À propos du discours de Benoît XVI lors de la rencontre avec les membres du gouvernement, les représentants des institutions de la République du Bénin, le corps diplomatique et les représentants des principales religions.
C’est au cours de son voyage en Angola, en mars 2009, que Benoît XVI a proclamé « qu’est arrivé pour l’Afrique le temps d’être le continent de l’espérance ». À l’occasion de son voyage au Bénin, lors de la rencontre avec les personnalités politiques et religieuses, le Pape a repris cette expression en refusant une vision négative de la réalité africaine. Le Pape ne nie pas, et il en reparle ensuite dans son discours aussi bien que dans l’exhortation « Africae munus » qui fait suite au synode consacré à l’Afrique, les malheurs et les souffrances des Africains mais il nous invite à regarder plus loin : « parler de l’espérance, c’est parler de l’avenir, et donc de Dieu ! » Quant au présent, « nous le vivons comme nous le pouvons. »
Le Pape aborde deux domaines des réalités africaines : la vie socio politique et économique et le dialogue interreligieux. Dans ces deux domaines, le continent traverse des heures difficiles : « notre siècle semble naître dans la douleur et avoir du mal à faire grandir l’espérance. » Mais qu’est-ce-que l’espérance ? C’est une vertu théologale, un don de Dieu, qui répond à l’aspiration au bonheur placée par Dieu dans le cœur de tout homme. Et quelles sont les aspirations des Africains ? Le Pape reprend presque mot pour mot son discours de Luanda : « la personne humaine aspire à la liberté ; elle veut vivre dignement ; elle veut de bonnes écoles et de la nourriture pour les enfants, des hôpitaux dignes pour soigner les malades ; elle veut être respectée ; elle revendique une gouvernance limpide qui ne confonde pas l’intérêt privé avec l’intérêt général ; et plus que tout, elle veut la paix et la justice. » C’est tout cela que les Congolais interrogés par la journaliste belge Colette Braeckman réclament à leurs gouvernants à la veille d’élections problématiques. Le Pape et l’Église sont la voix des pauvres et des petits. Et Benoît XVI de poursuivre : « en ce moment il y a trop de scandales et d’injustices, trop de corruption et d’avidité, trop de mépris et de mensonges, trop de violences qui conduisent à la misère et à la mort. » Sombre tableau ! Le Pape met en garde les gouvernants contre les « retours de bâton » des politiques prédatrices : « chaque peuple veut comprendre les choix politiques et économiques qui sont faits en son nom. Il saisit la manipulation et sa revanche est parfois violente. »
« Ne privez pas vos peuples de l’espérance ! » reprend le Pape qui invite les gouvernants à devenir « serviteurs de l’espérance. » Mais comment « rester intègre parmi les courants d’opinion et les intérêts puissants ? Le pouvoir quel qu’il soit aveugle avec facilité, surtout lorsque sont en jeu des intérêts privés, familiaux, ethniques ou religieux. »
La réponse est en Dieu : « l’humanité n’est pas seule face aux défis du monde. Dieu est présent. C’est là un message d’espérance. » Benoît XVI aborde alors le second point à l’ordre du jour : le dialogue interreligieux. L’Afrique connaît à la fois la cohabitation pacifique de multiples croyances et des affrontements meurtriers au nom de la religion. Le dialogue interreligieux n’est pas facile mais il y a bien des façons de le mener et la collaboration dans le domaine social et culturel peut aider à vivre ensemble. Le Pape termine en invitant à « la main tendue : elle a été voulue par Dieu pour donner et recevoir. Dieu n’a pas voulu qu’elle tue ou qu’elle fasse souffrir mais qu’elle soigne et qu’elle aide à vivre. »
Benoît XVI espère en l’avenir de l’Afrique. Le potentiel de jeunesse de ce continent, ses richesses naturelles peuvent lui donner un avenir heureux à condition d’y assurer réconciliation, justice et paix dont l’Église se fait la servante en Afrique. Comment y parvenir ? L’exhortation postsynodale « Africae munus » en trace le chemin.
Jean Flouriot









