Le Mardi 13 septembre, au théâtre de l'ASIEM rue Albert de Lapparent, la Fondation de Service politique en partenariat avec le journal La Croix dans son édition du même jour a rendu public un sondage réalisé par l'IFOP sur ce qu'attendent les catholiques pratiquants de l'élection présidentielle. Frédéric Dabi, directeur du Département Opinion et Stratégies d'entreprise de l'IFOP et François de Lacoste Lareymondie, vice-président de la fondation, en ont donné un commentaire très éclairant et complémentaire. Nous publions les résultats de ce sondage, le document de l'IFOP qui a servi de support à la présentation de Frédéric Dabi ainsi que des éléments comparatifs établis à partir des réponses aux questions posées aux abonnés de notre lettre Décryptage. Commentaire de François de Lacoste Lareymondie.

1/ Considérations d'ensemble

1.1/ Les catholiques pratiquants sont plus sensibles aux sujets sociétaux que la moyenne des Français :

La mesure peut s'effectuer de deux façons.

A L'indice de sensibilité aux sujets sociétaux :

Dans la mesure où la question comportait la possibilité des réponses multiples, il est intéressant de comparer les totaux.

La comparaison est effectuée sur les sujets qui joueront un rôle déterminant en additionnant tous les pourcentages attribués à chaque sujet, ce total donnant un  indice de sensibilité aux sujets sociétaux  :

  • Pour l'ensemble des Français, on obtient un total (un indice de sensibilité) de 523 ;
  • Pour les catholiques, un total (un indice de sensibilité) de 631 ;
  • Soit un écart de 20% sur l'indice de sensibilité aux sujets sociétaux, en faveur des catholiques.

 

On peut en déduire une première intuition politique : celle d'une moins grande sensibilité des catholiques aux mots d'ordre des partis et une plus grande attention au contenu, même si cet écart demeure limité.

B La dispersion de la sensibilité sur les sujets sociétaux :

L'écart entre le sujet sociétal déterminant le plus important et celui qui est le moins important donne une seconde indication sur la sensibilité des catholiques :

  • Pour l'ensemble des Français, l'écart est de 61 points (l'emploi recueille 70% de réponses  déterminant , l'aide aux pays du sud 9%) ;
  • Pour les catholiques, l'écart n'est que de 48 points (l'emploi recueille 68% de réponses  déterminant , le mariage homosexuel 20%).
  • Le rapport passe de 7,8 à 3,4 et se réduit de plus de la moitié d'une catégorie à l'autre.

 

On peut en déduire une seconde indication : la sensibilité des catholiques aux sujets sociétaux affiche une dispersion beaucoup moins grande que chez la moyenne des Français. Cette indication corrobore la première en y ajoutant l'idée que même les sujets les moins déterminants conservent une certaine importance.

Cette conclusion est confirmée par l'analyse figurant en page 8, selon laquelle, à l'exception du mariage homosexuel, même les sujets sociétaux jouant un faible rôle affichent un score d'environ 40%.

1.2/ La hiérarchie des sujets sociétaux est globalement comparable pour l'ensemble des Français et pour les catholiques :

Dans les deux catégories de population, l'emploi vient en tête avec des scores comparables :

  • Déterminant à 70% pour l'ensemble des Français,
  • Déterminant à 68% pour les catholiques pratiquants.

 

Dans les deux catégories de population, les quatre premiers sujets et les quatre derniers sujets sont les mêmes :

Les quatre premiers sont :

  • L'emploi,
  • La sécurité,
  • Le pouvoir d'achat,
  • La politique sociale ;

 

Les quatre derniers sont :

  • La place de la religion dans l'espace public,
  • La bioéthique,
  • L'aide aux pays du sud,
  • Le mariage homosexuel.

 

On peut en déduire que les catholiques pratiquants demeurent globalement en phase avec les préoccupations de l'ensemble de la société.

1.3/ Le cas du mariage homosexuel :

À ce stade, une remarque s'impose sur la place du mariage homosexuel et sa signification possible.

Il vient en dernière position des sujets déterminants pour les catholiques pratiquants et en avant-dernière position pour l'ensemble des Français. Il n'est pas mieux placé dans les sujets qui jouent un rôle notable.

Si l'on fait l'hypothèse que la question du mariage homosexuel est rapportée en fait au seul mariage civil (puisque la question ne se pose pas pour le mariage religieux), on peut en déduire deux conclusions, qui peuvent d'ailleurs se cumuler :

  • Les uns et les autres considèrent probablement que cette question ne concerne qu'une frange étroite de la population, celle qui est touchée (de près ou de loin) par l'homosexualité ;
  • Ce qui renvoie à une appréciation dévalorisée du mariage civil, les catholiques le tenant à peine en meilleure estime que l'ensemble de la population, sans doute parce qu'ils privilégient le mariage religieux.

 

Mais ce point mériterait une étude spécifique afin de mieux cerner la question.

2/ Dans le détail, on relève des variations significatives

2.1/ La liberté de choisir son école mise en avant par les catholiques pratiquants :

Près de la moitié des catholiques pratiquants considèrent qu'il s'agit d'un sujet déterminant : ils sont 46% à le déclarer ; un tel score est le double de celui obtenu chez l'ensemble des Français (23%).

Il en résulte un changement important dans la partie centrale de la hiérarchie des sujets sociétaux : pour les premiers, le libre choix de l'école vient au 5° rang, et pour les seconds, au 10° rang seulement.

On retrouve ici une sensibilité particulière et affirmée des catholiques, d'autant plus importante qu'elle met en jeu deux thèmes clés :

  • La liberté,
  • Et l'éducation des enfants.

 

Dans la perspective des prochaines élections, il peut y avoir là un facteur discriminant, pourvu qu'il soit mis en avant, soit par les candidats, soit par les faiseurs d'opinion.

2.2/ Cinq autres sujets sociétaux enregistrent des écarts notables entre les catholiques et l'ensemble de la population :

Ce sont, dans l'ordre décroissant d'importance des écarts :

  • L'action de la France en Europe : déterminant pour 44% des catholiques, contre 27% des Français (écart de 17 points) ;
  • La fin de vie et l'euthanasie : déterminant pour 37% des catholiques, contre 23% des Français (écart de 14 points) ;
  • L'aide aux pays du sud : déterminant pour 22% des catholiques, contre 9% des Français chez qui il vient en dernière position (écart de 13 points) ;
  • La politique familiale : déterminant pour 43% des catholiques, contre 31% des Français (écart de 12 points) ;
  • La bioéthique : déterminant pour 26% des catholiques, contre 15% des Français (écart de 11 points).

 

Le poids des catholiques pratiquants dans l'ensemble de la population (15%) n'est pas suffisant pour bouleverser les résultats globaux du sondage, mais les écarts sont notables et infléchissent quelque peu la hiérarchie des questions dans la partie centrale du classement en se mêlant aux questions pour lesquelles les catholiques ont une appréciation relativement cohérente avec celle de l'ensemble de la société (dette publique, politique nucléaire).

2.3/ Parmi ces questions, trois se détachent.

Les sujets sociétaux sur lesquels les catholiques s'écartent de l'ensemble de la société ressemblent de façon classique au corpus politique des premiers.

Trois d'entre eux se détachent assez nettement : ce sont ceux qui sont déterminants pour plus du tiers des catholiques, voire près de la moitié d'entre eux :

  • L'action de la France en Europe (44%) ;
  • La politique familiale (43%) ;
  • La fin de vie et l'euthanasie (37%).

 

L'action de la France en Europe renvoie à l'attachement historique des catholiques à la construction européenne.

S'agissant du troisième (fin de vie), on peut y voir un effet des débats récents et des prises de position explicites de l'Église auxquelles ils ont donné lieu.

Quant à la politique familiale, son poids doit être apprécié en tenant compte, précisément, du silence qui entoure ce sujet de longue date. Gageons que, s'il revenait dans l'actualité à cause de la crise par exemple et faisait l'objet d'une remise en cause, son caractère déterminant croîtrait sans doute à due proportion.

3/ L'expression des clivages internes aux catholiques pratiquants

Ces clivages apparaissent à deux niveaux : un qui était attendu entre droite et gauche, un qui semble plus nouveau autour d'un noyau dur de catholiques pratiquants.

3.1/ Le clivage traditionnel droite/gauche :

Il se manifeste dans le choix des sujets sociétaux mis en avant :

Chez les catholiques exprimant une proximité politique à gauche (au sens large), les sujets à teneur économique et sociale prédominent largement. Ils sont nettement plus nombreux que la moyenne des catholiques à leur attribuer un rôle déterminant :

  • L'emploi : 78%, soit 10 points de plus que la moyenne des catholiques ;
  • Le pouvoir d'achat : 66%, soit 8 points de plus que la moyenne des catholiques ;
  • La politique sociale : 61%, soit 9 points de plus que la moyenne des catholiques ;
  • L'aide aux pays du sud : 29%, soit 7 points de plus que la moyenne des catholiques.

 

Sur les trois premiers de ces thèmes, les catholiques de gauche contribuent à rapprocher le groupe des pratiquants de la moyenne nationale. Le quatrième leur est véritablement spécifique.

À l'inverse, chez les catholiques exprimant une proximité politique de droite (au sens large), ce sont les sujets à teneur morale ou liés aux libertés qui prédominent et qui, de fait, contribuent à différencier l'ensemble des catholiques pratiquants du reste de la population. On doit cependant observer que cette préférence est proportionnellement moins marquée que ne le sont les thèmes économiques et sociaux pour les catholiques de gauche. Les catholiques de droite sont plus nombreux que la moyenne des catholiques à attribuer un rôle déterminant aux sujets suivants :

  • La liberté de choisir son école : 50%, soit 5 points de plus que la moyenne des catholiques ;
  • La politique familiale : 47%, soit 4 points de plus que la moyenne des catholiques ;
  • La place des religions dans l'espace public : 33%, soit 4 points de plus que la moyenne des catholiques ;
  • Le mariage homosexuel : 26%, soit 6 points de plus que la moyenne des catholiques.

 

Deux thèmes à fort contenu politique méritent enfin une mention à part parce qu'ils expriment une sensibilité particulière des catholiques de droite qui est tirée vers le haut par ceux d'entre eux qui manifestent une proximité politique avec le Front National :

  • La sécurité : 62%, soit 4 points de plus que la moyenne des catholiques ;
  • L'immigration : 48%, soit 4 points de plus que la moyenne des catholiques.

 

Mais dans ces deux cas, en dépit de l'affichage politique, le caractère déterminant attribué à ces sujets reste nettement en retrait sur celui qu'il atteint dans la population française qui affiche les mêmes affinités politiques (-6 points pour la sécurité et -12 points pour l'immigration) : le caractère des catholiques pratiquants a un effet modérateur sur la prévalence de certains sujets.

3.2/ Y a-t-il un noyau dur chez les catholiques pratiquants ?

Si l'on isole les catholiques qui sont  très sensibles  aux sujets sociétaux, c'est-à-dire ceux qui accordent un rôle déterminant à trois d'entre eux qui ont particulièrement marqué l'actualité récente (fin de vie, place de la religion dans la société et bioéthique), on constate que six autres sujets s'agrègent aux trois premiers et les différencient nettement des catholiques dits  insensibles , c'est-à-dire de ceux qui n'ont cité aucun des trois sujets précités (cf. tableau p : 9). Dans l'ordre d'écart décroissant, on trouve :

  • La politique familiale (46 points d'écart en faveur des catholiques  très sensibles  qui sont 73% à lui accorder une importance déterminante) ;
  • La liberté de choisir son école (41 points d'écart, pour un taux d'importance déterminante de 69%) ;
  • Le mariage homosexuel (38 points d'écart, pour un taux d'importance déterminante de 45%) ;
  • La sécurité (35 points d'écart, pour un taux d'importance déterminante de 81%) ;
  • L'aide aux pays du sud (35 points d'écart, pour un taux d'importance déterminante de 46%) ;
  • La politique nucléaire de la France (31 points d'écart, pour un taux d'importance déterminante de 57%).

 

On peut en déduire que ces sujets sociétaux forment un bloc finalement assez compact et homogène, et qu'ils revêtent un rôle déterminant pour un noyau dur des catholiques pratiquants. Et que pour ce noyau dur, d'une part les sujets sociétaux sont particulièrement critiques, d'autre part que leur hiérarchie est sensiblement différente, non seulement de la moyenne des Français, mais aussi de la moyenne des catholiques pratiquants.

C'est ici sans doute que se trouve le clivage le plus nouveau, ou du moins le plus inattendu.

Il n'est pas possible de mesurer l'importance du segment de population concerné directement à partir du sondage de l'IFOP ; mais ce que l'on sait par ailleurs permet de le cerner.

En effet, la définition des catholiques pratiquants retenue par l'IFOP dans ce sondage, comme par tous les autres instituts lorsqu'ils recourent à cette notion, est large : sont qualifiés de catholiques pratiquants ceux qui déclarent aller à la messe au moins une fois par mois. Les raisons de ce choix sont connues : le segment statistique doit être suffisamment large (15%) pour se prêter à des analyses. Les catholiques pratiquants au sens strict où l'entendent l'Église et la plupart des gens, c'est-à-dire ceux qui vont à la messe tous les dimanches (les pratiquants  réguliers ), est trop faible (3 à 4% de la population) pour le permettre. On s'en réduit donc à l'approcher de façon indirecte.

Dans le cas présent, compte tenu de ce que nous savons par ailleurs, on peut faire l'hypothèse que le noyau dur des catholiques  très sensibles  aux sujets sociétaux recoupe peu ou prou celui des pratiquants  réguliers . Au sein de ce segment, la présence de la sécurité et de l'immigration d'une part, de l'aide aux pays du sud et la politique nucléaire de la France d'autre part, confirme l'existence des clivages politiques connus par ailleurs entre les diverses sensibilités de catholiques.

4/ La confrontation avec le sondage fait sur le site de l'AFSP

Les mêmes questions ont été posées par e-mail aux 30 000 destinataires de la newsletter  DECRYPTAGE  au début du mois de juillet 2011. 504 réponses ont été collectées en 24 heures.

Il s'agissait d'auto-réponses spontanées, sur un échantillon qui n'a pas été déterminé scientifiquement. La constance des pourcentages au fil de la saisie suggère cependant que cet échantillon est représentatif des internautes lecteurs du site.

Les pourcentages de lecteurs qui attachent une importance déterminante aux divers sujets sociétaux se répartissent en trois catégories nettement séparées les unes des autres :

En tête, avec des taux d'importance déterminante supérieurs aux deux tiers :

  • La politique familiale (73%) ;
  • La fin de vie et l'euthanasie (72%) ;
  • La bioéthique (70%) ;
  • Le mariage homosexuel (68%).

 

Un deuxième groupe, nettement détaché, comporte des taux d'importance compris entre 50 et 60% :

  • La liberté de choisir son école (59%) ;
  • La réduction de la dette publique (58%) ;
  • L'immigration (55%) ;
  • La place des religions dans l'espace public (52%).

 

En revanche, les questions qui apparaissent importantes à la moyenne des Français et à l'ensemble des catholiques (emploi, pouvoir d'achat, politique sociale) affichent des scores très en retrait, inférieurs à 30%.

Bien sûr, les lecteurs sont-ils en phase avec les choix éditoriaux effectués par l'AFSP au cours des derniers mois (bioéthique, dette publique, laïcité), mais pas seulement, il s'en faut de beaucoup. Plus significativement, cette hiérarchie recoupe très largement les choix opérés par le noyau dur identifié plus haut. Sans doute faut-il y voir plus qu'une coïncidence, le fait que le lectorat de Liberté politique se situe très majoritairement au sein de ce noyau dur de catholiques pratiquants réguliers, au moins d'une partie d'entre eux qui est particulièrement sensible aux sujets sociétaux les plus typés.

 

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Rapport comparatif IFOP (Sondage)Présentation

 

 

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