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Décryptage

La France moisie et l’affaire Polanski

16 Octobre 2009 | Nicolas Bonnal

L’affaire Polanski vient nous rappeler à quel point la France peut être un pays dangereux, puisque deux ministres importants et médiatiques viennent publiquement accorder leur soutien à un violeur d’enfants tout en insultant les États-Unis et la Suisse, avec le ton stalinien qui convient.

La vulgarité n’a plus de limites ; elle est à l’image de l’hypocrisie aussi, puisque dans le même temps on se targue d’augmenter les peines de justice à l’encontre des violeurs pédophiles.

Tous les arguments invoqués ont été également ignobles : l’or nazi en Suisse (mais oui !), la victime qui paraissait le double de son âge (mais oui !), le maccarthysme et l’arriération puritaine yankee (mais oui !), l’erreur de jeunesse de Polanski (à 40 ans ?), l’arrestation-surprise (quoi ?), tout un tas de billevesées irréelles et abyssales, à l’image du déficit budgétaire… qui reflète d’ailleurs un épouvantable déficit moral.

La comparaison de Polanski avec les victimes du ghetto de Varsovie est proprement ubuesque. Elle rappelle le cortège déplacé des compliments qui ont accompagné la mort de Michel Jackson, autre pédophile et détraqué du show-biz. Pour avoir rappelé à quel point cet être méphitique et malfaisant avait profondément nui à l’Amérique et même à l’humanité tout entière, j’ai reçu des dizaines de messages d’insultes...

Le seul alibi valable en ce qui concerne Polanski aurait été celui du piège : c’est ce que me disait son collaborateur Gérard Brach qui écrivit pour lui de nombreux scénarios (Tess, Pirates). On se demande comment une gamine de treize ans peut accepter de se faire droguer et sodomiser pour tendre un piège…

La caste des paumés

On a en France régulièrement des nouvelles de Joey Starr, Jean-Luc Delarue, de Sami Naceri, de leurs comportements aberrants. Évidemment, on ne fait rien ou bien peu. À propos du scandale Arthus-Bertrand en Argentine (laissant des ardoises de plusieurs milliers d’euros à l’hôtel), j’avais rappelé que c’est en France que la notion attalienne de « surclasse » a pris le plus d’importance, les défauts de l’Ancien Régime retrouvant ici tous leurs droits, la conscience chrétienne en moins. Le membre de la surclasse ne doit rien payer, ni à l’hôtel, ni au restaurant, ni pour ses crimes ou ses délits. C’est un intouchable, il appartient à une caste sacrée.

On a connu aussi l’affaire Brissaud, ce cinéaste pas comme les autres (ou comme les autres ?), ayant été aussi poursuivi pour avoir traité ses actrices comme des prostituées ; il a eu droit au même traitement de faveur de nos médias dégénérés ou pour mieux dire paumés.

Car on est vraiment en droit de se demander si cette génération apparue avec la génération 68 et Rosemary’s baby, adoratrice du diable et de toutes les déviations, cette génération pasolinienne fascinée par le vice et le sadisme n’est pas plus paumée que dégénérée. On a un ministre qui se plaît à « confesser » ses coucheries avec des « gosses » en Thaïlande et qui du même coup demande l’impunité pour les vices politiquement corrects de la création, comme il y a impunité pour les bourreaux fascistes et libertaires de Salô, les 120 jours de Sodome. On ne peut en tout cas féliciter ceux qui lui ont confié un ministère.


 

*Nicolas Bonnal a notamment publié La Damnation des stars (Filippachi) et une biographie de Jean-Jacques Annaud : Un cinéaste sans frontière (M. de Maule, 2001).

 

 

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Commentaires (3)

Geneste (17/10/2009): Très bien vu!
Beatrice (17/10/2009): bien d'accord avec cette analyse. Mais s'il est évident que Michael Jackson avait un comportement pour le moins bizarre et critiquable, y a-t-il eu une preuve des choses dont il a été accusé qu'on puisse en parler dans ces termes sans risquer d'accuser un innocent ? car il a été, par ailleurs, plutôt généreux avec autrui, peut-être que la prudence est de mise en ce qui le concerne jusqu'à preuve du contraire.
amable antoine (18/10/2009): Partageant entièrement votre manière de voir, je m'étonne néanmoins qu'aucun article traitant du sujet ne mettent en cause la responsabilité de la mère de Samantha. D'après les minutes de l'interrogatoire de cette dernière, elle a appelé plusieurs fois sa mère, étant avec Polanski, ce qui suppose que cette dernière savait avec qui elle était. Laisse-t-on une gamine de 13 ans avec un cinéaste de 40 pour "faire des photos" ? Ce pourrait-être de la naïveté si, justement, Mme Gailey n'était une ancienne actrice. Elle connaissait assez le milieu.
Cela ne retire évidemment rien à la responsabilité de Roman Polanski.

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