L'auteur de l'essai historique Edmond Michelet est-il un saint ? (La Doller, 2009*), réagit au commentaire de Philippe Pouzoulet, président des compagnons de la Fraternité Edmond-Michelet (Libertepolitique.com, Le Fil , 25 novembre), à l'annonce de son livre.

À mon sens, le débat ne doit pas se situer sur les positions politiques prises par les uns et les autres à l'époque de l'Algérie mais plutôt sur la question-clé : Edmond Michelet a-t-il vécu de manière héroïque les vertus chrétiennes ? C'est la question à laquelle répondront les autorités ecclésiastiques impliquées dans la procédure de la cause de béatification d'Edmond Michelet.
Dans ce contexte, il est légitime de recenser et de faire connaître l'ensemble des dires, écrits et actes d'Edmond Michelet, en particulier d'Edmond Michelet homme politique et, plus précisément, d'Edmond Michelet ministre de la Justice de 1959 à 1961.
C'est l'objet même du livre Edmond Michelet est-il un saint ?*. L'ouvrage, sans doute imparfait, sans doute incomplet, amène cependant à se poser un certain nombre de questions de nature morale plus que politique, parmi lesquelles :

  • Pourquoi Edmond Michelet a-t-il soutenu l'arrivée au pouvoir en Algérie des dirigeants du F.L.N. dont il écrivait en 1957 qu'ils faisaient preuve d'une frénésie raciste analogue à celle que Hitler voulait imposer au monde, en utilisant des moyens identiques aux siens ?
  • Quels motifs ont poussé Edmond Michelet à rétablir la peine de mort pour crimes politiques abolie depuis 1848 et à demander instamment qu'elle soit requise à l'encontre des généraux Challe et Zeller, lui qui avait une profonde répugnance pour cette peine ?
  • Edmond Michelet, dès que le massacre des harkis a été connu, à l'été 1962, a-t-il agi auprès des personnalités algériennes au pouvoir (en particulier Ahmed Ben Bella) avec lesquelles il entretenait des relations de confiance ?
  • Edmond Michelet, pour qui en matière de Justice, la mansuétude (me) paraît être un objectif chrétien , a-t-il fait bénéficier sans exclusive tous les prévenus, les condamnés et les exilés de sa mansuétude ?

Par ailleurs quatre remarques :

  • Le coup d'Alger du 22 au 25 avril 1961 n'a fait aucune victime si ce n'est un mort par accident à déplorer. Donc pas d'usage de mitraillettes. C'est sans doute l'une des raisons, parmi d'autres, qui a conduit les juges du Haut Tribunal militaire, institué pour l'occasion par le général de Gaulle, à ne condamner les généraux Challe et Zeller qu'à 15 ans de détention criminelle.
  • Il n'y a pas (encore ?) d'histoire officielle des événements d'Algérie. Parler de révisionnisme (dont la connotation est très péjorative — proche de néo-nazisme) revient à nier la possibilité d'un débat sur ces événements appartenant à l'histoire.
  • Que des rescapés de l'Algérie française ne soient jamais revenus sur leurs propres erreurs est hors sujet : aucun d'eux ne fait l'objet d'une procédure de béatification ; Edmond Michelet fait l'objet d'une telle procédure.
  • Le catéchisme de l'Église catholique dans son article 2267 indique : Si d'autres moyens non sanglants suffisent à défendre et à protéger la sécurité des personnes contre l'agresseur, l'autorité s'en tiendra à ces moyens.

Espérant contribuer à mettre le débat à son juste niveau, celui de la possible sainteté du chrétien assumant des responsabilités dans la sphère politique.
Bernard Zeller

 

Pour en savoir plus :

Débat sur la mémoire d'Edmond Michelet (I), Libertepolitique.com, Le Fil , 23 novembre 2009
Débat sur la mémoire d'Edmond Michelet (II), par Philippe Pouzoulet, Libertepolitique.com, Le Fil , 25 novembre 2009

* Edmond Michelet est-il un saint ?  Chez l'auteur, Bernard Zeller, 9 boulevard Morland, 75004 Paris (10 euros port compris).

 

 

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