ITM/AFSP

Alors que l’objection de conscience fût « attaquée » lors de l’affaire du Concordat slovaque (2000-2005) et du rapport Mc Cafferty au Conseil de l’Europe en octobre 2010, celle-ci revêt un caractère éminemment important au niveau européen. Dans cette perspective, sous le patronage du député européen slovaque Anna Zaborska, l’Association pour la Fondation de Service politique (AFSP) et l’Institut Thomas More ont co-organisé une conférence sur l’objection de conscience dans l’enceinte du Parlement européen à Bruxelles le lundi 5 décembre 2011. A cette occasion, François de Lacoste Lareymondie, vice-président de l’AFSP, auteur de Je refuse ! L’objection de conscience, ultime résistance au mal, et Daniel van Steenberghe, docteur en médecine, professeur émérite de l’Université Catholique de Louvain (KUL) où il a enseigné l’éthique médicale, membre de l’Institut Thomas More, se sont exprimés sur le sujet. L’assemblée, composée d’une centaine de personnes, était très intéressée et réactive.

« Retrouver les racines éthiques de la démocratie »

Pour définir ce qu’est la conscience, François de Lacoste Lareymondie puise aux sources de la philosophie. Comment savoir quel est le bien à faire et quel est le mal à éviter ? Comment dois-je conduire mon action concrètement ? Le principal souci de l’Homme est en effet de rechercher le bien et la vérité en acceptant d’éclairer son jugement. Seule la conscience est capable de nous apporter la lumière. On ne doit pas aggraver le mal, on ne doit pas juger la conscience d’autrui car elle est un absolu et on doit en accepter les inconvénients. Nous sommes engagés en conscience pour les actes qui sont les nôtres. En tous les cas, on ne doit pas renoncer à la définition universelle du Bien. Le réalisme doit être recherché avec sagesse et prudence comme lors du procès de Nüremberg au lendemain de la seconde guerre mondiale. C’est ainsi que la « reconnaissance de la dignité inhérente à l’Homme » a été le principe retenu. Le problème auquel les dirigeants et juristes européens sont confrontés est le suivant : comment appréhender l’objection de conscience d’un point de vue légal et comment évaluer la conscience ? Il est nécessaire de s’interroger sur l’existence d’un droit à l’objection de conscience car c’est là que se joue l’enjeu de l’Europe qui « doit retrouver les racines éthiques de la démocratie ». Quant François de Lacoste Lareymondie parle des racines éthiques de la démocratie, il parle d’éthique universelle qui n’est autre que la Loi naturelle. Il appelle donc les dirigeants européens à faire « comme si Dieu existait », à reconnaître les racines chrétiennes de l’Europe et à toujours rechercher ce qui conduit à l’amour du prochain. En réalité, c’est jean Paul II qui, dans Evangelium Vitae, est le premier à parler de droit à l’objection de conscience.

« Trouver un équilibre »

L’objection de conscience a toujours fait progresser la société. Il faut veiller à l’éducation des consciences et revaloriser les consciences en leur donnant un cadre de référence comme des textes de base. Pour Daniel van Steenberghe, le fil conducteur de l’objection de conscience est l’ordre et la discipline. L’essentiel est de « trouver un équilibre entre une possible objection de conscience et le chaos d’une société », c’est pourquoi il est nécessaire de baliser la réflexion. Il n’y a pas d’arbitraire individuel. L’objection de conscience doit faire référence à des principes universels qui puissent être acceptés par toutes les franges de la société. Le bien est très difficilement définissable. Nous avons besoin d’un cadre de référence. Grâce à ce cadre, l’individu pourra tester sa conscience. Il devra distinguer trois niveaux : l’éthique comme philosophie de principe, la morale qui définit le comportement approprié à avoir en société et la déontologie dont les règles sont dérivées d’une morale pouvant se référer à un groupe. Malheureusement, la conscience recule à vue d’œil, et particulièrement en ce qui concerne l’objection de conscience médicale en raison de la complexité de la réflexion. Il est en effet extrêmement difficile d’obtenir un consensus sur cette question constate le Professeur. Certes, mais voici une raison supplémentaire pour creuser la question. Une difficulté qui justifie pleinement les travaux de l’Association pour la Fondation de Service politique et de l’Institut Thomas More.