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Préservatif : témoignage d’une Camerounaise sur la « polémique de trop »

19 Mars 2009

Je suis camerounaise et je réside en France tout en travaillant au Cameroun en tant que chef de projets « eau potable ». Je pense que les propos du pape Benoît XVI ont besoin d’un complément d’explication.

Ces propos doivent être compris par rapport au contexte local de grande pauvreté certes, mais aussi d’absence d’intégration de l’horreur du microbe par une partie encore importante des populations, tant dans les villages que dans les villes. Aujourd’hui, la majorité des familles font un repas par jour. Et quel que soit le prix du préservatif, il reste une charge supplémentaire souvent sacrifiée au profit d’une autre urgence vitale : le repas. On préfère acheter un beignet à 25 francs CFA que le préservatif.

Dans ce sens, il existe bel et bien des personnes qui utilisent deux fois le préservatif, après l’avoir lavé à l’eau simple. Une jeune fille me disait un jour toute confuse : « Parfois on ne sait pas si c’est vraiment efficace. » On ne sait pas si le préservatif a déjà été utilisé. Ce sont là des choses trop intimes dont on ne parle pas, tant c’est énorme. Si je n’avais pas entendu moi-même ces propos au village, je ne les aurais pas crus.

Les propos du pape trouvent leur juste compréhension dans ce contexte-là et non dans le contexte général de l’usage ou non d’un préservatif. On ne doit pas se le cacher. Pour une partie encore importante des populations africaines, il est difficile d’honorer les charges économiques liées aux habitus sexuels. Tant pour la pillule que pour le préservatif. C’est vraiment là que le lieu d’une très grande vulnérabilité. Alors faut-il parler d’une polémique de trop ? Cela en a tout l’air.

De peur d’ajouter le drame au drame, tous les partenaires défenseurs de la vie devraient composer avec cela au lieu de chercher un bouc émissaire là où il n’y en a pas.

Joséphine Zibi

 

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Commentaires (6)

Pierre-Marie Girardot (21/03/2009): Merci beaucoup madame.
Comme il est réconfortant de lire de tels propos mesurés et qui, avec une délicatesse que n'ont pas eue tous les commentateurs (je dirais mais vous pourrez supprimer la parenthèse : cette meute de chiens enragés!) disent la réalité de la pandémie de SIDA en Afrique.
La plupart des réactions venues de là-bas, de la part de personnes, responsables politiques et responsables religieux, nous disent "laissez nous comprendre nos problèmes et ne venez pas nous polluer avec des problématiques qui sont celles de pays nantis et suffisants".
Combien des commentateurs à chaud d'une seul phrase extraite d'une réponse argumentée sont prêts à mouiller la chemise pour aider concrètement les malades du SIDA. Comme le rappelle Benoit XVI, dans le monde à l'exception des hôpitaux et instances sanitaires dont c'est l'obligation, ce sont pour l'essentiel des ONG et des institutions religieuses catholiques et non catholiques qui prennent la plus lourde part des soins apportés aux malades.
Docteur PM Girardot Saint-Brieuc
anne france simunek (22/03/2009): Un grand merci, Madame, de votre réaction. Alors que notre monde occidental se meurt d'Amour, du vrai, nos médias veulent nous entraîner dans la non-réflexion personnelle en dictant leur opnion comme étant la nôtre. Ce qui est faux. Quand on n'a rien de tangible à dire, on cherche toujours à avoir un bouc émissaire : il dispense de la réflexion. Un Peuple qui ne réfléchit pas est un peuple qu'on mène à n'importe quelle dictature...
Merci de votre réaction.
Flore (22/03/2009): Merci pour ce commentaire qui donne un regard très local du sujet et que je n'aurais jamais imaginé avec ma culture européenne.
Je vous rejoins, chercher un "coupable" systématique au lieu d'accueillir une idée potentiellement riche (ou non), c'est malheureusement un réflexe très actuel et largement préjudiciable à la sagesse et donc à la paix des hommes.
Marie-Françoise Monpierre (23/03/2009): Il ne s'agit pas tant de "composer" avec un contexte local pour justifier les positions du Saint-Père; c'est véritablement une question doctrinale. Le vicaire du Christ n'est que le porte-parole de la doctrine de Jésus qui nous enseigne que "ni les avares, ni les gloutons , ni les fornicateurs..... n'entreront dans le royaume des cieux ".
Etienne (24/03/2009): Ce débat permet la clarification des camps. Il renforcera le catholicisme qui parle haut et fort pour une humanisation dans les relations sexuelles, le respect de la fidélité à son époux (ou épouse), la chasteté avant le mariage. Oui, n'ayons pas peur de dire, malgré le lobbying du libéralisme sexuel, qu'une très grande majorité d'hommes et de femmes de ce monde connait le risque sanitaire du vagabondage sexuel, qui ne rendra jamais l'homme heureux, mais seulement insatiable de plaisirs égoïstes. L'homme est appelé à la maîtrise de soi. Et s'il s'agit d'un idéal difficile au quotidien, exigeant, reconnaissons simplement que l'Eglise ne peut délivrer que ce message, en ayant de la compassion pour nos faiblesses.
Ruben Pradier (01/04/2009): Il n'y a pas de polemique de trop ,le Saint pere expose bien la doctrine Catholique que le monde a besoin d'ecouter.

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