Jamais l'eugénisme prénatal à l'égard des trisomiques n'a été aussi évident en France sans pour autant soulever une quelconque indignation générale ou du côté des autorités politiques. Bien au contraire, tout semble fait pour encourager cette tendance.
Une récente étude publiée dans le Journal de gynécologie, obstétrique et biologie de la reproduction par l'équipe de Paul Sagot du CHU de Dijon, a mis en évidence une très forte hausse du nombre d'enfants trisomiques conçus – la prévalence totale de la trisomie 21 est passée de 14 à 23/10 000 entre 1978 et 2005 – qui ne correspond pourtant pas à la réalité des naissances : la prévalence de naissances d'enfants trisomiques 21 a chuté de 14/10 000 en 1978 à 5,1/10 000 en 2005 (7,1 à Paris) .
Cette augmentation d'enfants trisomiques conçus est due, d'après cette étude, à l'augmentation de l'âge moyen des mères (de 4 ans entre 1978 et 2008) mais le résultat le plus frappant est certainement l'écart constaté par cette étude entre les enfants conçus et les naissances réelles.
Cet écart important est, d'après l'enquête, entièrement dû à la politique de dépistage prénatal mise en place depuis une trentaine d'années et aux IMG qui s'ensuivent . Un état de fait que dénonçait également Danielle Moyse, docteur en philosophie et chercheur associé au Centre d'études des mouvements sociaux (CNRS-EHESS) dans une tribune intitulé Trisomie 21 et archaïsmes collectifs parue dans le quotidien La Croix du 22 juin. Elle y dénonce la tendance que nous avons à croire que le dépistage prénatal généralisé est imperméable aux archaïsmes d'antan et qu'il aboutit à des décisions dont la rationalité ne saurait être parasitée par des associations imaginaires capables d'entraver l'exercice de notre liberté .
Racisme
Une telle utopie est pour la philosophe d'une extrême gravité. Pour le prouver, elle revient sur l'héritage imaginaire du mongolien qui faisait associer cette anomalie [...] à une dégénérescence raciale avant la découverte de son origine génétique par le professeur Lejeune. Or cette croyance était celle de la science et de médecins réputés, affiliés à la très officielle "raciologie" qui comptait des chaires universitaires dans de nombreuses facultés occidentales à la fin du XIXe siècle . Elle veut ainsi démontrer que la rationalité scientifique n'est pas à l'abri des phobies archaïques et de l'imaginaire collectif de la société qui l'engendre encore hanté par la crainte de la dégénérescence et qui valorise plus que jamais la performance .
Le dépistage prénatal d'après Danielle Moyse ne fait pas exception : Au moment où s'effectue un tel dépistage, rien ne peut faire contrepoids à la toute-puissance de l'imagination. Ainsi, il conduit inévitablement à l' eugénisme prénatal que nous connaissons aujourd'hui confondant sans états d'âme, "prévention" et élimination prénatale des individus porteurs , malgré le combat de nombreuses associations telles que la Fondation Jérôme-Lejeune ou l'ADV (Alliance pour les droits de la vie).
Une tendance encouragée par les pouvoirs publics au point que le Comité consultatif national d'éthique lui-même (avis N° 107, 10/09), puis la mission parlementaire sur la révision des lois de bioéthique (19/01/10) acceptent ainsi que la trisomie 21 soit désormais régulièrement dépistée lors d'un diagnostic préimplantatoire, jusque-là réservé à des familles éprouvées ! Ethique, vous avez dit éthique ?
Ce triste constat donne une actualité douloureuse à la récente publication du secrétariat général de la Conférence des évêques de France d'un nouveau texte de Mgr Pierre d'Ornellas intitulé : Au cœur du débat bioéthique : dignité et vulnérabilité (coll. Documents Episcopat). L'archevêque de Rennes y poursuit la réflexion bioéthique commencée dans deux précédents livres : Propos pour un dialogue et Questions pour un discernement (2009). Il y aborde notamment les questions de savoir comment la société pourrait être "plus hospitalière aux plus vulnérables de ses membres" et "comment chacun pourrait être 'aidé à accueillir' cette vulnérabilité". On retrouve l'Église à sa place : au côté du plus faible.
[Sources : Gènéthique, Le Quotidien du médecin (Dr. Guy Benzadon) 22/06/10, La Croix]
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