Tous, à un degré ou à un autre, écoutaient, lisaient, surfaient, se renseignaient à l’écoute de la rumeur du monde ; beaucoup, de bonne foi, croyaient s’en faire une idée passablement exacte, en dégager un état des lieux (de la planète, du moins du pays) raisonnablement éclairé; peu à la vérité voyaient juste. Petit panorama des erreurs d’interprétation des événements de la semaine.
Les garde-fous de Karlsruhe. Ce 9 décembre, nul doute que Madame le Chancelier et ses conseillers s’en souviennent : si la cour constitutionnelle allemande n’est pas revenue sur la licéité du premier prêt à la Grèce, elle a rendu cependant ce qu’on appelle un arrêt de constitutionnalité sous réserves d’interprétation. Autrement dit, elle indique dans quelles conditions ce genre de libéralités –qu’à demi-mot, elle assimile à juste titre à des prêts non remboursables – pourrait se renouveler. Le chancelier ne peut les décider à discrétion. La commission budgétaire du Bundestag (chambre basse du Parlement allemand qui est à notre Assemblée Nationale ce que le Bundesrat, chambre haute, est à notre Sénat) doit en tout état de cause avoir le dernier mot. Même topo en ce qui concerne les velléités de mutualisation européenne des dettes nationales par l’institution d’euro-obligations. Elles s’avèrent de droit interdites en l’état, sauf à créer une Europe fédérale ou une Europe «Etat-Nation», ce qui, sans rire, réglerait tous les problèmes, sauf un : dans son fond, l’opinion publique des pays d’Europe, les penseurs de l’économie, la logique des choses et peut-être même bien le sens de l’Histoire (qui daigne parfois se manifester avant l’Histoire) n’en veulent point. Où l’on débouche sur la question fondamentale de la souveraineté nationale. Garde-fous pour garde-fous, la campagne présidentielle française permettra, on l’espère, d’ici le printemps prochain, de faire la liste des candidats qui nous enjoignent de gaillardement sauter le parapet.
Calculs très peu évangéliques. S’ils étaient un peu plus souvent de bonne foi (dans les deux sens du terme s’entend), nombre d’organes de gauche (et d’ailleurs, soyons juste), partis, médias (Libé par exemple), feraient de la titraille sur le thème : Le Saint Siège siège à gauche. C’est ainsi : jamais le magistère suprême – lequel, en l’occurrence, ne s’exprimerait pas infailliblement – ne dira un mot contre l’immigré. Bonne Nouvelle oblige. Mais, du pape au simple fidèle en passant par prélats, diacres et sous-diacres de tous pays, il y a une hiérarchie de la valeur et de la teneur des énoncés que cette même mouvance de gauche feint de prendre pour de l’hypocrisie (quand elle ne la considère pas telle dur comme fer.)
Par exemple, au sujet de l’augmentation de 7% de vos cotisations aux mutuelles de santé décidée indirectement par l’Assemblée Nationale du fait de son vote il y a trois mois, vous pourriez soutenir qu’elle vous discrimine - n’est-ce pas - par rapport à l’individu séjournant sans droit ni titre dans votre pays. Un délinquant, celui-là, mon bon Monsieur, au regard du code pénal, qui plus est, bénéficiant d’une AME (aide médicale d’Etat) couvrant à 100% ses frais de santé. Taux plein auquel le Français dit «moyen», et bénéficiant d’une santé moyenne, ne parvient qu’en souscrivant à une mutuelle, et après s’être saigné aux quatre veines. Où calcul arithmétique qui ne fait pas rire ne rime pas non plus avec parabole évangélique.
Les pizzas de Navarro. François Hollande l’embauche pour sa campagne quoique l’ancien patron de la fédération socialiste de l’Hérault soit poursuivi par son parti pour abus de bien sociaux, incidemment pour s’être régalé ou baffré (on ne sait comment il se tient à table) en pizzas à hauteur, selon RMC, de…40 000 €. Les ardoises étaient réglées par le PS. Ce parti a raison : pour nous Latins, la pizza est un bien social, pas socialiste.
Hubert de Champris
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