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Le Fil de la semaine
30 Mai 2008
Des parlementaires se mobilisent pour les chrétiens d’Orient ; Turquie : la France gênée par sa présidence européenne ; Encyclique sociale : les raisons d’un retard… voici le “Décryptage” express de la semaine qui vient de s’écouler, par la Fondation de Service politique.
FRANCE
Des parlementaires en faveur des chrétiens d’Orient
Le moral des Français au plus bas
Notre enquête sur la liberté de conscience
INTERNATIONAL
Chine : ces enfants qui dérangent
Culture de mort en Écosse : une preuve de plus
Turquie : la France gênée par sa présidence européenne
ÉGLISE
Encyclique sociale : les raisons d’un retard
Monde : le nombre de prêtres continue de croître
Italie : une génération s’en va
Pour un dialogue islamo-chrétien “sans naïveté”
L’actualité romaine avec Génération-BenoîtXVI.comSemaine précédente
FRANCE
Des parlementaires en faveur des chrétiens d’Orient
■ Le député Jean-Marc Nesme a pris l'initiative avec Bernadette Dupont, sénateur des Yvelines, de soumettre à ses collègues de l'Assemblée nationale et du Sénat, un appel en faveur des chrétiens d’Orient et de la liberté religieuse dans le monde. Plus de 140 élus ont déjà répondu à son appel. L'éditorialiste Jacques Julliard se demandait récemment si « nous aurions à ce point honte de nos origines que la persécution dont sont victimes les chrétiens dans une bonne trentaine de pays, dans le monde musulman, dans le monde hindouiste, dans le monde communiste, nous laisse indifférents ». Le député, qui est aussi maire de Paray-le-Monial (ville jumelée avec Bethléem) estime que la France ne peut pas rester silencieuse : « Le christianisme a pénétré en profondeur la société française et de nombreuses autres sociétés, leur culture, leur façon de vivre, leur droit, leur architecture, leur littérature, leur musique, leurs peintures, leurs sculptures, leur histoire. Une nation qui ignore l'héritage éthique, spirituel et religieux de son histoire commet un crime contre elle-même car, couper la racine, c'est affaiblir le ciment de l'identité nationale. » Dans son courrier adressé à ses collègues, Jean-Marc Nesme rappelle que c’est « le déni de son histoire [qui] peut engendrer, faute de courage et d'espérance, une grande fragilité face à ceux qui sont fiers de leur culture et de leurs origines ». Voici le texte de l’appel des parlementaires français :
Paris, mai 2008
Vu les Déclarations de l'Unesco sur le droit international des droits de l'homme,
Vu l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (DUDH) de 1948,
Vu l'article 9 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH) de 1950,
Vu l'article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (Pidcp) de 1966,
Vu la Déclaration des Nations-unies de 1981 sur l'élimination de toutes formes d'intolérance et de discriminations fondées sur la religion,
Vu les rapports annuels du rapporteur spécial des Nations-unies sur la liberté de religion ou de conviction,
Vu la Résolution du Parlement européen 15.11.07 dénonçant la multiplication de graves évènements compromettant l'existence des communautés chrétiennes dans le monde, et notamment en Orient, condamnant avec la plus grande fermeté, les assassinats, les répressions, les discriminations, les persécutions, les enlèvements, les tortures physiques et morales, les incendies d'églises, les profanations de cimetières et l'exil forcé dont sont victimes les chrétiens, en Afrique, en Asie, en Orient,
rappelant leur attachement aux principes de la liberté de pensée, de conscience et de religion et du libre exercice du culte, partout dans le monde,
soulignant l'importance du dialogue entre les religions pour promouvoir la paix et la compréhension entre les peuples,
considérant que, selon le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, « toute personne a droit à la liberté de penser, de conscience et de religion, que ce droit implique la liberté d'avoir ou d'adopter une religion de son choix ainsi que la liberté de manifester sa religion, individuellement ou en commun, tant en public qu'en privé, par le culte et l'accomplissement des rites, les pratiques et l'enseignement »,
refusant le partage binaire « Orient musulman – Occident chrétien » et affirmant que la présence des chrétiens d'Orient est essentielle pour établir des ponts entre les cultures et être des médiateurs pour un dialogue pacifique entre l'Occident et l'Orient,
rappelant que les communautés chrétiennes sont établies en Orient depuis 2 000 ans, que cette Terre d'Orient est celle du pluralisme religieux, ce qui en fait sa véritable richesse,
regrettant que l'Europe ait trop tourné le dos à la Méditerranée alors même qu'une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer sont au croisement d'un grand nombre d'enjeux du monde contemporain,les députés et les sénateurs français, condamnent, sans réserve, tous les types de discrimination et d'intolérance fondées sur la religion,
soulignent que le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion est un droit de l'homme fondamental, garanti par différents instruments juridiques internationaux,
demandent aux autorités des pays concernés par l'intolérance religieuse d'intégrer dans leur droit interne, ces textes internationaux et de les faire respecter,
demandent que soit prise en compte la question de la situation des communautés chrétiennes dans le cadre du dialogue politique avec les pays où elles sont menacées,
demandent que tout programme de coopération et d'aide au développement soient attribués sous la condition que le principe d'une vraie liberté religieuse soit respectée conformément aux conventions internationales.
demandent la création d'un Observatoire des religions et du pluralisme religieux, notamment, au sein de l'Union de la Méditerranée.
demandent que l'enseignement à l'école du fait religieux, soit rendu obligatoire et universel.Nous publierons dès la semaine prochaine la liste des signataires.
Le moral des Français au plus bas
■ Selon l’Insee, le moral des ménages français a encore chuté de trois points en mai. Il s'agit de la onzième baisse consécutive de cet indicateur, qui existe sous cette forme depuis 1987. Les ménages se montrent particulièrement pessimistes sur l'évolution passée et à venir du niveau de vie en France. En particulier, le solde sur « l'opportunité de faire des achats importants » fléchit également en mai (en baisse de deux points à -31), à son plus bas niveau depuis l'automne 1996, de même que sur les perspectives d'évolution du chômage et celle sur le niveau des prix.
Notre enquête sur la liberté de conscience
■ Dans une grande ville du nord de la France, Christine croise sur un parking une religieuse en tenue, donc visible et reconnaissable. Elle raconte. « C’est si rare de rencontrer des prêtres ou des religieuses en habit que je n’ai pas hésiter à lui lancer un “bonjour ma sœur”, ce qui a provoqué une discussion sympathique. Dans la conversation, la religieuse m’apprend qu’elle est enseignante dans un lycée technique privé, mais qu’elle elle sera priée de retirer sa tenue religieuse et son voile la semaine ou des élèves vont venir bientôt "passer" les épreuves du Bac dans son établissement. »
Christine et choquée. Si vous l’êtes aussi, n’hésitez pas à nous faire parvenir vos témoignages sur la laïcité au quotidien dans les établissements scolaires, mais aussi sur votre lieu de travail, quel qu’il soit, et ce que vous estimez être une atteinte à votre liberté de conscience ou une discrimination en raison de votre identité ou de votre appartenance religieuse. La Fondation de service politique poursuit son enquête sur la liberté de conscience à l’école et votre soutien nous est précieux.
Pour agir :■ Avez-vous connaissance d'un exemple d'entrave à la liberté religieuse commise à l'encontre d'enfants ou d’enseignants dans le cadre scolaire ?
Si oui, merci de nous le raconter.
(Confidentialité absolue garantie sur les personnes et les lieux évoqués).
INTERNATIONAL
Chine : ces enfants qui dérangent
■ Près de 7 000 écoles se sont effondrées lors du tremblement de terre qui a secoué la province du Sichuan le 12 mai dernier, privant de nombreuses familles de leur unique enfant. Alors que la polémique enfle sur les conditions de construction des écoles, des dispositions exceptionnelles sont prises par l’agence chinoise du planning familial en faveur des parents. Dans la petite ville de Wufu par exemple, la plupart des 128 victimes sont des enfants entre 10 et 13 ans : leur école s’est effondrée en quelques minutes, alors que les bâtiments alentour sont restés debout…
Pour les parents, « la raison de l’effondrement du bâtiment, c’est la corruption » : contraintes de verser des pots-de-vin aux autorités locales pour obtenir des contrats, les entreprises en seraient réduites à utiliser des matériaux médiocres pour conserver leurs marges. En attendant la visite ou les excuses du gouvernement, les parents continueront leur combat pour obtenir la vérité (source : The Telegraph).
Le bureau du planning familial de Chengdu a quant à lui décidé d’un train de mesures exceptionnelles en faveur des quelques 10 000 couples qui ont perdu leur enfant unique dans le séisme : Ils seront « autorisés » à en avoir un autre ;
s’ils ont déjà un deuxième enfant né « illégalement », l’amende perçue depuis sa naissance sera annulée, même si les sommes déjà versées ne seront pas remboursées ; l’enfant pourra être inscrit comme « légal » (et donc aller à l’école notamment) à la place de l’enfant défunt ;
si les parents sont âgés de plus de 50 ans, ils se verront verser une pension annuelle en « réparation » du préjudice subi.Enfin les parents qui adoptent un enfant orphelin suite au tremblement de terre seront « autorisés » à en avoir un deuxième naturellement. Ces décisions surviennent alors que les autorités chinoises ont réaffirmé en mars leur intention de poursuivre la politique de l’enfant unique en vigueur depuis 30 ans, et ce malgré les abus avérés qu’elle génère (avortements forcés, stérilisations) (sources : catholic.org et lifenews.com).
Culture de mort en Écosse : une preuve de plus
■ Le nombre d'avortements en Écosse ne cesse d'augmenter alors qu'une campagne en faveur de la pilule du lendemain a été lancée pour en diminuer le nombre. Selon le National Health Service - NHS (service de la santé britannique), le taux d'avortements a augmenté de 4% en Ecosse, atteignant 13 703 en 2007, pour 13 081 en 2006 et 12 603 en 2005. Ces chiffres correspondent à un sommet jamais atteint depuis sa légalisation en 1967.
Ces chiffres démontrent que la promotion de la pilule du lendemain n'entraîne pas une diminution du nombre d'avortements. Au contraire, on constate une hausse du nombre d'avortements et du nombre de femmes qui avortent plusieurs fois : 26,3% des femmes qui ont avorté en Écosse l'an dernier avaient déjà avorté au moins une fois auparavant. Comme le rappelle Genetique.org, « plusieurs études menées en Europe, en Chine et aux Etats-Unis avaient déjà démontré qu'une plus large distribution de la pilule du lendemain ne réduisait pas le nombre d'avortements » (28 mai).
Turquie : la France gênée par sa présidence européenne
■ Face à la candidature turque, la France est toujours isolée. Elle est désormais gênée par sa future Présidence. Comment peut-elle en tirer le meilleur parti ? Un incident vient d’illustrer la difficulté française à tenir son cap. À la veille du conseil d'association entre l'Union européenne et la Turquie qui s’est tenu le 27 mai, la France avait prévu de supprimer des documents préparatoires la référence à l'adhésion de la Turquie à l’Europe. Le ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan, menaçait de boycotter la réunion ; finalement la France a cédé.
Le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a justifié cet alignement au motif que la présidence française de l'UE, au second semestre de 2008, oblige la France à une attitude « impartiale, équitable et équilibrée ». Pour autant, a-t-il ajouté, « la position de fond de la France n'a pas changé : Nicolas Sarkozy maintient que la Turquie n'a “pas sa place en Europe” et qu'il s'opposera à l'ouverture de chapitres de la négociation entamée en 2005 qui mènent à l'adhésion, comme l'Union économique et monétaire. »
Paris est donc d'accord pour poursuivre les pourparlers sur des dossiers qui pourraient faire de la Turquie un partenaire privilégié de l'UE, mais pas un membre à part entière. En conséquence, l’ouverture de certains chapitres reste bloquée. Pour Ali Babacan, « cela a un impact négatif sur l'enthousiasme de la population turque envers les réformes et l'adhésion… Nous ne pouvons avancer pleinement dans les réformes que si nous avons l'objectif de l'adhésion pleine et entière. »
L’isolement de la France est une difficulté, et paradoxalement, sa prochaine Présidence de l’Europe ne lui facilite pas les choses. La plupart des pays européens et la Commission appuient Ankara. Tous partagent la conviction du commissaire à l'Elargissement, Olli Rehn : « Un jour tous les critères de l'adhésion pourront être remplis. » Face à ce front commun, la Paris se trouve dans une situation ambivalente et délicate à gérer : d'une part, le pays qui exerce la présidence peut mettre à l'ordre du jour les questions qui l’intéressent et chercher le compromis en sa faveur, mais d'autre part, il ne peut pas se mettre en situation de blocage sur une question où il figure parmi les opposants. La présidence est d'abord là pour faire émerger un compromis.
Durant sa présidence, la France ne pourra donc compter sur aucun de ses partenaires pour défendre à sa place sa position négative. La Turquie le sait ; elle fait monter la pression et cherche à tirer parti de la présidence française pour faire franchir aux négociations d'adhésion un point de non-retour.
Ce ne sera pas la première fois qu’une présidence peut nous être défavorable. Les présidences françaises, notamment sous Jacques Chirac se sont terminées par des compromis qui nous ont été souvent néfastes, par exemple, la conclusion du Traité de Nice. Loin d'être un retour actif sur la scène européenne, la présidence française risque plutôt d'être un chemin de croix à cause des négociations avec la Turquie. Comment Paris va-t-il arbitrer entre les différents pôles de ses positions européennes ? Question ouverte. La réponse dépendra pour beaucoup de l'aptitude de Nicolas Sarkozy à résister aux tensions. À moins que des circonstances externes ne nous retirent cette épine du pied en faisant capoter les négociations ; mais par définition, il est hasardeux de compter sur le… hasard.
ÉGLISE
Encyclique sociale : les raisons d’un retard
■ Annoncée pour le printemps, la troisième encyclique ne sera sans doute publiée qu’à l’automne, voire plus tard. Pourquoi ce report ? Explications du cardinal Tarcisio Bertone à l’agence Apcom. Le pape ne « veut pas répéter des lieux communs de la doctrine sociale de l'Église mais veut apporter quelques éléments originaux, conformément aux défis de l'époque » explique le cardinal secrétaire d’État, qui évoque la globalisation, la crise alimentaire, les changements climatiques. Cette encyclique, qui « donne beaucoup de travail » devra largemen,t diffusée (d’où également les problèmes de traduction), mais aussi se « traduire par des attitudes concrètes ».
Quant au titre de l’encyclique, Caritas in Veritate, celui-ci reste une « hypothèse » : « Pour l'instant c'est une hypothèse. Je ne veux pas dire que le titre sera sûrement celui-là, probablement oui et pour l'instant cette idée persiste, mais ensuite une autre inspiration peut venir ».
Le bruit courait que les raisons du retard de la future encyclique venaient des difficultés de traduction notamment en… chinois. Implicitement, le cardinal suggère que le vrai problème est ailleurs, et pas seulement à cause de tiraillements internes entre sensibilités rivales. Le pape n’ignore rien de celles-ci, et il a montré qu’en homme de dialogue, il savait dépasser les clivages en se situant au bon niveau, sans céder à aucune pression. Quand le cardinal dit que Benoît XVI ne veut pas « répéter des généralités » mais apporter des « éléments originaux » en réponse aux grandes questions d'actualité, cela peut signifier que sur ces questions qui l'intéressent vraiment, et sur lesquelles il semble avoir des idées assez peu conservatrices, le pape est en train de défricher un terrain nouveau que la doctrine sociale de l’Église n'avait jusqu'à présent guère traité au fond.
Le monde a évidemment besoin d'être éclairé sur un ensemble de questions nouvelles, et l’Église a toujours su les affronter (res novae), mais à son rythme. Comme les réponses sont à inventer, certes à partir du substrat traditionnel de la doctrine sociale de l’Église et que la parole de l'Église ne peut pas être prononcée à la légère et doit revêtir une portée universelle, il faut évidement du temps et de nombreuses consultations pour la formuler.
L’encyclique pourrait être plus fondamentale qu’on ne l’avait d’abord imaginé. Benoît XVI est peut-être entrain de préparer, une nouvelle encyclique Rerum novarum. L’encyclique de Léon XIII fut, en son temps, novatrice et provocatrice avant de devenir la référence de tous les textes suivants. À l’époque, elle avait « changé la donne » et sorti la grande masse des fidèles, du clergé et des évêques, aussi bien des références rurales de l’Ancien Régime et de l’esprit bourgeois conservateur du XIXe siècle. Le pape, dans la ligne de la purification de la foi et de la raison qu’il a entrepris, souhaite probablement que l’Église abandonne les séquelles de l’imprégnation culturelle des grandes idéologies du XIXe et du XXe siècle.
Si c’est le cas, il faut s’attendre à être un peu bousculés par l’encyclique et à devoir consentir, à notre tour, à un travail important pour sa juste assimilation quand elle paraîtra.
Monde : le nombre de prêtres continue de croître
■ La nouvelle édition de l'Annuaire statistique de l'Église fournis les données relatives à la situation et aux actions qu'elle a menées entre 2000 et 2006 dans les différentes régions du monde. Selon l’agence de presse du Vatican (VIS), la présence des catholiques est stable, autour de 17,3% de la population globale. Bien que l'Europe représente 25% de la communauté mondiale, sa croissance est inférieure à 1%. En Amérique et Océanie le nombre des baptisés croît moins que la population (9,4 et 7,6%). L'Asie a été stable en 2006 tandis que l'Afrique a enregistré une croissance double par rapport aux pays asiatiques. Le nombre des baptisés est passé de 130 millions en 2000 à 158,3 millions en 2006.
En sept ans également, le nombre des évêques est passé de 4.541 à 4.898 (plus 7,86%). Le clergé diocésain et religieux s'est légèrement accru (augmentation mondiale de 0,51), passant de 405.178 à 407.262. En Afrique et en Asie il croît de 23.24% et 17,71%. L'Amérique est stable, tandis que l'Europe et l'Océanie baissent de 5,75% et 4,37%. Le nombre des prêtres séculiers gagne 2%, passant de 265.781 à 271.091, tandis que les religieux continuent de décroître. Ils étaient 136.000 en 2006 (- 2,31%). Le clergé européen diminue encore. En 2000 il est à 51% du total, et à 48% en 2006. L'Asie et les Amériques représentaient en 2006 21% des prêtres contre 17,5% sept ans plus tard. L'Amérique représente environ 30% du total et l'Océanie un peu plus d'1%.
Les religieux non prêtres étaient 55.057 pour aujourd'hui 55.107. En Europe on enregistre une forte diminution (- 12,01%) ainsi qu'en Océanie (- 16.83%), tandis que l'Amérique est stable et que l'Asie augmente de 30,63% et l'Afrique de 8,13%. Les religieuses sont pratiquement le double des prêtres et quatorze fois plus que les religieux, dont le nombre diminue, passant de 800.000 en 2000 à 750.000 en 2006: 42% sont en Europe, 28,03 en Amérique, 20% en Asie. Les religieuses augmentent dans les continents dynamiques comme l'Afrique (+ 15,45%) et l'Asie (+ 12,78%).
L'annuaire enregistre aussi l'évolution du nombre d'étudiants et de séminaristes, diocésains comme religieux. Leur nombre global a augmenté de 110.583 à plus de 115.000 (+ 4,43%) en sept ans. En revanche, alors qu'en Afrique et en Asie les candidats au sacerdoce sont plus nombreux, l'Europe subit un recul de 16%.
Italie : une génération s’en va
■ Dépit ou provocation ? Le cardinal Martini, 81 ans, ancien archevêque de Milan, vient de publier un livre d’entretiens intitulé Conversations nocturnes à Jérusalem. Ce jésuite, exégète brillant, a longtemps été considéré comme le chef de file de l’aile « marchante » de l’Église. Le Monde du 21 mai présente l’ouvrage du cardinal comme son « testament spirituel ». L’essai est en fait une critique un peu surannée des positions traditionnelles de l’Église de Rome.
Le cardinal demande aux autorités catholiques d’avoir « le courage de se réformer ». Il conteste l’enseignement du Magistère sur la sexualité, propose l’ordination d’hommes mariés et le diaconat pour les femmes. « J'ai rêvé, écrit-il, d'une Église pauvre et humble qui ne dépende pas des puissances de ce monde. Une Église qui donne du courage à ceux qui se sentent petits ou pécheurs. » Mais il avoue qu’aujourd’hui, il ne peut plus que prier et « émettre quelques souhaits ».
Beaucoup de chrétiens, de prêtres, de religieux et de religieuses et même d’évêques de la génération du concile ont rêvé de cette Église. Mais l’Église doit-elle réaliser les rêves de ses fidèles ? Ne doit-on pas plutôt être à l‘écoute de l’Esprit Saint qui démasque nos erreurs, nos illusions, voire notre péché ? « La charité met sa joie dans la vérité » (I Cor 1-6). Avec tout le respect que l’on doit à un très grand cardinal et à un très grand homme d’Église, comment ne pas se demander d’où vient ce voile de tristesse ? L’heure n’est-elle pas à cette joie qui exulte aux milieux des tribulations ?
Pour un dialogue islamo-chrétien “sans naïveté”
■ La commission doctrinale des évêques de France publie une note sur le dialogue islamo-chrétien qui répond à la question : « Chrétiens et musulmans ont-ils le même Dieu ? » Citant Jean Paul II, Mgr Carré, président de la commission doctrinale, affirme que « le dialogue demande de la sympathie entre les interlocuteurs. Il exige, en même temps, une réelle clarté de l'identité de la foi chrétienne. »
Or l’incarnation du Fils, inconcevable pour l’islam, est le cœur de la foi chrétienne. Si les évêques de France ne sont nullement fermés au dialogue, et s’ils l’estiment nécessaire, il est clair que pour eux, celui-ci doit se dérouler « sans naïveté ». Une attitude qui n’a pas toujours été celle de nombreux catholiques. Un appel à la lucidité qui ne ferme pas la porte au dialogue.
Photo antoinepasquier.over-blog.com
Thierry Boutet,
Philippe de Saint-Germain,
avec François de Lacoste Lareymondie et Anne-Laure Le Borgne
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FRANCE
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Le moral des Français au plus bas
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Culture de mort en Écosse : une preuve de plus
Turquie : la France gênée par sa présidence européenne
ÉGLISE
Encyclique sociale : les raisons d’un retard
Monde : le nombre de prêtres continue de croître
Italie : une génération s’en va
Pour un dialogue islamo-chrétien “sans naïveté”
L’actualité romaine avec Génération-BenoîtXVI.comSemaine précédente
FRANCE
Des parlementaires en faveur des chrétiens d’Orient
■ Le député Jean-Marc Nesme a pris l'initiative avec Bernadette Dupont, sénateur des Yvelines, de soumettre à ses collègues de l'Assemblée nationale et du Sénat, un appel en faveur des chrétiens d’Orient et de la liberté religieuse dans le monde. Plus de 140 élus ont déjà répondu à son appel. L'éditorialiste Jacques Julliard se demandait récemment si « nous aurions à ce point honte de nos origines que la persécution dont sont victimes les chrétiens dans une bonne trentaine de pays, dans le monde musulman, dans le monde hindouiste, dans le monde communiste, nous laisse indifférents ». Le député, qui est aussi maire de Paray-le-Monial (ville jumelée avec Bethléem) estime que la France ne peut pas rester silencieuse : « Le christianisme a pénétré en profondeur la société française et de nombreuses autres sociétés, leur culture, leur façon de vivre, leur droit, leur architecture, leur littérature, leur musique, leurs peintures, leurs sculptures, leur histoire. Une nation qui ignore l'héritage éthique, spirituel et religieux de son histoire commet un crime contre elle-même car, couper la racine, c'est affaiblir le ciment de l'identité nationale. » Dans son courrier adressé à ses collègues, Jean-Marc Nesme rappelle que c’est « le déni de son histoire [qui] peut engendrer, faute de courage et d'espérance, une grande fragilité face à ceux qui sont fiers de leur culture et de leurs origines ». Voici le texte de l’appel des parlementaires français :
Paris, mai 2008
Vu les Déclarations de l'Unesco sur le droit international des droits de l'homme,
Vu l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (DUDH) de 1948,
Vu l'article 9 de la Convention européenne des droits de l'homme (CEDH) de 1950,
Vu l'article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (Pidcp) de 1966,
Vu la Déclaration des Nations-unies de 1981 sur l'élimination de toutes formes d'intolérance et de discriminations fondées sur la religion,
Vu les rapports annuels du rapporteur spécial des Nations-unies sur la liberté de religion ou de conviction,
Vu la Résolution du Parlement européen 15.11.07 dénonçant la multiplication de graves évènements compromettant l'existence des communautés chrétiennes dans le monde, et notamment en Orient, condamnant avec la plus grande fermeté, les assassinats, les répressions, les discriminations, les persécutions, les enlèvements, les tortures physiques et morales, les incendies d'églises, les profanations de cimetières et l'exil forcé dont sont victimes les chrétiens, en Afrique, en Asie, en Orient,
rappelant leur attachement aux principes de la liberté de pensée, de conscience et de religion et du libre exercice du culte, partout dans le monde,
soulignant l'importance du dialogue entre les religions pour promouvoir la paix et la compréhension entre les peuples,
considérant que, selon le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, « toute personne a droit à la liberté de penser, de conscience et de religion, que ce droit implique la liberté d'avoir ou d'adopter une religion de son choix ainsi que la liberté de manifester sa religion, individuellement ou en commun, tant en public qu'en privé, par le culte et l'accomplissement des rites, les pratiques et l'enseignement »,
refusant le partage binaire « Orient musulman – Occident chrétien » et affirmant que la présence des chrétiens d'Orient est essentielle pour établir des ponts entre les cultures et être des médiateurs pour un dialogue pacifique entre l'Occident et l'Orient,
rappelant que les communautés chrétiennes sont établies en Orient depuis 2 000 ans, que cette Terre d'Orient est celle du pluralisme religieux, ce qui en fait sa véritable richesse,
regrettant que l'Europe ait trop tourné le dos à la Méditerranée alors même qu'une partie de ses racines y plongent et que les pays riverains de cette mer sont au croisement d'un grand nombre d'enjeux du monde contemporain,les députés et les sénateurs français, condamnent, sans réserve, tous les types de discrimination et d'intolérance fondées sur la religion,
soulignent que le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion est un droit de l'homme fondamental, garanti par différents instruments juridiques internationaux,
demandent aux autorités des pays concernés par l'intolérance religieuse d'intégrer dans leur droit interne, ces textes internationaux et de les faire respecter,
demandent que soit prise en compte la question de la situation des communautés chrétiennes dans le cadre du dialogue politique avec les pays où elles sont menacées,
demandent que tout programme de coopération et d'aide au développement soient attribués sous la condition que le principe d'une vraie liberté religieuse soit respectée conformément aux conventions internationales.
demandent la création d'un Observatoire des religions et du pluralisme religieux, notamment, au sein de l'Union de la Méditerranée.
demandent que l'enseignement à l'école du fait religieux, soit rendu obligatoire et universel.Nous publierons dès la semaine prochaine la liste des signataires.
Le moral des Français au plus bas
■ Selon l’Insee, le moral des ménages français a encore chuté de trois points en mai. Il s'agit de la onzième baisse consécutive de cet indicateur, qui existe sous cette forme depuis 1987. Les ménages se montrent particulièrement pessimistes sur l'évolution passée et à venir du niveau de vie en France. En particulier, le solde sur « l'opportunité de faire des achats importants » fléchit également en mai (en baisse de deux points à -31), à son plus bas niveau depuis l'automne 1996, de même que sur les perspectives d'évolution du chômage et celle sur le niveau des prix.
Notre enquête sur la liberté de conscience
■ Dans une grande ville du nord de la France, Christine croise sur un parking une religieuse en tenue, donc visible et reconnaissable. Elle raconte. « C’est si rare de rencontrer des prêtres ou des religieuses en habit que je n’ai pas hésiter à lui lancer un “bonjour ma sœur”, ce qui a provoqué une discussion sympathique. Dans la conversation, la religieuse m’apprend qu’elle est enseignante dans un lycée technique privé, mais qu’elle elle sera priée de retirer sa tenue religieuse et son voile la semaine ou des élèves vont venir bientôt "passer" les épreuves du Bac dans son établissement. »
Christine et choquée. Si vous l’êtes aussi, n’hésitez pas à nous faire parvenir vos témoignages sur la laïcité au quotidien dans les établissements scolaires, mais aussi sur votre lieu de travail, quel qu’il soit, et ce que vous estimez être une atteinte à votre liberté de conscience ou une discrimination en raison de votre identité ou de votre appartenance religieuse. La Fondation de service politique poursuit son enquête sur la liberté de conscience à l’école et votre soutien nous est précieux.
Pour agir :■ Avez-vous connaissance d'un exemple d'entrave à la liberté religieuse commise à l'encontre d'enfants ou d’enseignants dans le cadre scolaire ?
Si oui, merci de nous le raconter.
(Confidentialité absolue garantie sur les personnes et les lieux évoqués).
INTERNATIONAL
Chine : ces enfants qui dérangent
■ Près de 7 000 écoles se sont effondrées lors du tremblement de terre qui a secoué la province du Sichuan le 12 mai dernier, privant de nombreuses familles de leur unique enfant. Alors que la polémique enfle sur les conditions de construction des écoles, des dispositions exceptionnelles sont prises par l’agence chinoise du planning familial en faveur des parents. Dans la petite ville de Wufu par exemple, la plupart des 128 victimes sont des enfants entre 10 et 13 ans : leur école s’est effondrée en quelques minutes, alors que les bâtiments alentour sont restés debout…
Pour les parents, « la raison de l’effondrement du bâtiment, c’est la corruption » : contraintes de verser des pots-de-vin aux autorités locales pour obtenir des contrats, les entreprises en seraient réduites à utiliser des matériaux médiocres pour conserver leurs marges. En attendant la visite ou les excuses du gouvernement, les parents continueront leur combat pour obtenir la vérité (source : The Telegraph).
Le bureau du planning familial de Chengdu a quant à lui décidé d’un train de mesures exceptionnelles en faveur des quelques 10 000 couples qui ont perdu leur enfant unique dans le séisme : Ils seront « autorisés » à en avoir un autre ;
s’ils ont déjà un deuxième enfant né « illégalement », l’amende perçue depuis sa naissance sera annulée, même si les sommes déjà versées ne seront pas remboursées ; l’enfant pourra être inscrit comme « légal » (et donc aller à l’école notamment) à la place de l’enfant défunt ;
si les parents sont âgés de plus de 50 ans, ils se verront verser une pension annuelle en « réparation » du préjudice subi.Enfin les parents qui adoptent un enfant orphelin suite au tremblement de terre seront « autorisés » à en avoir un deuxième naturellement. Ces décisions surviennent alors que les autorités chinoises ont réaffirmé en mars leur intention de poursuivre la politique de l’enfant unique en vigueur depuis 30 ans, et ce malgré les abus avérés qu’elle génère (avortements forcés, stérilisations) (sources : catholic.org et lifenews.com).
Culture de mort en Écosse : une preuve de plus
■ Le nombre d'avortements en Écosse ne cesse d'augmenter alors qu'une campagne en faveur de la pilule du lendemain a été lancée pour en diminuer le nombre. Selon le National Health Service - NHS (service de la santé britannique), le taux d'avortements a augmenté de 4% en Ecosse, atteignant 13 703 en 2007, pour 13 081 en 2006 et 12 603 en 2005. Ces chiffres correspondent à un sommet jamais atteint depuis sa légalisation en 1967.
Ces chiffres démontrent que la promotion de la pilule du lendemain n'entraîne pas une diminution du nombre d'avortements. Au contraire, on constate une hausse du nombre d'avortements et du nombre de femmes qui avortent plusieurs fois : 26,3% des femmes qui ont avorté en Écosse l'an dernier avaient déjà avorté au moins une fois auparavant. Comme le rappelle Genetique.org, « plusieurs études menées en Europe, en Chine et aux Etats-Unis avaient déjà démontré qu'une plus large distribution de la pilule du lendemain ne réduisait pas le nombre d'avortements » (28 mai).
Turquie : la France gênée par sa présidence européenne
■ Face à la candidature turque, la France est toujours isolée. Elle est désormais gênée par sa future Présidence. Comment peut-elle en tirer le meilleur parti ? Un incident vient d’illustrer la difficulté française à tenir son cap. À la veille du conseil d'association entre l'Union européenne et la Turquie qui s’est tenu le 27 mai, la France avait prévu de supprimer des documents préparatoires la référence à l'adhésion de la Turquie à l’Europe. Le ministre turc des Affaires étrangères, Ali Babacan, menaçait de boycotter la réunion ; finalement la France a cédé.
Le secrétaire d'État français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a justifié cet alignement au motif que la présidence française de l'UE, au second semestre de 2008, oblige la France à une attitude « impartiale, équitable et équilibrée ». Pour autant, a-t-il ajouté, « la position de fond de la France n'a pas changé : Nicolas Sarkozy maintient que la Turquie n'a “pas sa place en Europe” et qu'il s'opposera à l'ouverture de chapitres de la négociation entamée en 2005 qui mènent à l'adhésion, comme l'Union économique et monétaire. »
Paris est donc d'accord pour poursuivre les pourparlers sur des dossiers qui pourraient faire de la Turquie un partenaire privilégié de l'UE, mais pas un membre à part entière. En conséquence, l’ouverture de certains chapitres reste bloquée. Pour Ali Babacan, « cela a un impact négatif sur l'enthousiasme de la population turque envers les réformes et l'adhésion… Nous ne pouvons avancer pleinement dans les réformes que si nous avons l'objectif de l'adhésion pleine et entière. »
L’isolement de la France est une difficulté, et paradoxalement, sa prochaine Présidence de l’Europe ne lui facilite pas les choses. La plupart des pays européens et la Commission appuient Ankara. Tous partagent la conviction du commissaire à l'Elargissement, Olli Rehn : « Un jour tous les critères de l'adhésion pourront être remplis. » Face à ce front commun, la Paris se trouve dans une situation ambivalente et délicate à gérer : d'une part, le pays qui exerce la présidence peut mettre à l'ordre du jour les questions qui l’intéressent et chercher le compromis en sa faveur, mais d'autre part, il ne peut pas se mettre en situation de blocage sur une question où il figure parmi les opposants. La présidence est d'abord là pour faire émerger un compromis.
Durant sa présidence, la France ne pourra donc compter sur aucun de ses partenaires pour défendre à sa place sa position négative. La Turquie le sait ; elle fait monter la pression et cherche à tirer parti de la présidence française pour faire franchir aux négociations d'adhésion un point de non-retour.
Ce ne sera pas la première fois qu’une présidence peut nous être défavorable. Les présidences françaises, notamment sous Jacques Chirac se sont terminées par des compromis qui nous ont été souvent néfastes, par exemple, la conclusion du Traité de Nice. Loin d'être un retour actif sur la scène européenne, la présidence française risque plutôt d'être un chemin de croix à cause des négociations avec la Turquie. Comment Paris va-t-il arbitrer entre les différents pôles de ses positions européennes ? Question ouverte. La réponse dépendra pour beaucoup de l'aptitude de Nicolas Sarkozy à résister aux tensions. À moins que des circonstances externes ne nous retirent cette épine du pied en faisant capoter les négociations ; mais par définition, il est hasardeux de compter sur le… hasard.
ÉGLISE
Encyclique sociale : les raisons d’un retard
■ Annoncée pour le printemps, la troisième encyclique ne sera sans doute publiée qu’à l’automne, voire plus tard. Pourquoi ce report ? Explications du cardinal Tarcisio Bertone à l’agence Apcom. Le pape ne « veut pas répéter des lieux communs de la doctrine sociale de l'Église mais veut apporter quelques éléments originaux, conformément aux défis de l'époque » explique le cardinal secrétaire d’État, qui évoque la globalisation, la crise alimentaire, les changements climatiques. Cette encyclique, qui « donne beaucoup de travail » devra largemen,t diffusée (d’où également les problèmes de traduction), mais aussi se « traduire par des attitudes concrètes ».
Quant au titre de l’encyclique, Caritas in Veritate, celui-ci reste une « hypothèse » : « Pour l'instant c'est une hypothèse. Je ne veux pas dire que le titre sera sûrement celui-là, probablement oui et pour l'instant cette idée persiste, mais ensuite une autre inspiration peut venir ».
Le bruit courait que les raisons du retard de la future encyclique venaient des difficultés de traduction notamment en… chinois. Implicitement, le cardinal suggère que le vrai problème est ailleurs, et pas seulement à cause de tiraillements internes entre sensibilités rivales. Le pape n’ignore rien de celles-ci, et il a montré qu’en homme de dialogue, il savait dépasser les clivages en se situant au bon niveau, sans céder à aucune pression. Quand le cardinal dit que Benoît XVI ne veut pas « répéter des généralités » mais apporter des « éléments originaux » en réponse aux grandes questions d'actualité, cela peut signifier que sur ces questions qui l'intéressent vraiment, et sur lesquelles il semble avoir des idées assez peu conservatrices, le pape est en train de défricher un terrain nouveau que la doctrine sociale de l’Église n'avait jusqu'à présent guère traité au fond.
Le monde a évidemment besoin d'être éclairé sur un ensemble de questions nouvelles, et l’Église a toujours su les affronter (res novae), mais à son rythme. Comme les réponses sont à inventer, certes à partir du substrat traditionnel de la doctrine sociale de l’Église et que la parole de l'Église ne peut pas être prononcée à la légère et doit revêtir une portée universelle, il faut évidement du temps et de nombreuses consultations pour la formuler.
L’encyclique pourrait être plus fondamentale qu’on ne l’avait d’abord imaginé. Benoît XVI est peut-être entrain de préparer, une nouvelle encyclique Rerum novarum. L’encyclique de Léon XIII fut, en son temps, novatrice et provocatrice avant de devenir la référence de tous les textes suivants. À l’époque, elle avait « changé la donne » et sorti la grande masse des fidèles, du clergé et des évêques, aussi bien des références rurales de l’Ancien Régime et de l’esprit bourgeois conservateur du XIXe siècle. Le pape, dans la ligne de la purification de la foi et de la raison qu’il a entrepris, souhaite probablement que l’Église abandonne les séquelles de l’imprégnation culturelle des grandes idéologies du XIXe et du XXe siècle.
Si c’est le cas, il faut s’attendre à être un peu bousculés par l’encyclique et à devoir consentir, à notre tour, à un travail important pour sa juste assimilation quand elle paraîtra.
Monde : le nombre de prêtres continue de croître
■ La nouvelle édition de l'Annuaire statistique de l'Église fournis les données relatives à la situation et aux actions qu'elle a menées entre 2000 et 2006 dans les différentes régions du monde. Selon l’agence de presse du Vatican (VIS), la présence des catholiques est stable, autour de 17,3% de la population globale. Bien que l'Europe représente 25% de la communauté mondiale, sa croissance est inférieure à 1%. En Amérique et Océanie le nombre des baptisés croît moins que la population (9,4 et 7,6%). L'Asie a été stable en 2006 tandis que l'Afrique a enregistré une croissance double par rapport aux pays asiatiques. Le nombre des baptisés est passé de 130 millions en 2000 à 158,3 millions en 2006.
En sept ans également, le nombre des évêques est passé de 4.541 à 4.898 (plus 7,86%). Le clergé diocésain et religieux s'est légèrement accru (augmentation mondiale de 0,51), passant de 405.178 à 407.262. En Afrique et en Asie il croît de 23.24% et 17,71%. L'Amérique est stable, tandis que l'Europe et l'Océanie baissent de 5,75% et 4,37%. Le nombre des prêtres séculiers gagne 2%, passant de 265.781 à 271.091, tandis que les religieux continuent de décroître. Ils étaient 136.000 en 2006 (- 2,31%). Le clergé européen diminue encore. En 2000 il est à 51% du total, et à 48% en 2006. L'Asie et les Amériques représentaient en 2006 21% des prêtres contre 17,5% sept ans plus tard. L'Amérique représente environ 30% du total et l'Océanie un peu plus d'1%.
Les religieux non prêtres étaient 55.057 pour aujourd'hui 55.107. En Europe on enregistre une forte diminution (- 12,01%) ainsi qu'en Océanie (- 16.83%), tandis que l'Amérique est stable et que l'Asie augmente de 30,63% et l'Afrique de 8,13%. Les religieuses sont pratiquement le double des prêtres et quatorze fois plus que les religieux, dont le nombre diminue, passant de 800.000 en 2000 à 750.000 en 2006: 42% sont en Europe, 28,03 en Amérique, 20% en Asie. Les religieuses augmentent dans les continents dynamiques comme l'Afrique (+ 15,45%) et l'Asie (+ 12,78%).
L'annuaire enregistre aussi l'évolution du nombre d'étudiants et de séminaristes, diocésains comme religieux. Leur nombre global a augmenté de 110.583 à plus de 115.000 (+ 4,43%) en sept ans. En revanche, alors qu'en Afrique et en Asie les candidats au sacerdoce sont plus nombreux, l'Europe subit un recul de 16%.
Italie : une génération s’en va
■ Dépit ou provocation ? Le cardinal Martini, 81 ans, ancien archevêque de Milan, vient de publier un livre d’entretiens intitulé Conversations nocturnes à Jérusalem. Ce jésuite, exégète brillant, a longtemps été considéré comme le chef de file de l’aile « marchante » de l’Église. Le Monde du 21 mai présente l’ouvrage du cardinal comme son « testament spirituel ». L’essai est en fait une critique un peu surannée des positions traditionnelles de l’Église de Rome.
Le cardinal demande aux autorités catholiques d’avoir « le courage de se réformer ». Il conteste l’enseignement du Magistère sur la sexualité, propose l’ordination d’hommes mariés et le diaconat pour les femmes. « J'ai rêvé, écrit-il, d'une Église pauvre et humble qui ne dépende pas des puissances de ce monde. Une Église qui donne du courage à ceux qui se sentent petits ou pécheurs. » Mais il avoue qu’aujourd’hui, il ne peut plus que prier et « émettre quelques souhaits ».
Beaucoup de chrétiens, de prêtres, de religieux et de religieuses et même d’évêques de la génération du concile ont rêvé de cette Église. Mais l’Église doit-elle réaliser les rêves de ses fidèles ? Ne doit-on pas plutôt être à l‘écoute de l’Esprit Saint qui démasque nos erreurs, nos illusions, voire notre péché ? « La charité met sa joie dans la vérité » (I Cor 1-6). Avec tout le respect que l’on doit à un très grand cardinal et à un très grand homme d’Église, comment ne pas se demander d’où vient ce voile de tristesse ? L’heure n’est-elle pas à cette joie qui exulte aux milieux des tribulations ?
Pour un dialogue islamo-chrétien “sans naïveté”
■ La commission doctrinale des évêques de France publie une note sur le dialogue islamo-chrétien qui répond à la question : « Chrétiens et musulmans ont-ils le même Dieu ? » Citant Jean Paul II, Mgr Carré, président de la commission doctrinale, affirme que « le dialogue demande de la sympathie entre les interlocuteurs. Il exige, en même temps, une réelle clarté de l'identité de la foi chrétienne. »
Or l’incarnation du Fils, inconcevable pour l’islam, est le cœur de la foi chrétienne. Si les évêques de France ne sont nullement fermés au dialogue, et s’ils l’estiment nécessaire, il est clair que pour eux, celui-ci doit se dérouler « sans naïveté ». Une attitude qui n’a pas toujours été celle de nombreux catholiques. Un appel à la lucidité qui ne ferme pas la porte au dialogue.
Photo antoinepasquier.over-blog.com
Thierry Boutet,
Philippe de Saint-Germain,
avec François de Lacoste Lareymondie et Anne-Laure Le Borgne
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