Bernard et Monique Cottret, Jean-Jacques Rousseau, Tempus/Perrin.
Réfugié en Espagne après la dernière guerre en date, Abel Bonnard, l’ancien ministre de l’Education nationale de qui vous savez, disait mettre le citoyen de Genève au rang de grand prosateur de langue française. C’est dire que le Rousseau, homme de lettres, recueille les suffrages les plus disparates. A l’épreuve du temps, c’est, en effet, lui qui demeure, non le théoricien politique. Il y a sans doute une morale à tout cela ; elle tient en une phrase : les bons, les nobles, les tendres sentiments font le lit de l’amour et, même, contrairement à ce que pensait André Gide, de la bonne littérature. Les idées – les idées pures surtout, c’est moins leur domaine. Un autre et non moins fameux théoricien politique du siècle dernier (qui, lui, faisait moins de sentiments en effet) ne disait-il pas : il n’y a pas d’idées généreuses. Une idée est vraie ou fausse ? Les auteurs, bons spécialistes de l’histoire anglaise, auraient peut-être dû s’efforcer justement de faire moins se conjuguer les deux pans de l’œuvre. Il se peut qu’à la fin, vers sa fin, Rousseau n’ait plus guère aimé ses idées.
Hubert de Champris
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