Idées
Le tintamarre complaisant autour de la sortie du livre d’Élisabeth Badinter sur le « conflit » entre la femme et la mère est très instructif sur l’état du féminisme aujourd’hui [1]. Mais l’adoption d’une résolution européenne par les députés français, le 23 février, pour aligner le droit des femmes françaises sur les législations européennes les plus progressistes, est autrement plus grave.
Alors que l’écologie domine le paysage politique, Élisabeth Badinter sonne la rébellion féministe. En se tournant vers la maternité au nom du retour à la nature, beaucoup de femmes seraient menacées d’aliénation. La philosophe vient de tacler Cécile Duflot (candidate verte à la Région Ile-de-France) et Nathalie Kosciusko-Morizet, de l’UMP. Dans le même sac, toutes deux sont accusées de conduire les femmes à la régression, au nom de l’écologie.
Interrogé récemment par la rédaction de Marianne, Bernard-Henri Lévy tient des propos qui, à y bien réfléchir, sont étonnants. « Comment se manifeste le pétainisme aujourd’hui ? » demande Marianne. Réponse : « Dans le souverainisme par exemple. » Et au cas où nous n’aurions pas bien compris, l’illustre publiciste précise : « Qui est souverainiste aujourd’hui ? Je veux dire au sens où je l’entends ? Et par la même occasion pétainiste ? Jean-Pierre Chevènement. Il en a tous les réflexes et l’armature intellectuelle. »
Ce qui nous caractérise, nous, post-modernes occidentaux, c’est l’inconsistance des propos et l’incohérence des comportements, avec, toutefois, une épaisse couche de bons sentiments, pour faire de ces gravats une sauce. Nous continuons, par exemple en France, de donner des leçons d’humanisme à la Terre entière, et nous oublions de nous en donner à nous-mêmes.
Un article de Paul Fabra dans Les Echos du 8 décembre mérite toute notre attention. Il s’intitule : « Non à la culture du résultat ! » S’attaquer ainsi au pragmatisme dont se vantent si volontiers nos élites économiques et politiques requiert courage et clairvoyance. Mais comment soutenir une telle position en faveur des principes alors que la formidable croissance économique chinoise a démarré grâce au bon sens de quelques-uns de ses dirigeants, adeptes de la formule « peu importe que le chat soit blanc ou noir, pourvu qu’il attrape les souris » ?



