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Église
De Gasperi : un exemple d’« intégration » entre foi et politique
26 Juin 2009
Recevant les membres du conseil de la Fondation Alcide-de-Gasperi, samedi 20 juin, Benoît XVI a cité en exemple l’homme politique italien, soulignant l'« intégration » entre sa foi et son engagement public.
« Spiritualité et politique s'intégraient si bien en lui que si l'on veut comprendre à fond cet homme de gouvernement estimé, il ne faut pas se limiter à enregistrer les résultats politiques qu'il a obtenus, mais il faut aussi tenir compte de sa fine sensibilité religieuses et de sa foi solide qui a constamment animé sa pensée et son action », a fait observer le pape.Selon l’agence Zenit qui rapporte les propos du Saint-Père, Benoît XVI a souhaité que le « souvenir de son expérience de gouvernement et de son témoignage chrétien soient un encouragement et un stimulant pour ceux qui aujourd'hui dirigent le sort de l'Italie et des autres peuples, spécialement pour ceux qui s'inspirent de l'Evangile ».
De Gasperi avait été « formé à l'école de l'Evangile » : il a été « capable de traduire la foi qu'il professait en actes concrets et cohérents ». « Spiritualité et politique ont en effet été deux dimensions qui ont vécu ensemble dans sa personne et qui caractérisent son engagement social et spirituel », a précisé le pape.
Un homme prudent
Benoît XVI a mis en évidence sa prudence et sa prévoyance, alors que l’homme « guidait la reconstruction de l'Italie sortie du fascisme et de la Seconde Guerre mondiale » et qu'il traçait « avec courage le chemin de l'avenir », « défendant la liberté et la démocratie » du pays, et « relançant son image dans le milieu international », tout en promouvant la « reprise économique en s'ouvrant à la collaboration de toutes les personnes de bonne volonté ».
En 1981, à l'occasion de la célébration du centenaire de la naissance d'Alcide de Gasperi, Jean Paul disait : « En lui, la foi fut un centre inspirateur, une force de cohésion, un critère de valeurs, la raison de ses choix. »
Benoît XVI a rappelé qu'Alcide de Gasperi avait un peu plus de vingt ans lorsque, en 1902, il prit part au premier Congrès catholique du Trentin, « traçant les lignes d'action apostolique qui constituèrent le programme de toute son existence », en ces termes : « Il ne suffit pas de conserver le christianisme en soi, il convient de combattre avec tout les bras de l'armée catholique pour conquérir à la foi les champs perdus » (cf. A. De Gasperi, I cattolici trentini sotto l'Austria, Ed. di storia e letteratura, Roma 1964, p. 24).
« Fasciné par l'amour du Christ », De Gasperi est resté « fidèle » à cette ligne d'action « jusqu'à sa mort » et ceci « au prix de sacrifices personnels ». Il écrivait en effet à sa future femme, Francesca : « Je ne suis pas bigot, et peut-être pas non plus religieux comme je devrais l'être, mais la personnalité du Christ vivant m'entraîne, me subjugue, me soulève comme un adolescent. Viens, je te veux avec moi et que tu me suives dans la même attraction, comme vers un abîme de lumière » (A. De Gasperi, Cara Francesca, Lettres, éditées par M.R. de Gasperi, Ed. Morcelliana, Brescia 1999, pp. 40 -41).
La place de la prière
Benoît XVI souligne qu'en dépit de ses journées chargées « d'engagements institutionnels », Alcide de Gasperi réservait « un large espace à la prière et à la relation avec Dieu », commençant chaque journée, lorsque cela lui était possible, « par la participation à la messe ». Plus encore, ajoute le pape, « les moments les plus chaotiques et mouvementés marquèrent le sommet de sa spiritualité ».
Le pape cite cette anecdote : « Vers la fin de son activité de gouvernement, après un dur affrontement parlementaire, il répondit à un collègue qui lui demandait quel était le secret de son action politique : “Que veux-tu, c'est le Seigneur !” » Dans l’un de ses écrits, Alcide de Gasperi parle de l'enseignement de l'Eglise: « Dans le système démocratique [...], on confère un mandat politique administratif avec une responsabilité spécifique [...], mais, parallèlement, il y a une responsabilité morale devant sa propre conscience, et pour prendre une décision, la conscience doit être éclairée par la doctrine et par l'enseignement de l'Eglise » (cf. A. de Gasperi, Discorsi politici 1923-1954, Ed. Cinque Lune, Rome 1990, p. 243).
Même devant l'incompréhension de certains milieux ecclésiastiques, il ne perdit pas confiance dans l'Eglise, souligne le pape, en citant cet autre passage d'un discours à Naples, en juin 1954, où il souligne son adhésion « pleine et sincère [...] aux directives morales et sociales contenues dans les documents pontificaux qui ont nourri et formé notre vocation à la vie publique de façon quasi quotidienne ».
« Pour agir dans le domaine social et politique, la foi ou la vertu ne suffisent pas, ajoutait de Gasperi : il faut créer et nourrir un instrument adapté aux temps [...] qui ait un programme, une méthode propre, une responsabilité autonome, une facture, et une gestion démocratique ». Benoît XVI remarque ainsi sa « docilité » à l'Eglise, à la fois « autonome » et « responsable dans ses choix politiques », « sans se servir de l'Eglise à des fins politiques et sans jamais s'abaisser à des compromis avec sa conscience droite ». Et lorsqu'il s'éteint, le 19 août 1954, « après avoir murmuré le nom de Jésus », il peut ajouter : « J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, ma conscience est en paix. »
[Source : Zenit.org]
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