Amplement commentées, l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy et les mesures qu’il a annoncées ont été diversement reçues. Mais une fois encore c’est la personnalité du Président qui interroge les français.
Chasser le naturel, il revient au galop : Nicolas Sarkozy semblait au début de son mandat l’homme pressé de l’Élysée. Puis il avait quitté le jogging et les tenues sportswear dans lesquels les magazines people et le 20 heures de TFI nous le montraient quasi quotidiennement. Son intervention du 29 janvier renoue avec un tempo que la période de la Présidence européenne et du G20 en pleine crise financière avait paru ralentir. Le revoilà en « Ministre de tout » plutôt que Président d’une France qui souffre et qui doute.
Le temps et lui
Pour sa dernière grande intervention télévisée d’avant campagne, on attendait que le Président donne sa grille de lecture de la crise et fixe des perspectives. Personne ne lui aurait même reproché de défendre habilement son bilan avec quelques mea culpa sur le bling bling de ses débuts. Tout au contraire, nous l’avons vu présenter un catalogue de mesures, les unes techniquement difficiles et longues à mettre en place comme celles sur le logement ou celles sur le chômage partiel et la compétitivité, les autres assez symboliques, comme l’augmentation de la CSG sur les revenus du capital, ou très discutables, comme la taxe sur les transactions financières qui risque de coûter à la France plus qu’elle ne lui rapportera. Le plat principal de son intervention aura été la hausse de la TVA et la baisse des charges patronales. Deux mesures qui transforment le financement de notre système social. Faire reposer son financement sur la consommation plutôt que sur la production de nos entreprises peut avoir du sens dans une économie aussi ouverte que la nôtre à la compétition internationale. Mais, outre qu’à première vue cela ne fait pas forcément l’affaire des classes moyennes, ce devrait être le chantier d’un quinquennat, pas des 80 derniers jours d’une présidence !
Les Français, et pas seulement les adversaires du Président, se sont demandé pourquoi annoncer ces réformes aujourd’hui et pas hier ? Le problème de la compétitivité des entreprises françaises ne date pas d’hier. Pourquoi ne pas s’y être attaqué bien plus tôt, et même en 2007 ? L’opinion n’était pas prête ? L’est-elle davantage aujourd’hui ? Le Président voulait, dit-on, couper l’herbe sous le pied de son principal concurrent : mesures de gauche, contre mesures de droite. Une partie de politicaillerie que les Français peinent à comprendre et où le Président de la République, une fois de plus, leur apparait comme un improvisateur, certes brillant, courageux, pugnace, mais bien trop imprévisible pour la fonction.
MERKOSY
Un autre aspect de l’intervention dont les sondages diront si elle a fait mouche sur les 16 millions de Français qui l’ont observé, c’est l’admiration du Président pour le modèle allemand et pour le Chancelier socialiste Schroeder qui a précédé Angela Merkel. Nicolas Sarkozy a cité 15 fois l’Allemagne comme un modèle à imiter. Certes l’Allemagne a des vertus, certes les Français aiment l’Allemagne et les Allemands, mais cette référence trop appuyée fait le jeu de Marine Le Pen et de tous ceux qui dénoncent notre alignement sur l’Allemagne et la Merkosy. Elle fait aussi le jeu de ceux qui reconnaissent dans cette nouvelle admiration l’influence des patrons du MEDEF qui ne rêvent que de Francfort et de Hambourg.
Les élites françaises ont souvent ce genre d’engouement, qui ne se termine pas toujours bien. Celui pour le modèle politique anglais au XVIIIème siècle nous a conduit à la Révolution ; puisse celui pour le modèle économique allemand ne pas nous conduire à la ruine. Il ne suffit pas de dire « Puisque l’Allemagne a baissé les charges sur le travail et augmenté sa TVA et que cela a marché cela va réussir en France ». Intuitivement, les Français, qui ne sont pas tous inspecteurs des finances, sentent que ce n’est pas si simple et, pour que cela réussisse comme en Allemagne, il faudrait probablement que la France soit allemande. Il est vrai qu’en haut lieu on a tendance à penser que les citoyens sont interchangeables et qu’un Allemand = un Français = un Grec = un Finlandais = un Turc !
Or, si c’était vrai, ou bien à ce jour l’Allemagne serait ruinée, ou bien la Grèce n’aurait pas de dette. Des idées bêtement françaises, très « béret et baguette », mais qui font que les Français risquent de considérer leur Président comme un ovni ou, comme Giscard d’Estaing, victime du syndrome du château.
Un quotidien titrait : « On a senti le combattant pointer sous le chef de l’État ». Certes, mais est-ce que les Français se sentent en guerre ? Est-ce que le charme n’est pas rompu ? Est-ce que les Français en ont envie ? Réponses pour bientôt.
Thierry Boutet









