Le fil
France
Débat sur la mémoire d’Edmond Michelet (I)
20 Novembre 2009
La cause de béatification d'Edmond Michelet, ministre de la Justice du général de Gaulle, ancien résistant et déporté, a été ouverte en 2006. La lettre mensuelle d’information Chrétiens dans la Cité [1] signale la parution d’un livre * dont les informations écornent la réputation de sagesse et de justice de l’ancien garde des Sceaux.
Les historiens spécialistes de la guerre d’Algérie n’ignorent rien de la rigueur avec laquelle Edmond Michelet voulut punir les auteurs du putsch d’Alger en 1961. Mais la charge du livre de Bernard Zeller, fils du général qui fut condamné à quinze ans de réclusion avec le général Challe, est sévère.
Le 4 juin 1960, Edmond Michelet « signait une ordonnance pour rétablir la peine de mort en matière politique, abolie depuis 1848 ». Challe et Zeller n’ayant été condamné qu’à 15 ans de détention criminelle, le ministre qualifiait « de “détestable” le réquisitoire du procureur général qui n’avait requis que la réclusion criminelle à perpétuité et de “scandaleux” le verdict du Haut Tribunal militaire institué spécialement ».
Le fils du général Zeller n’est peut-être pas le mieux placé pour offrir un jugement objectif sur le ministre de la Justice du général de Gaulle. Il reste que son livre, Edmond Michelet est-il un saint ? (La Doller, 136 p., 10 € *), est une pièce à verser au dossier de la mémoire d’un homme politique chrétien dont le courage pendant la guerre édifia beaucoup de ses compatriotes, mais dont l’attitude pendant les « événements d’Algérie » laisse indubitablement perplexe.
L’Église pour sa part ne peut juger de la sainteté d’un homme en appréciant définitivement des décisions politiques contingentes. On retiendra seulement pour l’Histoire que le successeur d’Edmond Michelet place Vendôme, le jeune Jean Foyer, sut par exemple se faire le serviteur d’une justice aussi rigoureuse mais moins passionnée. En résistant aux pressions du Général, il servit sans doute davantage la lente reconstruction de la paix civile après les drames qui ensanglantèrent de nombreuses familles françaises et algériennes.
[1] 17 rue Manessier, 94130 Nogent-sur-Marne.
- Sur ce sujet :
La réponse de Philippe Pouzoulet, président des Compagnons de la Fraternité Edmond-Michelet (Libertepolitique.com, "Le Fil", 25 novembre 2009)
* Edmond Michelet est-il un saint ? Chez l'auteur, Bernard Zeller, 9 boulevard Morland, 75004 Paris (10 euros port compris).
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Commentaires (7)
- d'une part, signa ordonnance du 4 juin 1960, rétablissant la peine de mort en matière politique, peine abolie depuis 1848 car jugée trop "arme absolue des tyrans".
- d'autre part, détourna son regard "chrétien" de l'immense drame des Harkis et des "disparus", voire de la Nakba affreuse de toute une population chassée de sa terre natale!
Sa foi aveugle pour un homme politique (Charles De Gaulle) le rendit complice de son machiavélisme. Pour un chrétien, c'est un "péché contre l'esprit", dont la conséquence est bien "la mort de l'âme". Il la perdit effectivement, et son tropisme pro-FLN (dont la barbarie fut dénoncée officiellement par le président Chirac, lui-même) en est la preuve.
Qu'on me comprenne bien, l'obstacle à sa canonisation, n'est pas son action en faveur de la peine de mort, on peut être un saint aussi bien après en avoir été contre (encore que là il faille faire le distingo d'avec celle de droit commun frappant un Layre ou un Fesh), mais bien son détournement de la charité chrétienne dû à un aveuglement sordide! Lui a-t-il fait perdre son âme? Seul Dieu juge les reins et les coeurs. Humainement, il suivit bassement la trace de ses frères, "chrétiens progressistes", dont on sait, aujourd'hui, qu'elle desservit la France, en prétendant vouloir servir le Christ.
Michelet s'en est fait le complice et, de ce fait, a trahi l'idéal chrétien de vérité et de sincérité.!
Au moment de l'épisode des harkis, Michelet était au Conseil constitutionnel. Pas au gouvernement. Pourquoi chercher à lui faire des reproches la dessus ? Il n'a rien a voir avec cela. Très honnêtement, ce "silence" que l'on impute à Michelet n'est pas sans rappeler les injustes accusations faites à Pie XII vis à vis de la Shoah...
Pour le rétablissement de la peine de mort pour fait politique, elle a peut-être été voté mais elle n'a pas été appliquée. Elle avait essentiellement un rôle dissuasif. De plus, à cette époque l'Eglise n'était pas opposé à la peine capitale (d'ailleurs encore maintenant, voir le catéchisme de l'Eglise catholique).
Si Michelet fut écoeuré par rapport à la condamnation à la prison des généraux...J'attend des sources plus sures. Michelet s'est battu pour sauver la tête de Bastien-Thiry, pourquoi vouloir faire tomber celles des généraux ? C'est incohérent et cette question doit-être étudiée à froid.
Je reste sceptique quand au livre de Zeller et je souscrit davantage à la version de M Pouzoulet.
Aux historiens d'éclairer cette aspect de notre histoire. Mais je pense qu'avant tout il faut dépassionner le débat. On ne peut pas s'exprimer sereinement sur des questions aussi difficiles quand des blessures très dures (auxquelles je compatis) ont touché sa famille.
C'est pour ça que ce livre mérite quelques sérieuses réserves.
2°- Quand monsieur Pouzoulet nous dit que Michelet savait de tout temps que l'Algérie devait devenir indépendante, cela plaide peut-être pour son sens politique, mais cela veut dire aussi qu'il s'est renu complice, à la fois actif (par son action avant le 13 mai) et passif, d'un mensonge éhonté et prolongé. Ce
n'est pas une recommandation pour la canonisation.
3°- Il faudrait rechercher la responsabilité de Michelet, directement ou par l'intermédiaire de son cabinet( qu'il avait choisi et dont il était donc responsable) dans l'affaire Si Salah et la dénonciation de celui-ci au GPRA, suivi des purges que l'on sait.
D'une manière générale, l'Eglise doit être extrêmement prudente pour proposer de porter un homme politique sur les autels, quels que soient ses mérites en tant qu'homme privé. Elle a raison de ne pas canoniser Louis XVI, alors que l'Eglise russe a été, je pense, imprudente, de canoniser Nicolas II.
Je partage la remarque de monsieur de Crousnilhon quant au livre de Laurent de (sic) Gaulle (dont le texte de présentation est proprement allucinant), et le colloque aux Bernardins.



