c'est aujourd'hui qu'il faut casser ce rythme des naissances sinon nous arriverons à un seuil de rupture
A quioi sert d'augmenter les naissances si ce n'est qu'assouvir un sentiment narcissique de se reproduire

L’espace « commentaire » est exclusivement ouvert au débat. Les commentaires contenant des attaques personnelles, des propos discourtois ou des éléments publicitaires sans valeur ajoutée au thème de la discussion ne seront pas retenus par le modérateur.

busy