Fatima et la politique

Dans quelques semaines, nous fêterons le centenaire de la première apparition de Notre-Dame à Fatima. En effet, c’est le 13 mai 1917 que Lucie dos Santos, François et Jacinthe Marto virent « la belle dame » pour la première fois à la Cova da Iria, non loin du village de Fatima.

Pourquoi rappeler cet événement sur un site politique ?

En premier lieu, les apparitions de Fatima sont les plus extraordinaires de l’histoire de l’Église. Car elles ont été authentifiées par un miracle exceptionnel vu par plus de 70 000 témoins dont certains à plusieurs kilomètres du lieu des apparitions et de plus annoncé très précisément par les petits voyants trois mois à l’avance. Il faut remonter aux ténèbres du vendredi saint pour trouver un miracle cosmique de cette ampleur. 

Si le Ciel a pris un tel luxe de précautions pour authentifier ces apparitions, c’est que le message délivré à cette occasion présente une importance exceptionnelle. Il convient de donc de ne pas passer cette année du centenaire sans analyser le contenu de ce message et voir ce qu’il nous enseigne encore aujourd’hui, notamment sur le plan politique.

Mais en quoi les apparitions de Fatima peuvent-elles avoir un rapport avec la politique ? Effectivement, à première vue, le rapprochement peut paraître illogique. Les apparitions de Fatima concernent avant tout le domaine spirituel. Et Liberté politique œuvre essentiellement dans le domaine temporel. Certes les deux domaines sont unis comme le sont le corps et l’âme selon la très belle expression de Léon XIII. Mais Liberté politique n’a pas vocation à donner des cours de catéchisme ! En voici une des principales raisons.

La situation de notre pays est de plus en plus préoccupante. Quel que soit le domaine envisagé, la France est au bord de la catastrophe.

Sur le plan financier, la dette du pays fait que l’État est au bord de la faillite. Et la gestion autant de ceux qui sont aux commandes que de ceux qui (tous partis confondus) y seront dans quelques mois, n’est susceptible de redresser la situation. Il n’est pas besoin d’être devin pour dire que, à vue humaine, quel que soit le nom de celui qui entrera à l’Élysée en mai prochain, le pays perdra bientôt toute autonomie financière.

Sur le plan de la sécurité intérieure, l’État ne joue plus son rôle. La situation se dégrade de jour en jour et le grand remplacement devient de plus en plus une réalité.

Sur le plan moral, il n’est guère besoin d’épiloguer : la situation se dégrade à une vitesse vertigineuse.

Enfin sur le plan religieux, la situation est également plus que préoccupante. Les sondages officiels donnent encore 4% de catholiques dits pratiquants, mais avec des conditions très laxistes. La proportion de ceux qui vont à la messe tous les dimanches, ce qui est une obligation sous peine de péché grave pour tout catholique, est très inférieure et ne cesse de décroître. Et si on ne compte que ceux qui respectent les règles morales enseignées par l’Église, règles qu’elle tient de Notre-Seigneur Lui-même, en particulier les lois sur le mariage, alors on tombe bien en dessous de 1%.

Aussi, n’est-il pas exagéré de dire que la France en tant que nation et encore plus en tant que nation chrétienne, la France est sinon morte tout au moins proche de la fin. Ceux qui s’imaginent pouvoir le faire par des moyens purement humains, en particulier par les élections, risquent d’être profondément déçus. Car non seulement l’ennemi a des forces très supérieures aux nôtres, mais il n’hésite pas à l’occasion à faire appel à des forces occultes. Alors que faire ?

Lucidement, il faut reconnaître qu’il faudrait un véritable miracle pour redresser la situation. Miracle est bien le terme exact, mais il est rempli d’espérance, car c’est un domaine que le chrétien connaît bien. Car nous savons comment s’opèrent les miracles : il suffit pour cela d’ouvrir l’Évangile. Qu’y trouve-t-on sur la question ? Une rapide analyse montre que tous les miracles de Jésus se sont réalisés à peu près sur le même schéma. En cela, le premier miracle de Jésus est parfaitement explicite : il fut fait Cana, un peu à l’improviste d’ailleurs ! On peut y voir cinq étapes.

La première étape est une demande adressée à Notre-Seigneur. La véritable identité de Jésus n’étant encore connue que de la Sainte Vierge, elle seule pouvait ici exprimer cette demande. Elle dit à son divin Fils : « Ils n’ont plus de vin ». Demande simple, claire, qui exprime le désarroi devant une situation qu’on ne maîtrise plus. Mais demande qui exprime déjà une certaine foi en demandant à celui à qui s’adresse la demande s’il peut faire quelque chose. Donc première étape : reconnaître la situation en reconnaissant humblement notre responsabilité et notre incapacité à la contrôler.

La deuxième étape, qui peut parfois se confondre avec la première, est un acte de foi. Un acte de foi dans la puissance de Dieu à redresser une catastrophe initiée par les hommes. Notre-Dame dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’Il vous dira ». Nous avons là un acte de foi d’une perfection sublime. Car Jésus vient de dire à sa mère : « Femme, qu’y a-t-il entre vous et moi ? Mon heure n’est pas encore venue ». L’heure de Jésus, fixée de toute éternité par son Père n’est pas encore venue. Jésus si profondément uni à son Père ne peut qu’obéir aux décrets éternels, quand bien même sa propre mère lui demanderait de les transgresser. Marie sait tout cela. Et pourtant elle n’hésite pas à dire aux serviteurs : « Faites tout ce qu’il vous dira ». La Sainte Vierge connaît comme personne d’autre son Jésus. Elle a été la première à être informée par l’Ange Gabriel qui serait ce fils qu’elle allait mettre au monde. Elle l’a porté en elle pendant neuf mois. Puis elle a vécu avec Lui pendant 30 ans. Elle sait toute l’affection que Lui porte son Fils. C’est pourquoi elle sait que son Fils ne saura pas résister à une de ses demandes. Sublime acte de foi !

La troisième étape est une action concrète qui n’a en apparence absolument aucun rapport avec la demande. Jésus dit aux serviteurs : « Remplissez d’eau ces jarres ». Les serviteurs ont dû prendre Jésus pour un fou. On cherche du vin et il fait remplir d’eau des jarres. Imaginez ce que vous auriez pensé à leur place. De plus ces jarres étaient destinées à recueillir l’eau ayant servi à laver les pieds et les mains des invités. Elles étaient donc déjà en partie pleines d’une eau souillée. Et à quoi peut servir de remplir d’eau des jarres quand on cherche du vin ?

La quatrième étape  est l’action divine proprement dite. Dans ce premier miracle, elle est cachée, car l’heure de Jésus n’étant pas encore venue, Il agit discrètement. Plus tard, dans les miracles qu’il fera au cours de sa vie publique, lorsque « son heure sera venue », cette étape sera alors parfaitement visible. Ici, elle est cachée mais parfaitement réelle. Cette étape est la part de Dieu dans le miracle, la part que seul un Dieu peut faire, une part qui n’est pas à la portée des hommes. Étape indispensable, essentielle, cruciale, mais qui pourtant n’est que la quatrième dans le processus.

Enfin, il est une cinquième étape dans laquelle Jésus redonne l’action aux hommes : « Puisez et servez le maître de maison ». La suite n’est pas du ressort de l’action divine. Ce que les hommes peuvent faire, Dieu les laisse toujours faire. C’est pourquoi Jésus dit aux serviteurs : « Puisez et servez le maître de maison ».

Voici donc le mode d’emploi pour provoquer un miracle. Si nous voulons que Dieu nous aide pour redresser la situation, nous devons suivre ce schéma. Car Dieu ne change pas : s’Il a agi ainsi il y a vingt siècles, Il agit encore ainsi de nos jours.

Or avant de déclencher l’action divinie, nous avons deux choses à faire : une sur le plan spirituel, l’acte de foi, et une sur le plan temporel, comme celle de « remplir d’eau des jarres », ce que les bénédictins ont remarquablement résumer dans la devise de leur ordre : Ora et labora. Nous devons donc agir sur les deux plans, et notamment sur le plan temporel, donc sur le plan politique. Nous verrons dans les prochains articles ce que le message de Fatima nous apporte dans ce domaine.  (À suivre)