Je suis camerounaise et je réside en France tout en travaillant au Cameroun en tant que chef de projets eau potable . Je pense que les propos du pape Benoît XVI ont besoin d'un complément d'explication.

Ces propos doivent être compris par rapport au contexte local de grande pauvreté certes, mais aussi d'absence d'intégration de l'horreur du microbe par une partie encore importante des populations, tant dans les villages que dans les villes. Aujourd'hui, la majorité des familles font un repas par jour. Et quel que soit le prix du préservatif, il reste une charge supplémentaire souvent sacrifiée au profit d'une autre urgence vitale : le repas. On préfère acheter un beignet à 25 francs CFA que le préservatif.
Dans ce sens, il existe bel et bien des personnes qui utilisent deux fois le préservatif, après l'avoir lavé à l'eau simple. Une jeune fille me disait un jour toute confuse : Parfois on ne sait pas si c'est vraiment efficace. On ne sait pas si le préservatif a déjà été utilisé. Ce sont là des choses trop intimes dont on ne parle pas, tant c'est énorme. Si je n'avais pas entendu moi-même ces propos au village, je ne les aurais pas crus.
Les propos du pape trouvent leur juste compréhension dans ce contexte-là et non dans le contexte général de l'usage ou non d'un préservatif. On ne doit pas se le cacher. Pour une partie encore importante des populations africaines, il est difficile d'honorer les charges économiques liées aux habitus sexuels. Tant pour la pillule que pour le préservatif. C'est vraiment là que le lieu d'une très grande vulnérabilité. Alors faut-il parler d'une polémique de trop ? Cela en a tout l'air.
De peur d'ajouter le drame au drame, tous les partenaires défenseurs de la vie devraient composer avec cela au lieu de chercher un bouc émissaire là où il n'y en a pas.
Joséphine Zibi

 

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