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Débat sur la mémoire d’Edmond Michelet (III), par Bernard Zeller

27 Novembre 2009

L’auteur de l'essai historique Edmond Michelet est-il un saint ? (La Doller, 2009*), réagit au commentaire de Philippe Pouzoulet, président des compagnons de la Fraternité Edmond-Michelet (Libertepolitique.com, « Le Fil », 25 novembre), à l’annonce de son livre.

« À mon sens, le débat ne doit pas se situer sur les positions politiques prises par les uns et les autres à l'époque de l'Algérie mais plutôt sur la question-clé : « Edmond Michelet a-t-il vécu de manière héroïque les vertus chrétiennes ? » C'est la question à laquelle répondront les autorités ecclésiastiques impliquées dans la procédure de la cause de béatification d'Edmond Michelet.

Dans ce contexte, il est légitime de recenser et de faire connaître l'ensemble des dires, écrits et actes d'Edmond Michelet, en particulier d'Edmond Michelet homme politique et, plus précisément, d'Edmond Michelet ministre de la Justice de 1959 à 1961.

C'est l'objet même du livre Edmond Michelet est-il un saint ?*. L'ouvrage, sans doute imparfait, sans doute incomplet, amène cependant à se poser un certain nombre de questions de nature morale plus que politique, parmi lesquelles :

  • Pourquoi Edmond Michelet a-t-il soutenu l'arrivée au pouvoir en Algérie des dirigeants du F.L.N. dont il écrivait en 1957 qu'ils faisaient preuve « d'une frénésie raciste analogue à celle que Hitler voulait imposer au monde, en utilisant des moyens identiques aux siens » ?
  • Quels motifs ont poussé Edmond Michelet à rétablir la peine de mort pour crimes politiques abolie depuis 1848 et à demander instamment qu'elle soit requise à l'encontre des généraux Challe et Zeller, lui qui avait une profonde répugnance pour cette peine ?
  • Edmond Michelet, dès que le massacre des harkis a été connu, à l'été 1962, a-t-il agi auprès des personnalités algériennes au pouvoir (en particulier Ahmed Ben Bella) avec lesquelles il entretenait des relations de confiance ?
  • Edmond Michelet, pour qui « en matière de Justice, la mansuétude (me) paraît être un objectif chrétien », a-t-il fait bénéficier sans exclusive tous les prévenus, les condamnés et les exilés de sa mansuétude ?


Par ailleurs quatre remarques :

  • Le coup d'Alger du 22 au 25 avril 1961 n'a fait aucune victime si ce n'est un mort par accident à déplorer. Donc pas d'usage de mitraillettes. C'est sans doute l'une des raisons, parmi d'autres, qui a conduit les juges du Haut Tribunal militaire, institué pour l'occasion par le général de Gaulle, à ne condamner les généraux Challe et Zeller qu'à 15 ans de détention criminelle.
  • Il n'y a pas (encore ?) d'histoire officielle des événements d'Algérie. Parler de révisionnisme (dont la connotation est très péjorative — proche de néo-nazisme) revient à nier la possibilité d'un débat sur ces événements appartenant à l'histoire.
  • Que des « rescapés de l'Algérie française » ne soient jamais revenus sur leurs propres erreurs est hors sujet : aucun d'eux ne fait l'objet d'une procédure de béatification ; Edmond Michelet fait l'objet d'une telle procédure.
  • Le catéchisme de l'Église catholique dans son article 2267 indique : « Si d'autres moyens non sanglants suffisent à défendre et à protéger la sécurité des personnes contre l'agresseur, l'autorité s'en tiendra à ces moyens. »


Espérant contribuer à mettre le débat à son juste niveau, celui de la possible sainteté du chrétien assumant des responsabilités dans la sphère politique. »

Bernard Zeller

 

Pour en savoir plus :

Débat sur la mémoire d’Edmond Michelet (I), Libertepolitique.com, « Le Fil », 23 novembre 2009
Débat sur la mémoire d’Edmond Michelet (II), par Philippe Pouzoulet, Libertepolitique.com, « Le Fil », 25 novembre 2009

* Edmond Michelet est-il un saint ?  Chez l'auteur, Bernard Zeller, 9 boulevard Morland, 75004 Paris (10 euros port compris).

 

 

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Commentaires (7)

Philippe E. Pouzoulet (27/11/2009): Je ne voudrais pas que ce débat que la Fondation de service politique a laissé se poursuivre très librement dans les pages de Décryptage (merci à elle) s'achève sans dire à Bernard Zeller que je le rejoins dans son intention sincère de mettre le débat à son juste niveau : pour moi aussi, la question, qui dépasse la personne même d'Edmond Michelet, aussi emblématique soit-elle, est bien celle de la sainteté du chrétien dans toutes les difficultés de la vie politique. Une vie qui est, souvent, une vie d'affrontements, coups reçus et coups donnés, et dans laquelle l’exhortation : « aimez vos ennemis ! » prend tout son sens…
Je voudrais aussi dire à Bernard Zeller que je le remercie de prendre à cœur ce procès en béatification concernant un homme politique qu’on a presque oublié de nos jours. Je veux y voir un signe providentiel : avec ce procès, l’Eglise demande de faire toute la lumière, sans doute sur le chrétien Edmond Michelet, mais peut-être nous propose-t-elle aussi de faire la lumière sur toutes les blessures causées par ces années terribles de la guerre d’Algérie, dont nous sommes porteurs à travers nos histoires personnelles et familiales, et qui se réveillent avec l’histoire de la vie d’Edmond Michelet. Les articles et messages mis en ligne, que j’ai lus attentivement, témoignent de la vigueur des conflits de mémoire. Certes, les historiens peuvent nous aider à en sortir. Ils le font de mieux en mieux. Mais seul l’Esprit Saint peut vraiment agir pour pacifier et réconcilier. Cette réconciliation est infiniment plus importante qu’une béatification. Il est encore trop tôt pour l’envisager mais nous ne devons pas y renoncer.
C’est dans cette perspective que je lirai bientôt l’ouvrage de Bernard Zeller.

Jeanne Brottier-Botella (28/11/2009): Si M. Michelet était un catholique aux qualités si édifiantes, il aurait du se soucier des conséquences de la politique gaullienne en Algerie avec laquelle il était d'accord. La plus basique des charités aurait du le conduire a inciter le General a mettre des moyens importants pour rapatrier tous les Français d'Algerie et les Harkis dans des conditions decentes. Mais le gouvernement de 1962 n'a voulu voir dans l'exode que des "vacanciers" (dixit Peyrefitte dans "C'était de Gaulle")
Donc pas d'avions supplementaires, pas de bateaux supplementaires, des jours et des nuits a attendre dans des conditions indignes d'un pays civilisé. Pas d'accueil au debarquement si ce n'est des phrases haineuses tant la preparation psychologique par les medias gaulliennes avaient preparé le terrain.
Pas de logements si ce n'est des taudis loués a prix d'or.......
"Tu aimeras ton prochain comme toi même" "Qui était le prochain de M.Michelet?

Régine Gonnet (28/11/2009): il suffit de naitre pour être beau...mourir pour être brave...
je trouve que nous béatifions trop vite , pourquoi Jean Paul II? ou Michelet? Nous oublions tous ceux qui mènent une vie humble et discrète, qui sont handicapés, paralysés et que les familles portent a bout de bras!les enfants violés,tués, les peuples qui meurent de faim et qui réélisent leurs dictateurs!!
je ne serai jamais d'accord pour béatifier un homme politique lesquels sont impitoyables dans la recherche du pouvoir ,de leur gloire et de leur richesse
dans ces conditions béatifions: de Gaulle,Pompidou, Mitterrand, Churchill,et bientôt Obama !Pour en rester dans les proverbes populaires :on ne prête qu'aux riches.Que Michelet soit un saint homme, peut être...j'ai déjà de la difficulté à admettre que Marie a choisi la meilleure part en restant aux pieds du Christ alors que Marthe ne mérite même pas un merci pour apporter le confort au Christ et a ses admirateurs!!! je ne comprendrai pas non plus que l'on béatifie un homme politique,qu'apporte t il à l'humanité et d'humanitaire?chez tous les politiques je ne vois qu 'égoïsme et dons ....des autres
Marcel ALONSO (30/11/2009): Merci pour ces deux dernières réponses de Messieurs B. Zeller et P. Pouzoulet. Elles posent bien les éléments d'un débat qui appartient désormais à l'Église.
Monsieur Pouzoulet espère une aide améliorée des historiens pour "en sortir".
Je crains hélas que, ici comme ailleurs, de ténébreuses arrières-pensées politiques viennent obscurcir la nécessaire recherche de vérité.
Marguerite Travers (02/12/2009): Je pense que Régine Gonnet n'a pas relu son message.La vie de Michelet ne peut se comparer à celle de Mitterrand, même si celui-ci fut un grand homme politique, que dire de sa vie privée!!!!! qui faisait le monde entier se gausser de nous, français. "La France , ce pays où le président est enterré par ses deux épouses" comme le titrait un journal argentin lors de ces obsèques.
Je ne parle pas du rôle politique des hommes mais de L'Homme, honnête, fidèle, bon père de famille.
Je ne supporte aucun amalgame , ni aucune généralisation.
Le reste est le fait de la Commisssion Historique qui enquête sur tous les écrits , toutes les paroles, toutes les positions prises par Michelet en toute partialité.
Dominique Baudry (22/01/2010): Je viens à l'instant d'entendre sur Radiocourtoisie Monsieur Bernard Zeller parler de son livre autour d'Edmond Michelet. J'ai une grande estime pour Monsieur Edmond Michelet, pour sa vie personnelle, familiale, et sûrement pour de multiples qualités qu'il possédait. Il me semble - et je sais que cet avis est bien partagé par plusieurs- que c'est sa fidélité inconditionnelle au général de Gaulle qui est sa grande faiblesse.
Yves Raynaud (17/07/2010): Monsieur Michelet a fait un choix personnel politique : la fidélité à de Gaulle et de ce fait, il devient un homme dont les convictions furent plus que sujettes au temps. Alors la fidélité à Dieu en fut affectée. "Rends à César ce qui revient à César et à Dieu ce qui revient à Dieu". Cela ne se joue pas à pile ou face selon les circonstances, il fit évoluer sa ligne de conduite au grès des circonstances, de droite à gauche, du catholicisme au modernisme, de l'Algérie française à l' Algérie algérienne. Resquiescat in pace

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