L'AFP rapporte qu'en France  le nombre des pharmaciens a reculé pour la première fois en 2010, selon le recensement annuel de l'Ordre national des pharmaciens , publié le 31 mai 2011.

Les effectifs de pharmaciens inscrits à l'Ordre ont atteint l'effectif de 73 259 professionnels en 2010, soit 73 de moins que l'année précédente. Bien que cette baisse de 0,1% ne soit  guère significative , il reste qu' un symbole est atteint : la croissance globale des effectifs de pharmaciens marque un point d'arrêt pour la première fois , écrit l'Ordre. Le repli est  plus marqué chez les pharmaciens libéraux titulaires d'officine (-0,77%)  ou de laboratoires de biologie médicale (-1,3%).  Et même l' augmentation du numerus clausus annuel de 2004 (de 2250 en 2003, il est passé à 2400 en 2004, soit 150 places supplémentaires dont les diplômes devaient être effectifs en 2010) ne parvient pas à compenser les sorties du tableau de l'Ordre , dues à des départs de pharmaciens pour la retraite, mais aussi à des reconversions professionnelles.

 Plus grave encore , écrit le rapport,  on constate en 2010 une évaporation des jeunes diplômés : 20 % d'entre eux ne s'inscrivent pas à l'Ordre à l'issue de l'obtention de leur diplôme en choisissant probablement d'autres professions connexes ou d'autres voies (environnement, cosmétologie, agro-alimentaire...).  Ce constat tend à souligner que la jeune génération  remet en cause l'attractivité de la profession , ce qui conduit Isabelle Adenot, Président du Conseil national de l'ordre des pharmaciens, à alerter ses condisciples :  face au défi démographique qui attend la profession, il faut plus que jamais raisonner avec d'autres paradigmes pour accueillir les jeunes. La profession a besoin de sa jeunesse. 

Sans préjuger d'une étude plus précise sur la question, permettons-nous d'évoquer comme cause vraisemblable à ce défaut de motivation de la jeunesse le soupçon diffus présent dans l'opinion à l'encontre de l'industrie pharmaceutique, soupçonnée d'être bien plus engagée dans des logiques de profit massif, non dénuées de manœuvres occultes, qu'à la recherche du service de la santé et du bien commun. S'il ne fallait qu'un exemple, la récente affaire des protections dont a bénéficié le médicament Médiator l'a illustré.

Il n'est pas inutile de rappeler enfin que la profession de pharmacien en officine est aujourd'hui privée de son droit à l'exercice de l'objection de conscience, notamment dans la collaboration formelle avec la mise en vente de produits objectivement contraceptifs ou abortifs, comme le rappelait un dossier spécial de L'Homme Nouveau du 27 février 2010.

Le Pape Benoît XVI a plusieurs fois rappelé l'impératif de ne  pas renoncer aux exigences de sa conscience au nom des lois du marché, ni au nom de certaines législations complaisantes.  La jurisprudence, pour sa part, a considéré que le monopole local d'un service public n'autorisait pas son détenteur à faire prévaloir des convictions personnelles : en assimilant les pharmaciens à des fonctionnaires distributeurs de substances médicinales autorisées, elle n'a pas forcément aidé elle non plus à valoriser la profession. Et si beaucoup de jeunes n'écoutent pas nécessairement le pape, beaucoup sont en revanche sensibles à un engagement professionnel qui ait du sens, et ne soit pas uniquement conditionné par le matérialisme ou la quête pure et simple de la rentabilité. Si des éléments de motivation sont à chercher quelque part, c'est peut-être là qu'il faut creuser.