En voici une branche sur laquelle s’appuyer, dirait-on. Nous parlons de la branche du judaïsme (que d’aucuns qualifieraient de rameau, mais, d’autres, au contraire, de tronc) regroupant une partie des ultra-orthodoxes juifs. On a nommé les Loubavitch.
Ces derniers se fendent régulièrement d’annonces dans l’ex carnet mondain du Figaro rebaptisé il y a belle lurette « carnet du jour ». Ce jour-là, pas plus tard que vendredi dernier, donc, nous annonçait-on que « l’allumage des bougies de Chabbat avec bénédiction – deux bougies pour les femmes mariées, une bougie pour les jeunes filles – se fera ce vendredi 6 janvier avant 16h51 (horaire pour l’Île-de-France. » Voilà qui est dit, et clairement dit. Il n’existe au sujet de la femme (un sujet, pas un objet) que deux statuts, ou deux états de vie ; deux états dans la vie : celui de «jeune fille», c’est-à-dire d’adolescente vierge destinée, dès l’âge nubile atteint - puisque la fécondité est signe de grâce divine –, à mettre au monde dans le cadre approprié, et celui de femme mariée. La lettre ici ne contrevient pas à l’esprit, sans omettre de souligner que, pour tout orthodoxe qui se respecte, l’esprit d’une prescription ne peut se vivre pleinement que dans la libre soumission à la lettre. Ces sous-entendus transparents, cette stratification socio-religieuse implicite, cette sérénité dans l’aveu d’un état qui est d’abord de droit sont bien faits pour nous rassurer dans un monde qui se fait comme un devoir de brouiller (dans un premier temps) les repères, avant, dans un second temps, de prétendre les abolir légalement, le Père lové dans ledit mot, avec ses notations morales et transcendantes, étant perçu à l’origine de tous les maux.
Après nos amis les amish, de Pennsylvanie ou d’ailleurs, tout analyste critique du monde contemporain ne manquera pas d’ajouter à la liste de ses alliés ou affiliés les Loubavitch de Jérusalem, de France ou de Navarre. A condition que ces derniers, toutefois, point trop n’en fassent.
Hubert de Champris
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A titre d'information, les appellations 'femme" et "jeune fille" ne sont pas utilisées ici pour déterminer des statuts sociaux ou religieux mais uniquement parce que, dans la tradition juive, la femme mariée allume deux bougies, pour elle et son mari, tandis que, tant qu'elle est célibataire, elle n'en allume qu'une pour elle-même. L'idée est la suivante, telle qu'exprimée par les textes classiques du judaïsme : la femme a le pouvoir unique, par cet acte, d'éclairer le monde et d'y apporter la paix. Quand elle est mariée, elle le fait donc pour l'ensemble de son foyer.
Pour citer un mot fameux de Toulouse-Lautrec, "parfois le mal n'est pas dans ce que l'on voit mais dans les yeux de celui qui regarde".
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