Quatre ans après la parution du dernier livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, François Hollande initie une réflexion pour la rédaction d’un nouvel opus. La veille du 14 juillet, il confiait au conseiller maître à la cour des comptes, Jean-Marie Guehenno, la présidence de la commission chargée de mener les travaux préparatoires à la rédaction de ce nouveau livre blanc.

Dans sa lettre de mission, François Hollande évoque notamment les changements majeurs qui sont intervenus dans l’environnement international et économique depuis la parution du précédent ouvrage : crises financières, révolutions politiques et sociales dans les pays arabes, inflexion de la politique étrangère des Etats-Unis, interrogations sur l’Europe de la défense, Apparition de nouvelles zones d’instabilité (Mali ?) et caractéristiques nouvelles des conflits et des crises.

Le premier rôle de cette commission sera de tirer les leçons des récents conflits mais surtout d’analyser les menaces susceptibles de « mettre en péril la vie de la population, l’indépendance de la nation, ou le fonctionnement de l’économie ».

A cette analyse de premier plan vient se greffer également celle de la recomposition de l’équilibre mondial, avec une attention toute particulière aux pays émergents, à leur puissance et à la conscience qu’ils ont de leur responsabilité de maintien de la paix, à l’articulation entre la stratégie de dissuasion militaire et la politique générale de défense française, l’objectif de relance de l’Europe de la défense, la politique industrielle et de recherche scientifique dans le domaine militaire, le recrutement, la formation et la gestion des ressources humaines, et tout cela bien entendu en prenant en compte la nécessité de contribuer au redressement des finances publiques.

Parmi toutes ces missions, c’est surtout ce dernier point qui est souligné par les militaires, qui craignent que cette opération soit une nouvelle occasion de coupes budgétaires conséquentes, alors même qu’aujourd’hui l’armée est en grande difficulté pour entretenir ses hommes et son matériel (voir à ce sujet la lettre de l’ASAF).

Pour notre expert François Martin, « les militaires ont bien raison de se méfier » : d’abord, la menace de « tailler dans le budget » n’est pas implicite, mais parfaitement explicite, puisque la lettre de mission du Président Hollande précise que « le ministère sera appelé à contribuer à l’effort de maîtrise de nos dépenses dans les mêmes proportions que les autres missions de l’Etat ». Peut-on dire les choses plus clairement ? Si c’est cela, et si les jeux sont déjà faits, pourquoi diable demander un Livre Blanc et y inclure une étude des menaces, comme le remarque opportunément le Général Pinard Legry, Président de l’ASAF ? Ensuite, on sait bien que lorsqu’on ne peut pas se donner les moyens de sa politique, on fait sagement la politique de ses moyens. Le Christ lui-même ne rappelle-t-il pas qu’un roi a intérêt à envoyer des ambassadeurs à son ennemi pour demander la paix, s’il n’a pas assez de troupes pour se défendre ? Ici, il ne s’agit même pas de cela, puisque la démarche demandée consiste à conduire « une réflexion rénovée et approfondie » alors que, pendant le même temps, on précise d’avance qu’on ne répondra pas aux conclusions…

Avec cette démarche skyzophrénique plus encore qu’ambigüe, on aura donc, immanquablement, une étude biaisée, pas de politique du tout, un appareil de défense mal calibré et inadapté et, en bout de course, un personnel militaire frustré et mécontent. Est-il possible de plus mal commencer ?