Les salafistes montrent le bout de leur barbe, et même un peu plus, dans le débat tunisien.

Comment pourrait-il en être autrement ? Le calme assez extraordinaire qui a prévalu dans le pays depuis le 14 Janvier, date du départ de l’ex-Président Ben Ali, ne doit pas faire oublier que la Tunisie vit une révolution, avec ce que cela comporte habituellement de jeux de pouvoirs, d’ambitions politiques, de tensions et même de violences. Par rapport à cela, l’affrontement entre laïcistes et islamistes radicaux (cf heurts de Samedi dernier), strictement opposés sur le plan politique, n’a rien d’étonnant. Lorsqu’on imagine ce que pourrait être ce genre d’affaire dans un autre pays musulman, force est de constater que les choses se passent malgré tout « à la tunisienne », c’est-à-dire pas trop durement. Maintenant, le parti Ennahda, grand vainqueur des élections du 23 Octobre, se trouve face à ses responsabilités (cf Le Figaro) : il a été élu pour donner au peuple les deux choses qu’il attend, de l’ordre et du pain. S’il n’y répond pas, soit il sera débordé par son aile radicale, soit son crédit auprès de ses électeurs va s’effriter rapidement. A ce titre, le fait que le gouvernement n’ait pas encore été nommé, près d’un mois et demi après les élections, n’est pas un bon signe. La mentalité tunisienne, qui sait si bien prendre son temps et trouver des compromis, n’est peut-être pas aussi habituée à la décision rapide. Pourtant, pour ramener calme et sérénité, il va falloir trancher, et s’attaquer aux vraies difficultés du pays, qui sont immenses (cf la conférence webTV sur le site Liberté Politique du Ministre des Finances Jaloul Ayed). Les politiques tunisiens ont voulu la démocratie, ils l’ont. Il vaudrait mieux qu’ils en apprennent les règles rapidement…

 

François Martin