La Commission Electorale Nationale de RDC vient d’annoncer, après avoir repoussé plusieurs fois les résultats, la victoire de Joseph Kabila, l’homme qui dirige le pays depuis 2001, date de l’assassinat de son père Laurent-Désiré Kabila.
L’avantage qu’il possédait ces derniers jours, soit 2,5 Millions de voix, semblait décisif. Toutefois, il est évident que ces élections ont été entachées d’irrégularités multiples, et que la plus grande désorganisation a régné concernant le comptage (qui a duré 12 jours depuis le 28 Novembre !), et le scrutin lui-même[1]. Ceci laisse présager une situation explosive dans les prochains jours…
Joseph Kabila est accusé régulièrement par ses opposants de n’avoir pas fait grand-chose depuis 10 ans, sauf d’avoir « joué la montre », et laissé le pays aux mains des affairistes locaux et étrangers de tout poil. Mais si l’on y regarde d’un peu plus près, vue la situation totalement délabrée du départ, tout n’est pas si mal. Alors que les accords de Pretoria de décembre 2002, consécutifs aux accords de cessez-le-feu de Lusaka de 99 prévoyaient un gouvernement de transition incluant, comme vice-Présidents - incroyable folie -, tous ses adversaires politiques à l’exception de l’éternel opposant Etienne Tshisekedi, Joseph Kabila a réussi progressivement à se débarrasser d’eux, d’abord du plus dangereux, le sulfureux Jean-Pierre Bemba, puis de Tshisekedi lui-même, lors de la présente élection. Il aura ensuite, certainement, les mains plus libres pour agir.
On peut se demander comment la communauté internationale a pu imposer à ce géant, très affaibli et grand comme toute l’Europe, des conditions de reconstruction aussi irréalistes, uniquement propres à y maintenir l’impuissance. On sera moins étonné lorsqu’on saura que ce sont pendant ces périodes d’instabilités fortes que les grands groupes internationaux, miniers et pétroliers, sont les plus actifs [2]. Parmi les puissances extérieures, publiques et privées, dont il dépendait très largement, qui avait intérêt à le rendre fort ? Quoi qu’il en soit, il semble bien que Joseph Kabila va réussir, une fois de plus, à surnager et même à prendre le dessus. Manquant de la force que l’on n’a pas voulu lui donner, il est à souhaiter qu’il parvienne, par la longévité, à reconstruire peu à peu l’unité et un peu de prospérité. C’est à notre avis, tout son pari. En attendant, que de morts [3] dans ce conflit qui n’est pas encore terminé, et que de souffrances pour la courageuse population zaïroise !
François Martin
[1] Cf http://www.lefigaro.fr/international/2011/11/23/01003-20111123ARTFIG00789-inquietudes-sur-l-organisation-des-elections-en-rdc.php, et http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20111208124414/elections-joseph-kabila-kinshasa-presidentiellepresidentielle-en-rdc-joseph-kabila-n-aurait-pas-remporte-ces-elections-sans-les-fraudes.html
[2] En effet : a) ces groupes ne sont pas très gênés par l’instabilité, puisqu’ils ont l’habitude de travailler souvent en conditions naturelles extrêmes et en milieux politiques et humains à risques, b) ils savent parfaitement que ce sont pendant ces périodes, où les cartes sont rebattues et les gouvernements affaiblis et plus faciles à « influencer », qu’ils ont le plus de chances de négocier des concessions à long terme à des conditions intéressantes. Sait-on par exemple que les lobbies pétroliers sont particulièrement actifs en ce moment en Tunisie ? Il y a donc une collusion parfaite entre d’une part ceux qui font profession de « droit-de-l’hommisme », purs, idéalistes et inefficaces, et d’autre part les adeptes des pires pratiques commerciales… Si on y ajoute les intérêts des « parrains » du Rwanda, toujours influent dans l’est du pays (cf http://www.lefigaro.fr/international/2011/12/01/01003-20111201ARTFIG00806-kinshasa-retient-son-souffle-apres-le-vote.php, on comprendra que peu de gens souhaitaient en réalité que ce pays se redresse.
[3] On parle de 4,5 millions de morts depuis le début du conflit. La « pureté démocratique » à l’occidentale coûte cher !










La RDC est un état souverain qui s'est battu pour son indépendance. Les étrangers n'ont pas à s'immiscer dans ses affaires intérieures.
Je viens de lire votre commentaire sur le Congo. Mais pour moi, la rhétorique sur la démocratie devient un mensonge devant la réalité du soutien de ceux qui, sensés défendre les valeurs démocratiques, défendent des pouvoirs criminels et souhaitent même leur longévité au pouvoir. C'est triste. Les intérêts et les matières premières de l'Afrique ont pris place dans les cœurs et la têtes de ceux qui nous parlent de la valeur démocratie pour le développement à tel point que la vie de ces africains n'a plus de valeur. Ils peuvent mourir ou pas, c'est la même chose.On ne peut intervenir que là où ses intérêts sont en danger. Je vous demande mes chers, au nom de quelle valeur vous pouvez accepter de défendre que quelqu'un comme Kabila continue de diriger le Congo ? Vous croyez que sans la démocratie le Congo peut être développé ? Je ne crois pas. Et pourtant, lui, il est ennemi de la démocratie.Vous savez comment il a triché, il tue chaque jour, il mijote l'opposition, monopole du médias etc. La démocratie, ou le développement, c'est seulement pour les autres ? Les temps ont changé il faut que ces choses changent. Jusqu'au 21e siècle, des hommes continuent à chosifier ses semblables ? Changer aussi vos lunettes pour voir ce peuple comme tout autre peuple du monde qui a droit à une vie épanouie.
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