A l'occasion de Pâques, le Figaro a publié un sondage sur le thème religion et politique . En marge de ceux proposés par le quotidien, ce marronnier suggère quelques commentaires, succincts en raison du petit nombre et de la banalité des questions.
1/ Remarque préalable, importante sur le plan méthodologique : la notion de catholique pratiquant telle qu'elle apparait dans ce sondage repose sur une auto-déclaration et se définit par clivage avec les non-pratiquants : le concept est donc flou et englobe les pratiquants occasionnels dont on sait qu'ils sont trois fois plus nombreux que les pratiquants réguliers au sens où l'Eglise les entend. Il convient donc de mettre en garde les lecteurs contre le risque de contresens que véhicule cette catégorie ainsi définie pour les besoins de la statistique plus pour se conformer à la réalité...
2/ La première courbe, la plus intéressante, permet de faire cinq constats :
- Les catholiques non pratiquants ne diffèrent pas significativement de l'ensemble des français : on le savait déjà.
- C'est chez les catholiques pratiquants que Nicolas Sarkozy reste le plus populaire ; avec une avance confortable par rapport à l'ensemble des Français, de 10 à 23 points selon la période, et en moyenne de 15 à 20 points ;
- Cette popularité chez les catholiques pratiquants suit une courbe assez régulièrement descendante, parallèle à celle de l'ensemble des français, même si, en cours de route, les points d'inflexion ne coïncident pas toujours ;
- Le seul sursaut, commun à tous les segments, correspond à la période fin 2008/début 2009, c'est-à-dire au plus fort de la crise financière ;
- Par contre, la corrélation avec tel ou tel autre évènement ne se lit pas directement, même si on peut avoir l'impression que les débats sur l'identité nationale ou la sécurité ont eu un effet temporairement positif ;
- Contrairement à ce que d'aucuns ont dit, on ne voit pas d'effet Roms à l'été 2010, ce qui peut signifier que, au sein de la catégorie trop large des catholiques pratiquants la question n'a pas été discriminante, et qu'elle n'a touché en réalité qu'un cercle étroit de militants.
Ce dernier aspect pourrait signifier que l'évolution profonde des catholiques pratiquants est davantage conditionnée par le climat général que par des faits particuliers ; encore faut-il s'exprimer avec prudence en raison du caractère finalement insatisfaisant de cette catégorie telle que la statistique l'appréhende.
3/ La deuxième courbe concernant les musulmans dit la même chose, mais en direction opposée ; ce qui relève de l'évidence dans la mesure où il y a une égalité quasi absolue entre musulman et immigré (ou d'origine immigrée).
4/ Les deux faits identifiés en 2° partie (le divorce présidentiel et le discours sur les racines chrétiennes) ne sont pas de même ordre ; ils ne peuvent donc pas aboutir à des résultats convergents :
- Le premier, relatif au divorce présidentiel, renvoie chacun à son propre comportement ; or la catégorie des pratiquants , encore une fois, est trop lâche pour être discriminante sur ce point comme sur bien d'autres alors que son comportement en la matière est très vraisemblablement proche de celle de la moyenne des français ;
- Le second est plus intéressant, même sous ses deux volets (racines chrétiennes/rôle civilisateur) : dans les deux cas, ce sont les catholiques pratiquants qui réagissent le plus positivement et de loin, avec 10 points de mieux que les non pratiquants (qui donc s'en fichent plus ou moins) et 20 à 30 points de mieux que les autres religions ou les sans religion (très proches sur ce point, ce qui n'est pas étonnant même si les motifs sont différents) qui, eux, sont hostiles : un clivage toujours présent dans un pays qui reste encore fortement marqué par les luttes anticléricales.
Dans un pays où le taux de pratique ne peut que baisser vite et durablement compte tenu de ce qu'est sa sociologie, ce dernier constat doit nous inquiéter : combien de temps encore les racines chrétiennes mobiliseront-elles une majorité de la population ? Autrement dit, dans combien de temps les catholiques pratiquants, qu'ils soient épisodiques ou réguliers, se percevront-ils et vivront-ils comme minorité ?
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