Ah les cons !  On se souvient – non, bien sûr, pour la plupart d'entre vous, vous ne vous en souvenez pas et ce sera ici l'occasion de méditer sur ce mot ; quant aux autres, plaise à Dieu que leur appétence européiste ne les empêche pas de vouloir s'en souvenir – d'Edouard Daladier, président du Conseil, murmurant ce mot sous les vivats de la foule à son arrivée à l'aéroport du Bourget après avoir signé les accords de Munich. Et l'on voit cette photo de jeunes femmes aux bonnes joues, toutes joyeuses, employées dans un atelier de couture parisien, sablant le champagne, brandissant, quasi énamourées, les portraits des signataires et ce panonceau : Vive la paix ! [1]

Le 29 septembre 1938, Daladier, Chamberlain et Mussolini cèdent à l'Allemagne une petite portion de la Bohême-Moravie (les Sudètes) habitée par des germains de souche. Un pacte de non-agression germano-britannique est signé le 30. Rebelote le 6 décembre suivant entre la France et l'Allemagne, jour où cette dernière reconnaît expressément ses frontières à l'ouest. L'expansion allemande, croit-on, devrait s'arrêter, Hitler ayant proclamé le 26 septembre 1938 que le territoire des Sudètes était sa dernière revendication territoriale [2].

Ah ! bons lecteurs, je vous vois déjà venir dans vos futurs commentaires . Alors, mettons d'emblée les points sur les i.  Ne nous faites pas dire ce que nous n'avons pas écrit : il ne s'agit pas en l'occurrence de saisir des similitudes entre les accords de Munich de 38 et les  accords de Berlin  censés avoir sauvé la viabilité de la zone euro et ladite monnaie, ni de jouer à  qui est qui ? , mais de relever des ressemblances (non des similitudes ou des identités, manière aussi de sous-entendre qu'en l'espèce  comparaison rime presque avec raison  . En 38, la grande presse était triomphaliste : on avait sauvé la paix pour une génération au moins. Aujourd'hui, la cloche tinte d'un son aussi assuré. La figure emblématique des économistes invités sur tous les plateaux nous paraît être ce Philippe Dessertine, Saint-Just de l'euro, à l'idéalisme européiste véhément. L'opinion publique, de fait, de plus en plus consciente des méfaits concrets, pratiques des engagements européens dans sa vie quotidienne, rejette dans une large majorité cette faramineuse aide à la Grèce et l'accroissement de 15 milliards de l'endettement français qu'elle entraîne. En octobre 1938, l'IFOP (Institut français d'opinion publique) consacre son premier sondage à la réception des accords de Munich : 37% des Français les rejettent, 57% les approuvent, ce qui est finalement peu, surtout en regard des 18% des députés désapprouvant ces accords [3]. Aujourd'hui, c'est l'Allemagne qui cède – ou qui fait semblant de céder – face aux diktats de... .. l'opinion commune dominante de ceux que Chevènement appelle les élites mondialisées et qui ne s'analyse en dernière instance, comme l'a remarquablement démontré Roland Hureaux [4], qu'à l'égal d'une idéologie.

Jean-François Revel avait raison de souligner que Lénine avait eu tort de lancer les faits sont têtus. Devant un esprit englué dans son idéologie,- dans la logique d'une idée (Hanna Arendt), une seule, et une idée devenue folle : hors de l'Europe, point de salut ! – les faits n'existent plus ; ils abdiquent. Ou en font mine. Un temps. Puis, la nature qui, lorsqu'elle se confond et avec la Culture et avec la Loi naturelle, n'apprécie pas trop d'être à la longue exagérément contrariée, se revanche. Allez ! Vous me direz que tout cela n'est pas trop tragique, qu'on ne discerne au lointain ni guerre, ni mort d'homme. Quoique.

 

H. de C.

 

 

[1] sous le direction de Jacques Marseille, Journal de France de 1900 à nos jours, Larousse.

[2] Werner Hilgemann, Hermann Kinder, Atlas historique, Perrin.

[3] Voir s.d. de René Reymond, Le siècle dernier (1918-2002) (tome 6), Fayard.

[4]Les hauteurs béantes de l'Europe, F.-X. de Guibert.

 

 

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