C'est le vaticaniste de Il Giornale qui le révèle : Benoît XVI réécrit le texte de sa future encyclique sociale. Dans un article du 24 avril, Andrea Tornielli rapporte que Benoît XVI a reçu à cette fin quatre cardinaux de confiance, NNSS. Ruini, Schönborn, Bagnasco et Scola. Le site Eucharistie-miséricorde a traduit l'article de Tornielli, dont les informations sont recoupées par un article de Il Riformista du même jour.
La crise économique mondiale actuelle a été causée par la cupidité . C'est la cupidité qui nous insinue qu'avoir serait la valeur suprême de notre être, de notre vivre (ndt: c'est une caractéristique du style du Saint-Père d'utiliser les verbes comme noms) dans le monde en y apparaissant comme importants . Le pape l'a dit hier au cours de l'audience du mercredi, en illustrant la figure du moine saint Ambroise Autpert.
Justement, la crise qui a mis les économies du monde entier à genoux est au centre d'un paragraphe crucial de la nouvelle encyclique de Benoît XVI, Caritas in veritate, dédié aux thèmes sociaux et à la globalisation, dont la sortie continue à être retardée : pour l'heure, c'est la date du 29 juin, fête des saints Pierre et Paul, qui est retenue.
Pour discuter du traitement de la crise dans la nouvelle encyclique - la troisième de son pontificat – le pape Ratzinger a convoqué samedi dernier à Castel Gandolfo quatre cardinaux pour un mini- sommet dont la nouvelle n'avait pas été annoncée, ayant duré plus d'une heure. Y ont participé le président de la CEI Angelo Bagnasco, son prédécesseur Camillo Ruini, le patriarche de Venise Angelo Scola et l'archevêque de Vienne Christoph Schönborn, arrivés les uns après les autres, sans se faire remarquer dans la résidence de vacances papale. Il s'agit de cardinaux liés au pontife par un rapport de confiance particulier, lui qui, dimanche dernier encore a réaffirmé ne pas se sentir seul et qu'en effet il travaillait en consultant ses collaborateurs plus qu'il n'apparaissait.
Benoît XVI veut que l'encyclique et surtout le paragraphe dédié à la crise, ne soit pas vague, ne répète pas de slogans génériques, mais approfondisse le thème avec une contribution originale à partir du regard de la foi. C'est pourquoi, comme le confirment au Giornale d'influentes sources vaticanes, il a voulu que les passages dédiés à la crise soient restructurés et entièrement reformulés. Un travail plutôt laborieux, qui a vu impliqués non seulement le Conseil pontifical pour la Justice et Paix, dirigé par le cardinal Renato Raffaele Martino et l'évêque Gianpaolo Crepaldi, ou des évêques comme le second successeur de Ratzinger à Munich, Mgr Reinhard Marx, expert en doctrine sociale, mais a utilisé aussi la consultation d'économistes comme Stefano Zamagni ou d'experts d'éthique et finance, comme Ettore Gotti Tedeschi, éditorialiste de l'Osservatore Romano sur les thèmes économiques et financiers.
L'encyclique sociale, devait être publiée à l'occasion des quarante ans de Populorum progressio de Paul VI (1967) et le pape y travaille depuis l'été 2007. Le projet initial prévoyait la sortie pour mars 2008, et puis le cardinal secrétaire d'État Tarcisio Bertone a dit qu'elle serait reportée après l'été. On parla donc de décembre, ensuite, au début de janvier on donnait pour certaine la sortie pour le 19 mars dernier et enfin le 1er mai prochain. Maintenant on prévoit la fin juin, mais vu l'attention et le soin qui sont mis dans la rédaction d'un document si attendu, on ne peut pas exclure entièrement des reports ultérieurs.
Dans le document, Populorum progressio du pape Montini et Centesimus annus de Jean Paul II (1991) seront citées. Et les problèmes sociaux qui tenaillent l'humanité aujourd'hui (globalisation, accès aux ressources, défense de l'environnement) seront abordés, en suivant la doctrine sociale et donc en ancrant la justice, la solidarité et la possibilité de changement non seulement aux lois publiques et aux structures, mais à la vie des personnes à partir de leur engagement direct. Le pape considère en effet que l'Église a toujours besoin de personnes qui sachent accomplir des grands renoncements, et de communautés qui créent les fondements de la justice sociale .
La nouvelle encyclique, toute centrée sur les deux mots de vérité et de charité , représente la continuation de la première lettre de Benoît XVI, Deus caritas est, et le terme justice y sera répété une cinquantaine de fois : l'engagement pour la justice peut en effet devenir témoignage de la charité .
Central, ensuite, est le concept de solidarité globale , pour mettre les pauvres à la première place et leur redonner espoir. En faisant face à la crise, Benoît XVI demande d'impliquer et de ne pas exclure les pays pauvres, demande d'offrir sécurité aux familles et stabilité aux travailleurs et de rétablir, par des règles et des contrôles opportuns, l'éthique dans les finances . La cause de la récession — avait-il dit dans l'avion qu'il l'emmenait en Afrique il y a quelques semaines — est surtout de caractère éthique, parce que là où manquent l'éthique, la morale, il n'y peut pas y avoir de rapports corrects.
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