Le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) vient de rendre un avis (n°107) sur les questions éthiques liées au diagnostic anténatal. Cet avis ouvre la possibilité du dépistage de la trisomie 21 lors du diagnostic pré-implantatoire (DPI). Président de la conférence des évêques de France, le cardinal Vingt-Trois dénonce une dérive eugénique grave.
Le DPI constitue une transgression éthique grave, constate le cardinal, puisqu'il vise à éliminer des embryons non-conformes. Cette transgression a été acceptée par le législateur, en l'encadrant strictement pour la seule détection de maladies génétiques d'une "particulière gravité", reconnues incurables au moment du diagnostic. Le fait d'élargir cette recherche à la trisomie 21 constitue un pas supplémentaire vers une utilisation eugénique du DPI. Rien n'empêchera de l'étendre demain à la recherche d'autres affections, voire à la satisfaction de désirs personnels.
C'est un signal extrêmement négatif adressé aux personnes atteintes de la trisomie 21 et à leurs familles. Sans cacher les difficultés rencontrées par les personnes trisomiques, il faut rappeler qu'il ne s'agit pas d'une anomalie mortelle. Ne sommes-nous pas devant un refus insidieux de nos sociétés modernes de l'accueil des personnes handicapées ?
À l'approche de la révision des lois de bioéthique, l'avis du CCNE ne va pas sans inquiéter sur les risques de dérives eugéniques, risques soulignés à la fois par le rapport du Conseil d'État [1] et par celui des Etats généraux de la bioéthique [2].
De son côté, dans un communqué, la Fondation Jérôme-Lejeune dénonce, l'année même du cinquantenaire de la découverte de la trisomie 21, "une étape supplémentaire qui confirme la volonté d'éradiquer le plus tôt possible tout être humain atteint de trisomie 21 et renforcera l'eugénisme".
Elle "interpelle solennellement la représentation nationale : 13 ans après l'installation d'un dispositif de dépistage systématique des enfants trisomiques, et le constat qu'il a entraîné un eugénisme radical, les citoyens ne pourront se contenter de bons sentiments sur la nécessité d'accueillir et d'insérer les personnes handicapées dans notre société. Il sera demandé aux représentants de la nation cohérence et courage et à l'Etat de prendre des mesures fortes et concrètes, sauf à entériner le choix collectif de l'éradication des enfants trisomiques."
[1] Tout assouplissement du DPI induit des risques supplémentaires d'eugénisme in La révision des lois de bioéthique, Conseil d'État, La Documentation Française, 2009 p. 40.
[2] La réflexion des citoyens sur le DPI et le DPN (diagnostic prénatal) est marquée par le souci d'éviter les effets potentiellement eugénistes d'un usage incontrôlé de ces techniques in Rapport final, Etats généraux de la bioéthique, Alain Graf, juillet 2009 p. 39.
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