Les chrétiens sont la cible de violences grandissantes un peu partout au Moyen-Orient. Y ont-ils leur place dans le nouveau Moyen-Orient ?
Pour l'heure, c'est surtout en Egypte que le problème se pose. D'après James Traub dans un article traduit et publié par Slate.fr.les coptes sont dans un situation périlleuse à l'instar des chrétiens irakiens et peut-être bientôt des syriens. Selon l'auteur, les répugnants actes de violence dont ont été victimes les manifestants chrétiens coptes au Caire le 9 octobre ont choqué les Égyptiens et ont peut-être définitivement étouffé, chez les activistes de la démocratie, ce qu'il restait de foi envers le gouvernement militaire par intérim qui semble les avoir orchestrés. Mais ce n'est pas la fin d'un rêve qui sauvera la communauté copte.
La situation des chrétiens en Egypte est particulièrement précaire depuis longtemps. Depuis plusieurs années, ils sont la cible d'agressions de plus en plus violentes. La plus marquante, qui révéla à ceux qui l'ignoraient encore les dangers auxquels sont exposés les chrétiens d'Orient, a eu lieu le premier janvier dernier. Vingt-et-un coptes ont alors été tués à la sortie de la messe de l'église de Tous-les-Saints d'Alexandrie, aujourd'hui centre du salafisme, mouvement fondamentaliste et djiadiste de l'islam.
Cette situation n'a hélas plus rien d'exceptionnel en Orient. À l'image de la montée de l'intolérance qui chassa de grands nombres de juifs d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient dans les années 1950 et 1960, les chrétiens, dernière grande minorité de la région, commencent à ressentir un malaise , témoigne Traub. En Syrie, le danger que représente la prise du pouvoir par une majorité sunnite a conduit les minorités chrétiennes (comme les Druzes et les kurdes) à prendre position pour Bachar al-Assad malgré la précarité de leur situation présente. De même l'auteur rappelle que La violence dirigée contre les coptes en Égypte est loin d'atteindre l'ampleur des pogroms antichrétiens d'Irak.
Pourtant, c'est la montée en puissance de cette violence qui inquiète aujourd'hui. Une violence perpétrée au départ par des minorités souvent confessionnelles. En 2010, à Nag Hammadi, le meurtre de neuf fidèles à la sortie de la messe de minuit, suivi de nombreux incidents, ne présageait rien de bon. La révolution a cependant calmé le jeu et détourné, pour un temps seulement, les esprits et les médias de ces violences. Mieux, on a pu voir des musulmans et des chrétiens prier ensemble place Tahrir. Jean-Pierre Filiu, diplomate français et auteur de La révolution arabe, avance que les protestations populaires ont fait naître une solidarité sans précédent entre musulmans et coptes. Mais les actes de violence ont continué avec l'incendie criminel d'une église en mars, un violent affrontement entre groupes de manifestants qui a fait 12 morts, puis une nouvelle explosion de violence dans une église du quartier d'Imbaba au Caire, faisant de nouveau 12 morts note Traub.
Pour réagir, les coptes ont organisé une manifestation le 9 octobre pour protester contre l'incapacité du gouvernement militaire à réagir face à ces incidents. Le gouvernement militaire réprime cette manifestation dans la violence et fera 24 morts, tous coptes ! Selon l'auteur, La violence en elle-même n'était probablement pas sectaire (...) les brutes mercenaires et les forces de sécurité qui ont attaqué la foule n'avaient pour objectif que la répression brutale des manifestants, pas un meurtre communautaire ciblé. . Qu'importe, la télévision en a fait une affaire de communauté en appelant les Égyptiens honorables à défendre les soldats contre les émeutes chrétiennes. Le gouvernement militaire de tradition sectaire a ainsi pris position contre les chrétiens.
Il faut cependant noter qu'il n'a pas été suivi dans cette voie par les égyptiens à l'origine de la révolution. Des réformateurs politiques comme Ayman Nour ont reproché à l'armée d'avoir fait couler le sang de nos frères révèle Traub. Même les frères musulmans ne sont pas rentrés dans ce jeu d'opposition confessionnelle bien qu'ils n'en aient pas été loin. Ils semblaient en effet rejeter la faute sur les coptes en déclarant Tous les Égyptiens ont des griefs et des demandes légitimes, et pas seulement nos frères chrétiens. Et ce n'est certainement pas le bon moment pour les revendiquer.
Même s'il existe encore une force politique dans le pays qui s'oppose au communautarisme sectaire, ces événements sont d'autant plus inquiétants que l'armée qui mène le jeu en Egypte depuis le début de la révolution ne semble pas prête à protéger si peu que ce soit la minorité chrétienne.
Source : Slate.fr
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