En 2006, l'Église de France avait manifesté ses doutes et, plus clairement chez certains évêques et de nombreux laïcs, son opposition au Téléthon, notamment pour son refus du fléchage des dons. Depuis, les autorités ecclésiastiques sont étrangement silencieuses, mais les laïcs parlent toujours [1] : le problème est-il réglé ? Non, affirme Pierre-Olivier Arduin, le directeur de la commission bioéthique du diocèse de Fréjus-Toulon, à l'origine de la rébellion catholique contre l'instrumentalisation des embryons menée par les chercheurs financés par le Téléthon.

Dans un entretien à Var Matin, Pierre-Olivier Arduin revient sur les questions morales posées par la recherche sur les embryons, et l'opposition catholique : Oui, l'Eglise de France réprouve qu'une partie des dons récoltés finance certaines recherches sur l'embryon humain.

Explication : Comme l'a rappelé le Comité national d'éthique, la plus haute autorité morale de notre pays, l'embryon humain appartient, dès la fécondation, à l'ordre de la personne et non de la chose ou de l'animal. Nous avons tous été un embryon. En défendant son statut, l'Eglise fait appel à la conscience de chacun et rappelle les principes de dignité et d'inviolabilité de la vie humaine.

Pierre-Olivier Arduin précise que l'évêque du diocèse, Mgr Rey, ne donne pas de consigne aux catholiques, mais qu'il fait appel à la conscience de chacun : Nous sommes désolés que l'Association française contre les myopathies (AFM) campe sur des positions dogmatiques, alors que 54 % des Français auraient souhaité que soit mis en oeuvre un système de fléchage des dons pour être assurés que leur argent n'aille pas à la destruction programmée d'embryons et à leur tri sélectif.  

S'opposer à une dynamique aussi généreuse comme le Téléthon n'est pas facile :

Contester les dérives actuelles du Téléthon est un crève-coeur quand on sait la somme de générosité qui anime les initiatives dans notre département. Mais paradoxalement, on peut dire que l'Eglise défend le Téléthon en voulant sauvegarder son intuition originelle. Nous sommes pour la science et nous faisons confiance aux scientifiques. Tous les résultats actuels montrent que c'est en respectant l'éthique qu'on progresse médicalement.

[1] Cf. l'article de Tugdual Derville dans la précédente édition de Décryptage, La force tranquille de l'objection de conscience (Liberté politique.com, 28 novembre 2008).

>>> Retour au sommaire