Décryptage

Gran Torino, toujours

27 Mars 2009 | Catherine Rouvier

Clint Eastwood reste en tête du box-office français pour la troisième semaine consécutive avec plus de 400 000 nouvelles entrées. Gran Torino approche les 2 millions de spectateurs. Après le portrait d’Eastwood par Nicolas Bonnal (Le testament chrétien de Clint Eastwood), retour sur le film.

WALTER KOWALSKI, alias Clint Eastwood, est américain-européen. Il sait tout. Il a tout vu. Il a fait la guerre, il s’est marié, il a eu des enfants, il sait entretenir une maison. Dans son garage, il a tous les outils possibles inimaginables, bien rangés. Cinquante ans de bonne vie utile d’un Américain bien éduqué, viril et responsable.

À côté de chez lui, il y a des « niaks ». Une famille sans fin qui s’engouffre on ne sait comment dans une petite maison identique à la sienne. Tout le quartier est « niak ». Ils étaient les seuls Américains blancs à rester, sa femme et lui. Elle vient de mourir. Il veut rester là, seul. Ses enfants tentent de l’en dissuader, osant lui parler de maison de retraite, à lui, le vétéran, comme s’ils ne connaissaient pas son caractère farouche.

Le jeune Thao, un de ses voisins, est un garçon tranquille, doux, renfermé. Une bande de « latinos » le « cherche ». La bande « niak » dont un cousin de Thao est le caïd, intervient pour le protéger, mais veut ensuite l’enrôler. Il refuse mais finit par plier sous la menace. Pour son « initiation » il doit voler la « Gran Torino », la belle voiture entretenue avec amour de son voisin Walter. Réveillé, le vieux cow boy descend au garage avec sa carabine et le gamin détale, effrayé.

Sans rancune, il sauvera Thao des griffes du cousin et de sa bande qui, furieux, veulent lui « faire la peau ». À la sœur de Thao, Sue, qui le remercie, il dira seulement : ils piétinaient ma pelouse... La pelouse qu’il tond et arrose, contrairement à ces Asiatiques sans éducation. Sue réussira pourtant, à force de ténacité, à lui faire accepter des cadeaux en remerciement, et à l’inviter à manger, lui qui boit bière sur bière et ne mange plus que du corned beef depuis qu’il est veuf.

Poursuivi par le très jeune prêtre de la paroisse pour qu’il se confesse car sa femme le lui avait demandé sur son lit de mort, il finit par se céder. Il s’achètera même un costume sur mesure et se fera raser par un coiffeur.

Pourquoi ? Vous le saurez en allant voir ce chef d’œuvre. Comme dans Million dollars baby, c’est au détour des scènes les plus dures que surgit l’émotion, et au milieu de la laideur morale qu’apparaît plus nettement, comme en relief, la pureté des sentiments.

« Who are we ? » Cette question que pose Samuel Huntington dans le livre testament publié juste avant sa mort pourrait bien être celle que pose Clint Eastwood à travers ce film. Aux Américains, mais aussi à tous ceux qui, en Europe comme en Amérique, n’ont pas bien mesuré ni la douceur de vivre ni la fragilité de notre civilisation.

 

 

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A propos de Catherine Rouvier
Docteur d'Etat en droit, professeur de droit public et de science politique à l’université de Paris-Sud. Dernier ouvrage paru : Sociologie politique, Litec, 1998, rééd. 2006.
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Commentaires (6)

ermort (27/03/2009): J'ai vraiment apprécié ce film, illustration d'un passage connu de l'Evangile "il n'y a pas de plus grand amour…".
Mais quel est l'intérêt de votre article qui est surtout un résumé de cette fort belle réalisation?
Cordialement.
françoise (30/03/2009): film remarquable, très bon résumé et excellente citation d'ermort
nessie (08/04/2009): J'avais cru comprendre que Kowalski n'avait pas vu qui était l'apprenti voleur dans le garage : cf son air quand Sue lui apprend ....
Gaby (08/04/2009): A Ermort : L'interet c'est de pousser les gens à aller le voir !
A Nessie ; L'article ne dit pas le contraire : relisez la phrase !
bleck (14/04/2009): il n'y a pas de lézard.CLINT est le meilleur .tous ses films sont des chefs d'oeuvre.et il résume fort bien une amérique décadente ruinée.la france suit à mon avis de très prêt.
Jean-Marc (23/09/2009): Bon, j'ai l'impression que je vais faire un peu tache dans ce concert de louanges : certes un film bien construit, mais moralement je trouve que Clint Eastwood a surtout raté l'occasion d'évoquer un drame humain : les peuplades Hmongs qui ont aidé l'Amérique (et la France) et dont effectivement certains ont pu se réfugier en Amérique, mais dont les autres restent aujuourd'hui encore prisonniers des forêts du Laos dans l'indifférence générale, où le gouvernement les extermine un par un, hommes, femmes et enfant, au fusil comme des bêtes et en brûlant tout ce qui peut leur servir d'alimentation : et là pas un mot dans le film, ce qui aurait pourtant pu sensibiliser un large public ! Message chrétien ce film ? il a manqué sa cible dans ce cas !

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