PARIS,[DECRYPTAGE/analyse] -
Depuis la tragédie du 11 septembre, le secteur du tourisme traverse une crise économique et psychologique sans précédent. C'est tout d'abord le transport aérien qui a été touché de plein fouet du fait de l'impact sur les voyageurs des terribles images des attentats de Manhattan.
L'avion considéré comme le moyen de transport le plus sûr (moins de 1000 morts par an dans le monde) focalise désormais un ensemble de peurs subjectives aux conséquences économiques désastreuses.
Toutes les compagnies aériennes enregistrent des chutes de leur taux de remplissage (- 25 éce qui met fortement en péril la rentabilité de nombreuses liaisons. Les compagnies doivent alors choisir entre leur maintien sur certaines liaisons afin de préserver leur part de marché en attendant la reprise, au risque d'être en dessous du seuil de rentabilité, ou bien de fermer certains vols. L'option choisie semble être le maintien et le regroupement. De sorte que depuis deux mois, nous assistons à une réorganisation importante des plans de vols et des horaires. Ainsi par exemple, Air France regroupent ses liaisons sur Jeddah et le Caire en un vol unique Paris – Le Caire – Jeddah.
D'ores et déjà, ces réorganisations ont précipité la concentration d'un secteur très concurrentiel et sujet à de nombreuses alliances. On a vu récemment le dépôt de bilan de Swissair puis cette semaine la liquidation de la compagnie belge Sabena. Cela annonce d'autres restructurations importantes sur le marché européen.
À ces problèmes économiques viennent s'ajouter les problèmes de sécurité concernant l'accès aux avions. Les contrôles ont été renforcés avec notamment un passage au détecteur de métaux juste avant l'embarquement. Également, les primes d'assurance ont été réévaluées dans des proportions colossales. La conséquence immédiate pour toutes les compagnies a été la création d'une taxe de sécurité (de l'ordre de 150 F en moyenne par personne et par vol aller – retour) ou bien d'une augmentation des prix des billets. Air France a opté pour la deuxième solution.
Dans un tel contexte, ce sont bien souvent les agences et les tours opérateurs, intermédiaires entre le client final et la compagnie aérienne, qui font les frais d'une telle instabilité : le montant des taxes de sécurité n'est pas communiqué à l'avance, les horaires sont modifiés de façon parfois importante, les circuits sur place sont à modifier en conséquence, etc. Les agences essuient des annulations de l'ordre de 18 à 28 pour cent selon les secteurs et doivent repenser leurs programmations alors que leur brochure 2002 était en phase de bouclage début septembre.
À ces annulations viennent se greffer la quasi absence d'inscriptions durant trois semaines. Dans beaucoup d'agences, les téléphones sont restés muets longtemps même si les affaires semblent repartir légèrement...
Des procédures de licenciements ont déjà été engagées chez les gros tour-opérateurs : le groupe Tecker, spécialiste de la Turquie, a réduit ses frais de personnels en licenciant. Pour les agences travaillant sur le Moyen Orient et plus spécialement sur Israël, c'est un nouveau coup dur après la deuxième Intifada. Beaucoup avaient déjà fermé leur bureau dans ce pays. Pour celles travaillant avec la clientèle américaine, la sanction a été immédiate. Réputé pour être peu frileux, le voyageur américain ne quitte plus les États-Unis pour le moment. Le Club Méditerranée a ainsi fermé plusieurs villages qui accueillaient habituellement une majorité de clients américains. De nombreuses sociétés ont annulé tout projet de voyages intensifs, toute participation à des congrès internationaux et parfois même interdit tout déplacement professionnel à l'étranger à leur personnel.
Les conséquences sont également lourdes pour les pays dont la principale ressource économique est basée sur les entrées de devise. Des pays comme l'Égypte, Israël, la Turquie, le Liban, la Syrie sont touchés de plein fouet. Israël a enregistré 54 pour cent de visiteurs en moins, l'Égypte 29 pour cent... L'Égypte a par exemple pris des mesures en renforçant la présence de la police touristique mise en place depuis l'attentat de Louxor.
Tout cela semble orienter en 2002 les déplacements plutôt vers l'Europe, en train et en car. Cependant, le tourisme reste un secteur clé par son poids économique et financier et tous les partenaires directs ou indirects prennent très au sérieux l'enjeu de cette nouvelle donne sécuritaire. Il est également important d'évacuer l'impact psychologique des images médiatisées à longueur de journées. La réalité objective des faits dans chaque pays devrait aider le voyageur à se décider, à nouveau, de partir à la découverte et la rencontre des autres mondes.
Thierry Sanson est le directeur de l'agence Ictus-Voyages, partenaire de ChristiCity.com









