Air Jordan 11 Retro Concords

Aux Etats-Unis, la réédition d’une paire de basket provoque des émeutes dans tout le pays. En France, les grandes enseignes se rassurent. Elles ont cette année encore engrangé des records de consommation malgré la crise. Les Restos du coeur, eux, tremblent pour l'avenir. A l'heure où Noël devient fête de la consommation, Rome s'élève encore et toujours comme un phare dans la nuit.

Faits d’hiver

Aux Etats-Unis, le 23 décembre, des milliers de consommateurs ont affronté le froid en dépit de la crise pour se rendre au rendez-vous que leur avait donné la marque de sport Nike. Ce jour-là, 150 exemplaires de la rééditon des baskets "Air Jordan 11 Retro Concords", un modèle sorti à l'origine en 1996, étaient mis en vente pour la modique somme de 180 dollars.

Jamais chaussures n’auront été autant convoitées. La folie s’est littéralement emparée des américains et de nombreuses émeutes ont été signalées dans plusieurs Etats. Les files se sont constituées tôt dans la nuit. Longtemps avant l’ouverture des magazins, la plupart des rassemblements ont dégénéré. Dans ces mouvements de folie, plusieurs policiers ont été blessés. Un homme a fait usage de son arme en Californie tandis qu’une mère de famille a sciemment laissé ses deux enfants à l’arrière de sa voiture, dans un parking, pour faire la queue au milieu de la nuit.

Un porte-parole de Nike, Brian Facchini, a déploré ces violences dans un communiqué envoyé à l'AFP. Il assure que « la sécurité des consommateurs est d'une importance primordiale. » « Nous demandons à toutes les personnes désireuses d'acheter notre produit de le faire de façon respecteuse et sûre », a-t-il ajouté.

Le miracle consumériste de Noël

Mais la folie commerciale n’est pas à déplorer que chez le voisin. Alors qu’on pouvait s’attendre à ce que le contexte de crise invite les Français à faire plus attention à leurs dépenses et à éviter le gaspillage (comme c’est la cas chez nos voisins italiens), les distributeurs ont été rassurés. Les Français ont bien consommé la semaine dernière ce qui a permis de rattraper un automne plus que décevant. Dans le secteur de l’habillement par exemple, les ventes avaient reculé de 3% en octobre et de 7% en novembre.

Les Français ont donc retrouvé le chemin des supermarchés à la veille de Noël, fête de famille oblige, ce qui a permis aux grandes surfaces d’atteindre leurs objectifs de l’année malgré tout. Signe des temps difficiles, ce sont malgré tout les produits moins chers qui ont été privilégiés.

Les restos attendent leur Père Noël

Face à cette débauche de dépenses, la voix des Restos du cœur s’élève comme un cri d’alarme. L’association créée par l’humoriste Colluche enregistre entre 5% à 8% de demandes supplémentaires depuis le début de leur 27e campagne d'hiver, le 28 novembre. Sur les trois dernières années, la hausse des demandes est estimée à 25%, notamment en raison de la hausse du chômage. 

Cette forte augmentation de la demande implique également un hausse des coûts. En 2010, les Restos du Coeur avaient servi 109 millions de repas à 860.000 bénéficiaires, pour environ un euro le repas. Cette année, ils estiment qu’il leur manque 5 millions d’euros. « Si nous n'avons pas cinq millions d'euros d'aides supplémentaires, nous pouvons craindre d'avoir des difficultés aux alentours du printemps », a expliqué mardi sur i-télé Olivier Berthe, président de l'association d'aide aux plus démunis. 

La prière du Saint-Père

Encore une fois, le Saint-père a démontré à quel point le regard aiguisé qu’il porte sur notre société est juste. La supplique de Benoît XVI la nuit de Noël était parfaitement adaptée : « Prions le Seigneur de nous aider à traverser du regard les façades étincelantes de ce temps pour trouver derrière elles l’enfant dans l’étable de Bethléem (...) Noël est devenu une fête commerciale, dont les scintillements éblouissants cachent le mystère de l’humilité de Dieu. » Il a en outre demandé aux catholiques de prier pour qu'« apparaisse un rayon de la bonté de Dieu à tous ceux qui doivent vivre Noël dans la pauvreté, dans la souffrance, dans la condition de migrants ».

 

Antoine Besson