Fatima et la politique : chronique n°8

Le quatrième dimanche après la Pentecôte (dans le rite extraordinaire), la collecte nous fait prier de la façon suivante : « Seigneur, faites que les choses de ce monde, suivant le cours que vous leur avez tracé, se déroulent pour nous dans la paix ».

Ce pourrait être la prière privilégiée d’un homme politique. En effet, une de ses principales préoccupations n’est-elle pas de maintenir (ou de rétablir) la paix dans la petite portion de terre que Dieu lui a confiée. Or, pour avoir la paix, la collecte précitée demande que les choses de ce monde suivent le cours que Dieu leur a tracé. Mais quel est ce cours ? Dieu a donné quelques indications à Fatima, en particulier le 13 juillet 1917, il y a tout juste cent ans. 

En effet, ce jour-là Notre-Dame dit aux petits voyants :

« Je veux (…) que vous continuiez à réciter le chapelet tous les jours en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire, pour obtenir la paix du monde et la fin de la guerre, parce qu’Elle seule peut les obtenir. »

Parmi les enseignements de Fatima dans le domaine politique, cette phrase est probablement la plus importante. Non seulement Notre-Dame donne la condition pour obtenir la paix dans le monde, mais elle affirme également que c’est la seule. Ses paroles sont parfaitement claires et se comprennent sans difficulté : seule la Sainte Vierge peut nous communiquer les grâces dont nous avons besoin pour établir la paix dans le monde. Et pour nous accorder ces grâces, elle nous demande de réciter le chapelet tous les jours en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire.

Bien sûr, cela ne nous dispense pas d’œuvrer aussi dans le domaine temporel. Depuis Fatima, plusieurs initiatives ont été lancées pour tenter de rétablir ou maintenir la paix dans le monde : la Société des Nations après la première guerre mondiale, l’ONU après la seconde, etc. Plus récemment, à Assise, les papes ont organisé des journées pour la paix avec des représentants de toutes les religions. Indépendamment de la valeur potentielle de ces différentes actions, toutes sont nécessairement vouées à l’échec, car aucune n’a fait appel à Notre-Dame qui, seule, peut nous procurer les grâces pour obtenir la paix. Même à Assise, œcuménisme oblige, la Sainte Vierge n’a jamais été ne serait-ce que nommée, elle qui est pourtant la Reine de la Paix (dernière invocation des litanies de la Sainte Vierge).

Cette impérieuse nécessité de faire passer nos demandes par la Très Sainte Vierge n’est pas un enseignement nouveau dans l’Église. Saint Bernard disait déjà : « La volonté de Dieu est que nous ayons tout par Marie ». Plus près de nous, saint Bernardin de Sienne n’hésitait pas à dire : « Tous les dons du Saint-Esprit sont distribués par Marie à ceux qu’elle veut, quand elle le veut, comme elle le veut et autant qu’elle le veut ».

Dans son Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, au n° 25, saint Louis-Marie Grignion de Montfort, va jusqu’à dire :

Dieu le Saint-Esprit a communiqué à Marie, sa fidèle Épouse, ses dons ineffables, et il l’a choisie pour la dispensatrice de tout ce qu’il possède : en sorte qu’elle distribue à qui elle veut, autant qu’elle veut, comme elle veut et quand elle veut, tous ses dons et ses grâces, et il ne se donne aucun don céleste aux hommes qu’il ne passe par ses mains virginales.

Cet enseignement fut confirmé par au moins deux papes. Dans l’encyclique Octobri Mense du 22 septembre 1891, Léon XIII déclare :

Il est permis d’affirmer que rien, d’après la volonté de Dieu, ne nous est donné sans passer par Marie, de telle sorte que, comme personne ne peut s’approcher du Père tout-puissant sinon par son Fils, ainsi personne, pour ainsi dire, ne peut s’approcher du Christ que par sa mère.

Quelques années plus tard, dans l’encyclique Ad Diem Illum Laetissimum du 2 février 1904, saint Pie X confirma tous ces enseignements :

La conséquence de la communauté de sentiments et de souffrances entre Marie et Jésus, c'est que Marie mérita très légitimement de devenir (…) la dispensatrice de tous les trésors que Jésus nous a acquis par sa mort et par son sang.

La source est donc Jésus-Christ. (…) Mais Marie, comme le remarque justement saint Bernard, est l' "aqueduc", ou, si l'on veut, cette partie médiane qui a pour propre de rattacher le corps à la tête et de transmettre au corps les influences et efficacités de la tête, Nous voulons dire le cou. Oui, dit saint Bernardin de Sienne, "elle est le cou de notre chef, moyennant lequel celui-ci communique à son corps mystique tous les dons spirituels".

Ainsi, toutes les grâces que nous recevons passent par Marie, celles de l’ordre temporel comme celle de l’ordre spirituel. Voilà pourquoi Notre-Dame a pu dire qu’elle seule pouvait obtenir la paix dans le monde. Dieu, dans son insondable sagesse veut que toutes les grâces acquises par le sacrifice de son Fils sur la croix soient distribuées par sa Mère, y compris les grâces temporelles comme la paix ici-bas. La grâce de la paix vient bien sûr de Notre-Seigneur, mais passe nécessairement par Marie. Et pour nous accorder cette grâce, Notre-Dame demande une chose très simple : réciter un chapelet tous les jours.

Cette récitation du chapelet ne nous dispense aucunement d’agir sur le plan temporel : il faut les deux. Rappelons-nous les enseignements des miracles de Cana et de Béthanie (voir chroniques n°1 et n°2). L’action des hommes est indispensable, mais l’intercession du Ciel l’est encore plus, surtout lorsqu’il s’agit d’établir la paix dans le monde.

Alors, que tous les hommes politiques qui souhaitent travailler utilement au maintien de la paix dans le monde, ou simplement dans leur pays, n’oublient pas qu’ils doivent, selon les paroles que la Sainte Vierge elle-même prononça à Fatima il y a cent ans, commencer par réciter et faire réciter le chapelet tous les jours en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire.