Les journaux italiens Il Giornale et Il Riformista ont annoncé jeudi 22 janvier la levée prochaine des excommunications prononcées contre les quatre évêques qui avaient été consacrés par Mgr Lefebvre il y a vingt ans. On dit même que le décret serait déjà signé et publié rapidement. Le Vatican ne confirme ni ne dément.

Si ce devait être le cas, cet instant ne serait pas le fruit du hasard mais un signe : au cœur de cette année placée sous le patronage de saint Paul, nous célébrerons la clôture de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens ce dimanche 25 janvier, jour où est précisément fêtée la conversion de l'apôtre des nations.

Avant que la bronca prévisible n'étouffe toute réflexion et n'entrave l'accueil filial que l'on doit aux décisions du Saint-Père, ne faut-il pas se placer d'abord dans la perspective qui est la sienne, celle d'une priorité absolue donnée à la recherche de l'unité ?
Nul n'est de trop dans l'Église

Dans son discours aux évêques de France rassemblés à Lourdes le 15 septembre dernier, à propos précisément de la dissidence intégriste, Benoît XVI a invité chacun à rechercher des solutions satisfaisantes pour tous afin que la tunique sans couture du Christ ne se déchire pas davantage. Nul n'est de trop dans l'Église !

Si l'unité est d'abord un don du Seigneur , comme il l'a rappelé dans sa catéchèse de mercredi dernier, il n'en reste pas moins qu'elle passe par une conversion du cœur de chacun , et que cette conversion s'exprime par des actes concrets, fussent-ils unilatéraux. Après avoir libéralisé l'usage du rite latin extraordinaire par le motu proprio Summorum pontificum du 7 juillet 2007, Benoît XVI en donne de nouveau l'exemple, allant aussi loin que lui permet son pouvoir de juridiction sur l'Église, pour que puisse enfin se déployer, autant qu'il est possible, le dialogue nécessaire sur les questions théologiques et ecclésiologiques qui font l'objet du désaccord.

Paul VI et le patriarche de Constantinople Athénagoras Ier n'avaient-ils pas amorcé le dialogue œcuménique entre catholiques et orthodoxes en commençant par lever les excommunications réciproques sans attendre un plein accord dont on sait la route longue et difficile ?

Du point de vue humain et politique enfin, deux considérations méritent réflexion.

Tout d'abord le changement de génération en cours : celle qui a vécu la rupture et dont les blessures sont plus ou moins mal cicatrisées, a aussi été celle de la théorisation du conflit ; le dialogue était donc difficile. Avec la nouvelle génération, les perceptions étant plus apaisées et les frontières souvent plus floues, la question de l'unité peut être abordée plus sereinement. Faut-il prendre le risque de laisser se creuser une division qui serait considérée comme irréversible et dont les perspectives de sortie s'estomperaient au fil du temps qui passe ?

Ensuite, les clivages internes de la communauté lefebvriste et les questions que pose sa survie étant notoires, ne convient-il pas de donner du grain à moudre à ceux qui, en son sein, sont réellement disposés à rechercher la communion ?
La suite est dans les mains du Seigneur : il ne dispense jamais ses grâces en vain.

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