Comment réagir face à l'attaque du visage du pape ? En parler, contribuer au buzz et à la publicité ou ne pas en parler, là est la question ! Se taire, se mettre en colère ? Ou laisser ceux qui ont un mandat pour parler ? Se taire et ainsi remettre l'épée au fourreau, tendre l'autre joue ? Le scandale de la publicité militante de Benetton, publicité à thème dont on sait pertinemment qu'elle ne fonctionne jamais, divise sur la posture à prendre.
Première réflexion en forme de constat d'évidence : sur un plan publicitaire, elle est très mauvaise. Où est l'originalité quand une simple image détournée, blague de blog de potaches, n'est que la déclinaison d'une vieille publicité qui a déjà conduit au boycott de la marque ? Si l'on voulait choquer, c'est gagné, mais si l'on voulait vendre des pulls et des pantalons, c'est raté. Le boycott de la marque est inévitable. Abject lâche Christophe Geffroy, sur Radio Notre-Dame dans l'émission Le Grand Débat reprenant d'ailleurs l'adjectif que Mgr Centène avait employé pour la récente affaire Castellucci. Intéressant !Une chose est sûre : la crise de l'invention artistique en publicité est criante et s'inscrit dans le phénomène plus vaste des métamorphoses de la crise iconoclaste et maintenant dans celui d'opérations subversives des valeurs sur lesquelles notre société est fondée.
Deuxième réflexion autour d'un parallèle Benetton-Castellucci possible et du malaise de la réaction : cette photo-montage est-elle aussi choquante que l'encre-excréments sur l'icône du Christ ? Admettons d'abord que ceux qui n'ont pas bien reconnu l'attaque contre le Christ dans la pièce de Roméo Castelluci ont une foi conceptuelle . Ont-ils d'ailleurs encore la foi ? Ceux qui ont la foi croient en un Dieu réel, singulier et concret et pas en une idée ni en un concept ; ceux qui ont la foi ont vraiment rencontré le Christ. Mais quand on s'attaque à Benoît XVI, sommes-nous choqués de la même façon ?
Il s'agit ici de ne pas réduire le concret à l'expérience sensible. La photo du pape est bien celle du pape, alors que l'icône n'est pas la photo du Christ. De ce fait, le sentiment dominant est qu'on s'en prend à la personne du Pape Benoit XVI, existante, bien vivante, lumineuse, qu'on peut rencontrer sensiblement, qui n'est pas conceptuelle, attentat abject , sans reconnaître que la pièce de Romeo Castelluci s'en prend aussi et directement à la personne du Christ et pas seulement à un concept. La réaction s'impose donc. Il s'agit de bien comprendre avant tout et dans toutes leurs nuances ce que sont le concret, l'abstrait, l'idée, le concept, la personne.
Si nos notions philosophiques étaient claires, notre intelligence serait la bonne terre dans laquelle s'enracinerait la foi, et nous, chrétiens, aurions moins de mal à trancher face aux attaques insidieuses et multiformes contre le Christ. Avant de jeter la pierre à Romeo Castelluci et Benetton, reposons-nous la question de notre formation philosophique et chrétienne et de l'examen de conscience à faire face aux moyens nécessaires à prendre pour rencontrer réellement la personne du Christ vrai homme et vrai Dieu et approfondir notre relation avec lui.
Hélène Bodenez
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