PARIS,[DECRYPTAGE/analyse] - Ralentissement ou récession ? Rebond ou rechute ? Avant même les terribles attentats dont les États-Unis ont été la cible le 11 septembre, la conjoncture économique mondiale était très incertaine, pour ne pas dire ambiguë.

Les politiques et les experts rivalisaient d'analyses et de commentaires pour nous persuader soit que nous étions dans le creux de la vague, soit que le pire restait à venir.

Le pire semble aujourd'hui devoir l'emporter, même si l'on ne doit pas exclure a priori un sursaut à plus ou moins long terme. La zone de turbulences que traversait l'économie mondiale, dont il était difficile jusqu'à présent de tirer des enseignements clairs, risque de se transformer en une crise profonde.

Les États-Unis, locomotive de la croissance mondiale, présentaient une situation contrastée, avec à la fois des signes de dégradation et des signes de reprise : d'un côté, les mauvais chiffres de l'emploi au mois d'août consacraient une évolution négative depuis dix mois, portant le taux de chômage à son plus haut 4,9 pour cent depuis quatre ans.

Dans l'industrie, avec plus d'un million de postes supprimés en un an, l'emploi était même retombé à son niveau de 1964. Quant aux services, ils commençaient à leur tour à fléchir. On craignait que la confiance des ménages américains, jusqu'alors préservée, ne finisse par en être affectée, et du même coup la consommation, les investissements et in fine la croissance. Que deviendra désormais cette confiance ?

D'un autre côté, comme l'a rappelé le secrétaire au Trésor, Paul O'Neill, au forum de Coopération économique Asie-Pacifique (APEC), la courbe du chômage est généralement en retard sur celle de l'activité : on observe classiquement un accroissement du chômage alors même que s'amorce la reprise. Et celle-ci, avec les carnets de commande qui se remplissaient de nouveau et le déstockage qui s'achevait dans le secteur manufacturier américain, ne faisait aucun doute aux yeux d'O'Neill et de nombreux responsables ou investisseurs. Même si ces derniers, comme l'a noté la Banque des règlements internationaux (BRI) dans son rapport d'activité du 9 septembre, avaient été déçus dans leur espoir d'assister à un retournement de conjoncture dès cet été.

Une vraie reprise, ou à défaut un simple " rebond technique " sont-ils envisageables en fin d'année ? Pourra-t-on même éviter la récession ? Toutes ces questions concernent évidemment au premier chef l'Europe, dont le rêve d'autonomie fondée sur la puissance monétaire s'est envolé : une fois de plus, la croissance forte et durable n'est pas au rendez-vous, et la monnaie unique ne suffira pas à nous protéger des troubles économiques qui affectent la planète. Les prévisions les plus pessimistes seront sans doute très largement dépassées : comme la guerre du Golfe en 1990, les derniers événements peuvent être un facteur déclenchant qui précipitera l'entrée en récession. En France en particulier, les scénarios de reprise pour 2002 sont fortement compromis. À quelques jours de sa présentation, le budget de l'année prochaine, qui table sur une croissance de 2,5 pour cent est d'ores et déjà remis en cause.