Magistère
[Wall Street journal, trad. fr. A. et D. Theillier] — Dans sa troisième encyclique très attendue, Caritas in veritate (« L’Amour dans la vérité »), le pape Benoît XVI ne s’attache pas à des systèmes économiques spécifiques — il ne tente pas d'étayer l'ordre du jour politique. Il se concentre plutôt sur la morale et le fondement théologique de la culture.
Ceux qui attendaient les clichés de la rhétorique habituelle des « catholiques adultes » sur la décroissance, sur le romantisme environnementaliste, sur la révolte anti-capitaliste, fascinés par l’anti-occidentalisme, ont dû être très déçus par Caritas in veritate.
Conscient comme le pape Jean-Baptiste Montini que « toute action sociale engage une doctrine » (PP, n. 39 ; CIV, n. 30), Benoît XVI a voulu commémorer officiellement Populorum progressio de Paul VI (1967) par une encyclique sociale et doctrinale : « Vingt ans après [ce qu’en disait Jean Paul II dans Sollicitudo rei socialis], j’exprime ma conviction que Populorum progressio mérite d’être considérée comme l’encyclique “ Rerum novarum de l’époque contemporaine ” qui éclaire le chemin de l’humanité en voie d’unification » (CIV, n. 8).
Benoît XVI nous invite à méditer avec lui sur la relation – une sorte de symbiose – qui existe entre amour et vérité. Il le fait dans un cadre particulier, celui de la mondialisation, « explosion de l’interdépendance planétaire », qu’il considère comme étant « la nouveauté majeure » (n. 33). Il s’agit de comprendre ce qu’est l’amour du prochain dans un monde où plus de six milliards d’hommes sont en quelque sorte les prochains de chacun d’entre nous.
Puisque l’encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI porte pour sous-titre la notion de « développement humain intégral dans la charité et dans la vérité », on peut, sans apparaître irrévérencieux, la qualifier de durable, car seules la charité et la vérité sont authentiquement durables : tout le reste, même le « développement durable », ne dispose pas de l’éternité. Amour (caritas) et vérité, eux, sont éternels.



