LYON,[DECRYPTAGE/analyse] — Les autorisations d'ouvertures dominicales se sont multipliées en 2000. En 10 ans, le nombre de salariés du commerce concernés par le travail du dimanche est passé de 404.000 à 550.
000. Les législations se libéralisent et face aux disparités européennes, la France a besoin d'une politique claire.
Dans la réglementation française actuelle - comme dans celle de la plupart des pays européens - les cas d'autorisation au travail salarié le dimanche sont réservés par la loi à des situations exceptionnelles, le principe restant celui de l'obligation de repos dominical. Mais les pressions sont très fortes de la part des gérants de grandes surfaces, notamment en Ile-de-France. En Belgique, si le repos dominical est encore le principe, les verrous sautent, au point que la région Nord-Pas-de-Calais a été obligée d'adopter un statut dérogatoire, concurrence oblige. Elle bénéficie du doublement du nombre de dimanches de travail autorisés, soit dix en tout. En Angleterre, le travail dominical est généralisé dans l'alimentaire.
Mais pour essayer d'éclairer le débat entre partisans et opposants d'une plus grande souplesse en la matière, il convient de se poser la question de fond : quelle justification au principe du repos dominical dans la société française de 2001 ?
La nécessité de se reposer après avoir travaillé n'est pas à démontrer, mais pourquoi se reposer tous le même jour et pourquoi le dimanche ? L'argument de l'habitude multiséculaire, même s'il est à l'évidence insuffisant, n'est toutefois pas à rejeter totalement. En effet, le principe biblique du rythme des sept jours de la semaine, renforcé par 2000 ans de christianisme (malgré la parenthèse des décadies révolutionnaires) est au cœur de la conscience collective des peuples occidentaux. Personne ne songerait à changer ce principe qui rythme totalement la vie de nos nations.
Le dimanche est le point d'orgue de ce rythme. Ce jour est à la fois une sorte d'aboutissement de la semaine, comme la récompense du travail effectué pendant la semaine, un jour de liberté presque totale où chacun dispose de son temps pour lui-même et pour les siens, une fois suspendus les liens avec le travail et les soucis qui l'accompagnent.
C'est aussi le jour "convenu" par toute la société pour se retrouver, se donner rendez-vous en famille ou se rencontrer dans la cité. Imagine-t-on la suppression de ce rendez-vous si d'aventure, avec la généralisation du travail le dimanche, chacun prenait son jour de repos un autre jour de la semaine ? Plus de vie sociale possible. Quels jours les rencontres sportives ? Quels jours les sorties culturelles ou les fêtes de famille ? Et quel jour les fêtes religieuses ? N'oublions pas, en effet, qu'une très large majorité de Français se déclare aujourd'hui chrétienne. Comment organiser une vie communautaire dans l'Eglise si l'on ne peut plus célébrer collectivement le jour du Seigneur ?
Du côté des partisans du travail du dimanche, l'argument souvent mis en avant et, en particulier, de l'ouverture des magasins est celui de la liberté des consommateurs. Cet argument semble paradoxal à une époque où - 35 heures obligent - de nombreux salariés sont en repos dès le vendredi à midi. Cela leur laisse un jour et demi pour "consommer" : n'est-ce pas suffisant ? Et pourquoi demanderait-on aux employés du commerce de sacrifier leur dimanche pour le bon plaisir de ceux qui sont en repos depuis le vendredi ?
Supprimer le principe du repos dominical mettrait fortement en péril tout l'équilibre de notre vie sociale en créant une fracture culturelle et sociale profonde. Ce n'est peut-être pas un hasard si les révolutionnaires de 89 avaient décidé de supprimer le rythme dominical (qui a d'ailleurs rapidement retrouvé sa place... ) Fort heureusement, il y a aujourd'hui un large consensus sur le maintien du repos du dimanche entre employeurs et syndicats de salariés, seul le patronat des grandes surfaces faisant exception... Est-ce là encore un hasard ?
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