Ce dimanche 20 mai, la nouvelle garde des sceaux s’est rendue au tribunal pour enfants où elle y a retrouvé Pierre Joxe, qui y assurait ce dimanche la permanence d'avocat commis d'office. L’ancien ministre de l'intérieur et de la défense se consacre exclusivement à la défense des mineurs depuis sa sortie du Conseil constitutionnel.

La « primauté de l'éducatif sur le répressif »

Dans une lettre adressée à la présidente de l'Association française des magistrats de la jeunesse et de la famille, Catherine Sultan, le candidat Hollande s’engageait à la réaffirmation de la « primauté de l'éducatif sur le répressif », l'individualisation et l'atténuation de la peine liée à la minorité, et la suppression des dispositions de la loi du 10 août 2011 créant un tribunal correctionnel pour mineurs. Fonctionnant depuis janvier 2012, les tribunaux correctionnels pour mineurs, composés de trois juges professionnels, jugent les récidivistes de 16 à 18 ans encourant une peine égale ou supérieure à trois ans.

Pour la ministre de la Justice qui compte bien tenir ces engagements qu’elle fait siens « Les mineurs sont des citoyens en devenir, il est nécessaire de redonner à la justice des mineurs sa spécificité ».

Angélisme, laxisme et irresponsabilité pour l’UMP

Suite à cette annonce officielle de Mme Taubira de son intention de fermer les tribunaux correctionnels pour mineurs institués par le gouvernement Fillon, l’UMP et le président du MoDem François Bayrou ont fermement signifié leur opposition.

Bruno Beschizza, secrétaire national de l'UMP en charge des questions de sécurité, parle d’un « retour de l'angélisme et de la culture de l'excuse » dans un communiqué où il juge que « la gauche n'a jamais abandonné ses vieux clichés angéliques sur les 'jeunes' ».

Autre réaction à l’UMP, le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti, également spécialiste des questions de sécurité, parle quant à lui d’un « retour au laxisme et à l'irresponsabilité ». Pour ce dernier, la délinquance des mineurs est un « véritable fléau pour notre société ». La mesure proposée relève donc selon lui de l’irresponsabilité : « Mme Taubira apporte une nouvelle démonstration que l'irresponsabilité est bien la marque de fabrique du nouveau gouvernement ».

Le centre pour une « graduation de la réponse pénale »

Chez les centristes, on est plus calme mais pas bien plus rassuré. François Bayrou, président du MoDem, a déclaré à propos de cette annonce au "Grand Jury" RTL/LCI/Le Figaro : « Ça ne me paraît pas un très bon signe ». Et ce pour la simple raison que les actes commis par les jeunes de 16 à 18 ans passibles de ce tribunal étaient « des actes graves ».

Cette institution remise en cause par le gouvernement l’est au nom de l’ordonnance de 1945. Un texte de loi modifié à plusieurs reprises par les gouvernements successifs. Le président du MoDem précise cependant : « Ce que le gouvernement oublie, c'est que dans l'ordonnance de 1945, il y a des cours d'assises pour mineurs ».

Pour ce dernier, il faut «qu'il y ait une graduation de la réponse pénale, avec cette menace d'un tribunal correctionnel pour ceux qui font des bêtises s'ils sont âgés de plus de 16 ans ». De toute façon, a-t-il jugé, « ce n'est pas là que ça se joue, ça se joue dans les mesures éducatives qu'on peut proposer, ou imposer, aux mineurs très jeunes c'est là que se situe la clef ou la réponse ».