Le fil
International
Irak : les persécutions chrétiennes s’intensifient
16 Février 2010
« La minorité chrétienne est devenue un enjeu et cela se passe toujours ainsi avant les élections. » Deux chrétiens ont été tués depuis l'ouverture de la campagne électorale vendredi, a déclaré à l’AFP Hazem Girgis, un diacre syriaque orthodoxe de l'église Saint-Ephrem, au centre de Mossoul. « Nous sommes terrifiés. On nous tue pour vider Mossoul de sa principale composante et les forces de sécurité ne sont pas capables de nous offrir la sécurité », a-t-il ajouté.
En l’espace de 36 heures, trois chrétiens irakiens ont été les cibles de ces agressions discriminatoires. L’un d’eux a été tué par balles. Les deux autres qui se rendaient à l’université d’Hay al Arabi, un quartier du nord de Mossoul, ont été victimes de tirs à l'arme automatique. L'un d'eux a été tué et l'autre grièvement blessé. Le tueur a pu s'enfuir dans une voiture où l'attendaient deux complices.
Dimanche, c'est un marchand chaldéen, Rayan Salem Elias, qui a été abattu devant chez lui, dans l'est de la ville. Lundi, dans une ville située à 350 km au nord de Bagdad, un marchand de primeurs syriaque catholique, Mounir Fatoukhi, a été tué par des inconnus qui ont ouvert le feu à partir d'une voiture sur son magasin. Selon l'agence SIR, une étudiante chrétienne a été enlevée, on déplore une dizaine de meurtres de chrétiens, une bombe a détruit un bus qui transportait des écoliers chrétiens, et des voitures piégées ont explosé en différents quartiers habités par des chrétiens.
Fin 2008, une campagne de meurtres et de violences ciblées avait fait 40 morts parmi les chrétiens, entraînant le départ de Mossoul de plus de 12.000 d'entre eux. Ces violences deviennent indénombrables et déplorables. Un rapport publié en novembre par l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) avait affirmé que les minorités, notamment chrétiennes, du nord de l'Irak étaient les victimes collatérales du conflit entre Arabes et Kurdes pour le contrôle de territoires disputés et devaient être protégées. Les diverses communautés se rejettent la responsabilité de ces attaques.
Les archevêques de Bagdad et Mossoul appellent à l’aide
Au lendemain des assassinats, Mgr Sleiman, archevêque de Bagdad des Latins, demande de « rompre le mur de silence qui entoure le meurtre de chrétiens à Mossoul et en Irak ». « Les chrétiens sont assassinés à Mossoul et l'Etat ne fait rien, les forces de l'ordre en service sur les lieux des attaques et des meurtres ne voient pas, n'entendent pas et ne parlent pas. » Il dénonce ce mur de silence édifié aussi par les médias à quelques exceptions près et fait observer que la peur revient et que les chrétiens recommencent à partir : c'est un « nouvel exode » qui commence, et « une fois encore les chrétiens sont sacrifiés sur l'autel des politiques radicales de ce pays ».
Selon Mgr Casmoussa, archevêque syrien de Mossoul, depuis début décembre 2009, « on a enregistré à Mossoul des attaques contre quatre églises et un monastère, soit par voiture piégée, soit par explosifs. À côté d'une des églises visées se trouvait un jardin d'enfants et une école primaire. Les pertes humaines, dont un bébé de sept jours, et les dégâts matériels ont été considérables. De plus, quatre jeunes chrétiens au moins ont été tués au cours des semaines passées. Le message est de mauvais augure, des menaces pèsent toujours sur la communauté chrétienne, ravagée par le terrorisme et l'émigration galopante. À ce rythme, la présence même du christianisme est menacée d'extinction ». Ces violences répétées menacent la présence chrétienne et il est urgent que la communauté internationale se mobilise et fasse pression. Toute la communauté chrétienne est concernée.
Les chrétiens d’Irak marginalisés
Les chrétiens ne bénéficient pas de la même façon des services donnés à la population Irakienne. Mansour et sa femme, ce couple qui vit dans une grande maison éclairée à la bougie et qui n’a plus de revenus depuis que Mansour est paralysé des jambes, en font les frais. Mansour témoigne : « Je suis allé voir l’administration pour obtenir une indemnisation mais tout le monde me passait devant et mon dossier était mis de côté. Tout ça parce que je suis chrétien. »
Depuis la chute du régime, la confessionnalisation s’est accrue en Irak et chaque communauté tente de tirer profit de l’État. Les chiites ont le pouvoir et les chrétiens, qui ne représentent que 2 % de la population, se sentent souvent marginalisés. Mansour déplore surtout la dégradation des rapports humains : « La dureté du cœur est née avec la guerre. Avant, jamais on ne m’aurait traité ainsi. »
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À Bagdad, les chrétiens solidaires se mobilisent
Malgré ces incessantes persécutions, les chrétiens se mobilisent et tentent d’apporter un peu de paix à ce pays ravagé par la haine. Des associations caritatives chrétiennes viennent en aide aux malades et aux oubliés de leur communauté en Irak. Rédacteur en chef d’une revue chrétienne locale, Adel, la quarantaine, a décidé d’agir. Accompagné d’un groupe de bénévoles, il rend visite à des malades abandonnés ou à des familles détruites par la guerre, qui, faute de bakchichs, ne peuvent se faire soigner dans les hôpitaux. Au sein d’une association caritative chrétienne, il apporte une aide matérielle, mais surtout une présence et un peu de chaleur humaine.
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[Sources : La Croix.com, Le Figaro.com, TV5 Monde, L’œuvre d’Orient]
Commentaires (3)
Même si je suis d'accord avec lui sur le fond, je ne peux que déplorer l'usage irresponsable et fréquent du mot croisade, utilisé à toutes les sauces depuis maintenant de nombreuses décennies. Le sens qui lui est donné est alors bien péjoratif. Remettons les choses dans leur contexte : les croisades avaient pour but originel, et toujours réactualisé lors des diverses expeditions menées, de proteger les chrétiens pour accéder aux lieux saints de Jérusalem ; chose qui n'était plus possible depuis l'invasion de la Terre Sainte par les turcs (contrairement à ce qui avait lieu sous occupation arabe). Que ces expéditions aient dévié parfois, souvent?, vers la notion de guerre sainte (comme l'entend bien le Djihad, d'origine musulmane lui...), vers des pillages et autres crimes perpetrés par les croisés, n'est que regrettable. Mais par pitié, cessez d'affubler le terme de croisade de tous les signifiants possibles et imaginables !
comme ils n'ont pas defendu les africains en Rwanda en 1994,
pourquoi voulez vous alors qu'ils defendent les chrétiens en Asie aujourd'hui ? La legion d'honneur n'avait elle pas une autre signification "d'autre fois" ?




Guerre en Irak, dans les livres d'histoire, qu'en dira-t'on ?
Ce conflit et les 7 années d'occupation auraient généré environ 1 million de morts, essentiellement civils, deux millions et demi d'exilés à l'étranger, deux autres millions déplacés dans le pays, quelques 3000 milliards de dollars engagés par les seuls Etats-Unis, et alors que les mensonges ayant justifiés cette guerre ont été clairement dévoilés sur la place publique, comment l'histoire expliquera cet énorme campagne militaire ?
C'est la question-débat trouvée sur Pnyx: http://www.pnyx.com/fr_fr/poll/534
Une croisade pour les valeurs de la démocratie ? La libération d'un peuple du joug dictatorial ? La folie obsessionnelle d'un dirigeant benêt ? Un business à court terme pour quelques entreprises ? ...