Le dernier album de Laurent Voulzy mérite certains compliments. Alors que toute une jeunesse se balade les écouteurs sur les oreilles au rythme de chansons inanes, l’album nouveau de l’auteur de Cœur grenadine ou de Jésus va à contre-courant des temps vulgaires en mettant à l’honneur un élégant Moyen-Âge. Il y a du gothique dans l’air.

Ne cédant rien à la mode, Voulzy s’empare librement de certains grands thèmes culturels d’un âge contrasté et si souvent contesté. On aimera, on n’aimera pas ; que l’anglais et le français, par exemple, se mêlent, comme l’annonce le titre emblématique « Lys and love », jusqu’à faire rimer leurs mots, comme si la langue n’était pas frontière. Mais la génération beatnik ou hippie, « Peace and love », n’a pas dit son dernier mot et cherche toujours des réponses ouvertes. On aime en tout cas ces interrogations simples et vraies, destinées à être vulgarisées par quelques notes sur les ondes « How many truths behind the stars ? probably one » ou  « How many gods in the universe ? probably one ». On aime les trois emblèmes choisis, le lys, le pays de France, Jeanne. Jeanne métamorphosée bizarrement à n’être qu’une image. Simplement, noblement et sentimentalement. Le lys chez Voulzy ne cherche à rimer qu’avec peace.

Une coloration celtique enveloppe un gothique d’une facture douce sous une monotonie lancinante, au son de vrais instruments ou de recréations au synthétiseur. Sorte de « Tombeau », l’album fait l’éloge du poète captif des Anglais, Charles d’Orléans. Sur un air gaélique et monotone, Voulzy chante  « En regardant vers le pays de France ». La mise en musique de « Ma seule amour », avec des chœurs en anglais et un refrain fredonné met au cœur de l’album un féminin éternel. C'est la plus belle réussite de l'album. Au XVe siècle, cela avait nom « fine amor ». Au XXIe, au siècle qui détruit le sexe du genre, Voulzy réussira-t-il à en faire un succès de ce tube « qui sort d’un autre âge ? » Sans nul doute...

Hélène Bodenez 

article publié sur son blog : Raison garder