Cet été, www.libertepolitique.com initie avec Henri Hude une réflexion sur le sens du décideur, ses caractéristiques, ses principes et ses fondamentaux. Avec le philosophe, nous commentons chaque semaine un fait d’actualité ou nous nous livrons à une réflexion qu’inspire son livre, à lire impérativement pour comprendre les enjeux réels de l’idéologie contemporaine et les problèmes qui se posent aujourd’hui à notre société.

Dans ce cinquième épisode, le philosophe aborde la question de la crise. Pour Henri Hude, crise financière ou économique et crise de société sont nécessairement liées. Toutes deux découlent des mêmes principes. Ceux qui sont à la base du capitalisme postmoderne et qui permettent de déconnecter la finance des réalités économiques industrielles, ou autres. Ceux qui voudraient déconnecter les lois sociales des réalités humaines naturelles qu’elles encadrent. 

Un cadre qui permet toutes les dérives

Pour Henri Hude, les dérives tant financières que sociétales découlent toutes du même cadre. La société capitaliste postmoderne est bâtie autour de l’individualisme radical et du subjectivisme arbitraire. Ces deux composantes sont à l’origine des dérives actuelles et les permettent, voire les encouragent.

Si donc il y a un combat à mener, c’est avant tout pour se libérer des principes qui permettent toutes ces dérives. Et si les questions sociétales et les questions économiques découlent des mêmes principes, alors il vaudra mieux axer nos actions sur les questions économiques, qui sont considérées par la masse des gens comme plus urgentes. Au contraire, les questions sociétales ne semblent relever dans l’opinion d’une majorité que d’une vieille morale, soi-disant dépassée ou discréditée. La majorité redécouvrirait pourtant la valeur de cette dernière, et comment elle garantit son pain et sa dignité, si elle comprenait que la « liberté postmoderne » n’est que ce même égoïsme immoral qui leur ôte leur emploi et les pressure de plus en plus. 

La logique économique 

Dans un livre, La construction de la réalité sociale, où l’on trouverait les fondements de la théorie du « genre », John Searle défend les principes d’un « constructionnisme subjectiviste » (= les réalités humaines ne sont que des constructions et conventions). L’argument qu’il semble juger le plus solide est une interprétation de l’histoire de la finance, qui coupe progressivement celle-ci de sa référence aux réalités physiques (l’or, par exemple) ou économiques (la production). Les principes conduisant à ce modèle de finance soi-disant rationnelle, s’ils sont appliqués à la famille ou au sexe donnent les résultats qu’on sait. Or cette finance subjectiviste, loin d’être rationnelle, est en train de manifester sa folie. Cela semble bien montrer les limites de tels principes, erronés, conduisant à des actions inadaptées.

Le raisonnement d’Henri Hude est le suivant : l’expérience montre que les principes postmodernes, appliqués dans le domaine où ils semblent les plus rationnels, donnent des résultats désastreux ; donc, à plus forte raison, doivent-ils conduire à des actions inadaptées dans des domaines où l’on voudrait les appliquer dogmatiquement, en raison d’une soi-disant évidence. Or leur seule évidence crédible, ce serait une finance postmoderne qui marche. On sait donc à quoi s’en tenir.

Les conséquences : la crise

Les crises qui se succèdent depuis 2008 démontrent avec fracas, que les réalités humaines sont bien autre chose que le fruit d’une convention ou le produit d’une construction.

Pourtant, nous continuons à étendre l’application, comme si rien n’était, de ces mêmes principes, dont la faillite est complète, dans le seul domaine où leur crédibilité pouvait sembler  sérieuse.  Ces propositions de loi sur le genre, le mariage et l’adoption pour les homosexuels, l’euthanasie ou encore la recherche sur les cellules souches embryonnaires, sont non seulement des injustices supplémentaires, mais de misérables diversions. On cherche à couvrir d’un masque de liberté les mêmes odieux principes qui tyrannisent l’économie. Autant de sujets qui nécessitent une forte mobilisation. Et, en premier lieu, il faut montrer combien les principes desquels relèvent ces projets de loi ont déjà conduit à des échecs retentissants dans le domaine financier.