PARIS, [DECRYPTAGE/information] - Depuis " l'horrible tragédie " du 11 septembre, le pape ne cesse d'inviter les catholiques à prier pour la paix. Le 30 septembre, Jean Paul II a demandé de prier Marie tous les jours pendant le mois d'octobre, mois du rosaire, afin que " le monde soit préservé du fléau inique du terrorisme ".

Il semble bien que pour le Saint-Père, nous soyons à la veille d'une crise majeure, menace qui justifie la mobilisation de toute l'Église. Tous les hommes de bonne volonté ont pour " devoir de bâtir un avenir de paix pour la famille humaine ", n'oubliant pas que " la paix n'est pas séparée de la justice " et qu'elle doit " toujours être alimentée par la clémence et l'amour ". Les catholiques eux, doivent être " au premier rang dans la recherche de la justice, dans le rejet de la violence et dans la recherche de la paix " afin que " la haine et la mort n'aient jamais le dernier mot ".

Dans toutes ses interventions depuis le 11 septembre, le pape insiste pour qu'on évite d'incriminer le monde musulman auquel il a réaffirmé son grand respect. " Juifs, chrétiens et musulmans [qui] adorent un seul Dieu " ont " une vocation à l'unité et à la paix ". " La paix ne peut être construite que sur les fondations solides du respect mutuel, de la justice dans les relations entre communautés et de la magnanimité de la part des forts ", a ainsi proclamé Jean Paul II en arrivant à Erevan, capitale de l'Arménie.

Le dimanche précédent, au Kazakhstan, il avait appelé chrétiens et musulmans à ne pas laisser la crise liée aux attentats commis aux États-Unis semer la division entre eux. " Nous ne devons pas laisser les événements qui se sont produits nous diviser davantage. La religion ne doit jamais être utilisée pour attiser des conflits ".

Mais la prière n'exclut pas le service actif du bien commun, national et international. Jamais le pape n'avait été aussi clair sur la défense du droit des nations, rappelant s'il en était besoin la nécessité de fonder la paix internationale sur le respect des différences, et que la meilleure protection des responsabilités collectives n'avait pas trouvé meilleure garantie que la souveraineté politique : " Je suis convaincu, et l'Église l'est aussi, que chaque nation a le droit d'être souveraine. Cette souveraineté nationale est également la pleine expression de ce qu'une nation est en tant que sujet politique. Je souhaite à tous que cette souveraineté soit durable, fructueuse, toujours plus pleine, et inclue tous les domaines de la vie nationale : économique, politique, culturel. Cela est très important. "

Le discours officiel de l'Église sur la crise internationale a été relayé par un certain nombre de cardinaux qui ont tous pris soin de montrer que la recherche de la paix ne signifie pas pacifisme. Au cours de la dernière visite pastorale du souverain pontife, le cardinal allemand Walter Kasper, président du conseil pontifical pour l'Unité des chrétiens, avait déclaré qu'il fallait éviter un " bain de sang en Afghanistan ", mais qu'en même temps il fallait " stopper " les terroristes. " Il faut faire quelque chose contre les terroristes, sinon nous deviendrons tous des otages ", avait commenté le haut prélat qui accompagnait le pape, lors d'une conversation avec des journalistes.

De son côté, l'archevêque italien Leonardo Sandri, l'un des plus proches collaborateurs du pape après le cardinal secrétaire d'État Angelo Sodano resté à Rome à cause de la crise, avait souligné que " le terrorisme est un danger pour le monde, non seulement pour les États-Unis ".

Alors que le monde apprenait le début des bombardements en Afghanistan, à la date étonnante du jour anniversaire de la bataille de Lépante, " l'Osservatore romano " a pris acte avec regret qu'aucune solution diplomatique n'aie pu aboutir pour obtenir la reddition ou tout au moins " la remise à la justice internationale des responsables des attaques terroristes du 11 septembre contre New York et Washington. " Le quotidien du Saint-Siège, qui évoque les attentats comme " des attaques terrifiantes, c'est un devoir de le rappeler, qui ont provoqué la mort de plus de six mille civils désarmés ", note par ailleurs que l'opération alliée " est moins que jamais une guerre contre l'islam qui est, le président Bush l'a reconnu, une religion de paix. Ce n'est pas un hasard si, alors qu'elles bombardent les bases terroristes, les forces anglo-américaines effectuent des parachutages de vivres pour la population ".

Depuis le 1er octobre, et comme chaque année depuis les apparitions de Fatima, les carmels du monde entier disent un rosaire chaque jour pour la paix. Le pape invite toutes les familles à s'y associer, " si possible ".