Qui va juger Seïf al-Islam Kadhafi ? Le rescapé des « politiques » de la famille (son père et son frère Mouatassim ont été liquidés juste après leur capture, ses deux autres frères, l’affairiste et le footballeur, sont réfugiés en Algérie et au Niger) est tombé entre les mains d’une tribu du Sud-Libyen, à Zenten. Celle-ci a fait monter les enchères pour le livrer, on ne sait quand, au Conseil national de transition (CNT). Résultat, le CNT vient de nommer le chef militaire de Zenten, Oussama Jouili, au poste de ministre de la Défense. Depuis la chute de Kadhafi, les guerriers de Zenten et de Misrata réclamaient à cor et à cri une participation au pouvoir confisqué selon eux par l’homme fort de Tripoli, Abdelhakim Belhadj, ci-devant « commandant du conseil militaire de Tripoli ». Le voici confronté au nouveau ministre de la Défense chargé de jeter les bases de la future armée libyenne et de mettre au pas les tribus, tâche herculéenne autant que périlleuse.
Sans attendre la fin du bras-de-fer entre les geôliers de l’héritier du dictateur et Tripoli, la Cour pénale internationale de La Haye (CPI) vient de jeter l’éponge en l’abandonnant à la justice (embryonnaire pour ne pas dire sommaire) du CNT libyen (présidé, rappelons-le, par Moustapha Abdejlalil, l’ancien ministre de la justice de Kadhafi qui ratifia par deux fois la condamnation à mort des infirmières bulgares !). Cet abandon est bien regrettable. Entendre Seïf al-Islam Kadhafi, courtisé jusqu’au début de la Révolution par les Occidentaux comme successeur « à visage humain » du colonel, aurait été passionnant…et sûrement fort embarrassant pour ses anciens protecteurs, britanniques notamment. Selon le Sunday Times du 20 novembre, Seïf al-Islam avait été un généreux donateur de la prestigieuse London School of Economics (LSE), dont il était diplômé (il aurait versé 1,7 million d'euros pour financer un programme de recherche sur les relations entre « les droits de l'homme, les femmes et le développement, la société civile et la démocratie, la diversification économique » tout un programme en effet pour celui qui devait promettre des « torrents de sang » aux révolutionnaires).
Plus embarrassant encore : le rôle joué par Seïf al-islam dans les négociations avec les autorités travaillistes britanniques ayant abouti à la libération du Libyen Abdelbaset al-Megrahi, condamné pour l'attentat de Lockerbie en 1988 qui avait fait 270 morts. Le gouvernement écossais l'avait libéré en 2009 pour « raisons médicales »…Cette curieuse transaction s’inscrivait dans le processus de rapprochement entre Londres et Tripoli entrepris depuis 2003, après que le colonel avait officiellement abandonné son programme d’armes de destruction massive. On murmure pourtant que les services secrets britanniques auraient organisé la capture de Seïf al-Islam Kadhafi. Ne serait-ce pas alors qu’on aurait estimé préférable qu’il soit jugé en Libye -où la mort lui est promise- plutôt qu’à La Haye, par le CPI, auquel il souhaitait se livrer ?
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Sources : Le Figaro.fr, Rue 89, The Sunday Times









