Pour comprendre les ressorts d’une vindicte, il ne faut pas nécessairement chercher très loin. Même si cela consiste à remonter dans le passé. En l’occurrence, celui d’Eva Joly, blonde jeune fille au pair et à nattes, débarquée, toute fraîche émoulue, de sa Norvège natale. Les rapports sociaux, au sens large et restreint du terme, n’étant en France pas du même style qu’au Septentrion, jeune auditrice de justice, elle dut comprendre assez tôt qu’il convenait de garder ses distances. La première fois, abordant avec naturel et naïveté son supérieur hiérarchique, ce dernier, un procureur de la République au demeurant aussi blâmable qu’elle, mais pour des raisons inverses, puisqu’il avait avalé un parapluie et pétait plus haut que son séant, la rembarra en lui rappelant qu’ils n’avaient pas élevé les veaux ensemble. La deuxième déconvenue provint de sa future belle-famille qui se demanda longtemps si elle pourrait un jour faire partie des leurs. Le mari eut d’ailleurs une fin triste, sans que ce ‘‘d’ailleurs’’ signifiasse un quelconque lien de causalité entre des événements s’insérant dans des registres différents.
Joly présidente
Originaire donc d’un pays où le pétrole ne saurait pas plus corrompre les hommes que les moteurs, elle poursuivit sa cure de dépaysement en se démenant comme une froide diablesse dans les mœurs dissolues d’hommes, mais aussi de femmes, pour qui l’affairisme était – est toujours – la plus élémentaire et la plus pertinente des doctrines de la finance appliquée. Inculpant avec un plaisir malin (voir plus haut) et les lèvres pincées tout ce qui tombait sous sa main (de justice) y compris celle que, chez Elf, on se plaisait à surnommer la pompiste mais qui préférait prétendre sans honte au titre de putain de la République (la bonne amie d’un ministre des affaires étrangères qu’il convenait de voir lever son veto à un marché de frégates armées), Eva Joly entreprit de poursuivre par l’action politique son entreprise d’assainissement radical des mœurs propres (si l’on peut dire) à nos latitudes. Un temps tenté de faire carrière au Modem, c’est à bon escient qu’elle s’avisa que le parti de Daniel et Gabriel Cohn-Bendit, Philippe Meirieu, Dominique Voynet et autres distinguées personnes était celui où elle pourrait le mieux donner toute sa (dé)mesure. Là-dessus, un billettiste un peu serbe et très acerbe, pince-sans-rire et sans cette tendresse que l’imitateur généralement dit ressentir envers la personne croquée parodie par écrit notre Eva. A raison, oui, celle-ci y voit un procès d’intention : un procès en illégitimité, celle d’imaginer prétendre à la présidence de la République Française («tu t’es vu quand t’as pas bu !»). Candidate à la présidence de la République, l’ancienne juge d’instruction n’est pas une pauvre vieille que l’on doit aider à traverser la rue ; elle n’est plus celle qui aurait dû depuis longtemps s’assimiler nos us pour s’y fondre d’un même mouvement. Elle est devenue une institution, à ce titre, et en démocratie, critiquable comme toutes les institutions. N’est-il pas paradoxal qu’aspirant à présider à la destinée du peuple français, elle fasse de ceux-ci l’objet de son ressentiment ? A la vérité, elle n’adhérerait même pas aux termes dont nous usons ici. En bonne disciple du libéral-libertarisme, elle ne voit que des individus, à son image, dénués d’humour. Arrivant en France, elle aurait dû se précipiter prendre des cours de comédie. Chez sa cousine par alliance, par exemple. Mais Eva Joly n’est pas Sylvie.
Hubert de Champris
Photo : © Eva joly 2012 /Wikimédia Commons / disponible selon les termes de la licence Creative CommonsPaternité – Partage des conditions initiales à l’identique 3.0 Unported
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Cher Monsieur,
Ecrire avec un style enlevé, c'est bien. Ecrire en maîtrisant la grammaire, c'est encore mieux.
Employer l'imparfait du subjonctif, c'est bien. Le conjuguer correctement, c'est encore mieux.
Pour votre gouverne, le verbe signifier, conjugué à la troisième personne de l'imparfait du subjonctif, devient "signifiât", et non pas "signifiasse"...