PARIS,[DECRYPTAGE/analyse] - Constatant que les épreuves d'entrée à Sciences Po sont socialement discriminantes, Richard Descoings, directeur de Sciences Po, a décidé d'agir. On savait le sémillant Richard Descoings branché. Jeune et plein d'initiatives.

Et surtout fasciné par le modèle anglo-saxon. " Richie " a ainsi emmené avec lui toute la promo 2000 fêter l'obtention de son diplôme à Londres. En attendant la cyber cafétéria, la réforme de la scolarité (qui fait passer les études de 3 à 5 ans) a permis a Sciences Po de s'aligner sur les diplômes internationaux. Cette fois, le directeur a décidé d'agir contre la discrimination sociale. Celle ci n'a qu'à bien se tenir. Désormais, les meilleurs étudiants de zones d'éducation prioritaire iront à Sciences Po sans passer par le concours.

On l'a dit, Richard Descoings est branché. Mais, là, bizarrement, le courant ne passe guère avec les étudiants. Court circuit. Les étudiants de Sciences Po ont traversé les épreuves d'un concours exigeant, et ils ne travaillent pas pour devenir diplômés d'une zone d'études politiques. Le concours est encore le mode de sélection le plus objectif aujourd'hui, celui qui donne le plus de chances à chacun, quelle que soit son origine sociale. Quelle justice possible avec ce nouveau mode d'admission, réservé à quelques ZEP sélectionnées par l'administration, et à des élèves choisis selon le bon vouloir de leurs professeurs ? Vouloir offrir des perspectives à des jeunes en difficulté scolaire et les intégrer est une initiative généreuse. Mais comment ne pas voir qu'on y arrivera moins en accordant arbitrairement des passe-droits qu'en remédiant au vrai problème : les défaillances de l'Education nationale.

ZEP, cela veut dire aussi zones à éduquer en priorité. Sciences Po pourrait ainsi mettre en place des " prépazep " chargées d'aider les élèves " à fort potentiel " des lycées concernés à s'orienter dès la classe de seconde, à se renseigner sur Sciences Po et ses débouchés, et à se former au concours s'ils le désirent. La sélection sur concours garantit une bonne intégration et une relative uniformité de niveau par la suite. Si des étudiants entrent alors même que leur retard scolaire demeure important, on peut penser qu'ils auront des difficultés tout au long de leur scolarité. Sciences Po sera coupé en deux : une filière " Sciences " et une filière " Pot ".

Alors pourquoi cette réforme polémique quand une solution équilibrée aurait pu donner satisfaction à tout le monde ? Sous la mesure généreuse, se cache une campagne marketing pour la discrimination " positive ". Après la parité, les quotas à l'université. Il s'agit d'inclure tous ceux qui se posent la lancinante question : " pourquoi pas moi ? "

Derrière cette réforme, il y a encore et toujours le refus de la sélection, synonyme d'exclusion, et la remise en cause du concours, par nature élitiste. Ce débat très idéologique masque les vrais problèmes, comme par exemple la rupture " socioculturelle " entre les " zones de relégation " et les meilleurs lycées. Veut-on vraiment résoudre le problème de l'échec scolaire, ce qui sera vraiment gage de plus grande mobilité sociale ou veut-on juste donner une jolie vitrine aux grandes écoles ?

On l'a dit, Richard Descoings est résolument moderne, tourné vers l'avenir, c'est à dire outre-Atlantique. Cependant, il semble qu'en ce moment le courrier d'Amérique arrive avec du retard. Le directeur de Sciences Po ignore probablement que la discrimination positive n'est plus à la mode en Amérique depuis quelques année. Old-fashioned, Richie ?

Frédéric Bléhaut est un ancien élève de Sciences Po.